Israël va-t-il annexer la Cisjordanie?


Israël va-t-il annexer la Cisjordanie?:

Une frange croissante de la droite nationaliste réclame l’application de la souveraineté israélienne au Territoire palestinien occupé depuis juin 1967. Plus de 450.000 colons y sont établis, soit quatre fois plus qu’à l’époque des accords d’Oslo.

Depuis les accords d’Oslo signés il y a vingt-cinq ans entre Israéliens et Palestiniens, le nombre de colons est passé
de 110.000 à 450.000 en Cisjordanie. Cette politique d’expansion orchestrée par les gouvernements
israéliens successifs réduit les chances d’aboutir à une solution à deux États, considérée par la communauté internationale comme la seule option pour une paix durable dans la région. Elle pose à terme la question de l’annexion de ce territoire et
celle du destin d’Israël, qui aurait alors le choix entre un État démocratique comprenant une forte population de citoyens d’origine palestinienne et un État ségrégationniste légalisant l’apartheid.

À quel rythme la colonisation de la Cisjordanie progresse-t-elle?

Le nombre de colonies – les «implantations» dans le vocabulaire israélien – ne cesse de croître au fil des ans. Selon les statistiques réunies par Peace Now, un groupe de pression israélien anticolonies, la Cisjordanie compte 132 colonies et 106 «avant-postes»,
ces colonies sauvages fondées sans l’approbation du gouvernement et jugées illégales par la loi israélienne. Constituées au départ de caravanes installées sur des terres dont les propriétaires palestiniens ont parfois été spoliés, ces dernières se
pérennisent peu à peu avec la construction de bâtiments en dur.

Une loi mise en place l’an dernier va permettre de les «légaliser» même lorsque les terres appartiennent
à des propriétaires privés palestiniens si l’occupant est jugé de bonne foi. Les dernières indications fournies sur la base de données officielle par les organisations de colons montrent un accroissement de 3,3 % de la population israélienne
en un an. Et, selon l’Union européenne, les nouvelles constructions autorisées en 2018 devraient permettre l’établissement de 65.000 personnes.

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Pour la plupart des Israéliens, il est un fait acquis que les colonies ceinturant la partie de Jérusalem occupée depuis la victoire de 1967 sur les Arabes, sont des banlieues israéliennes de la capitale unifiée. Au-delà de ce cercle, les «implantations»
sont situées dans la zone C, qui représente 62 % du territoire de la Cisjordanie.

Construites de plus en plus en profondeur, elles sont desservies par des routes spéciales et des transports en commun. Elles sont parfois huppées, avec des villas offrant des vues sublimes sur la vallée du Jourdain, américanisées à la manière de Fairview,
le quartier imaginaire de la série Desperate Housewives, ou populaires avec de petits blocs d’immeubles de type HLM.

Quelle est la position de l’administration Trump?

Le dirigeant colon Baruch Gordon, directeur de la West Bank Jewish Population Stats, estime que le bond en avant de la colonisation s’explique par un effet Trump. Avant son entrée à la Maison-Blanche, Barack Obama et ses prédécesseurs républicains et
démocrates avaient exercé avec plus ou moins de vigueur des pressions sur Israël pour qu’il gèle la colonisation.

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Celles-ci, à l’exception de rares mises en garde verbales, ont disparu, l’ambassadeur
des États-Unis à Jérusalem David Friedman n’hésitant pas à affirmer que «les colonies font partie d’Israël». «Depuis le changement de l’Administration américaine, il est plus aisé d’obtenir des permis de construire. Il est probable que dans notre
prochain rapport et dans ceux qui suivront, nous aurons une forte augmentation des chiffres», se réjouit Baruch Gordon. Ses adversaires de Peace Now parviennent aux mêmes conclusions.

Qui soutient une annexion de la Cisjordanie par Israël?

Ce n’est pas encore un raz de marée, mais la vague souverainiste prend de l’ampleur. Début février, des ministres du gouvernement de Benyamin Nétanyahou et près d’un tiers des députés de l’actuelle Knesset (38 parlementaires sur 120) ont signé une pétition
en faveur d’une annexion de la «Judée Samarie», le terme qui désigne sur les cartes israéliennes la Cisjordanie. Lancée par des organisations pro-colons, elle propose de relancer un vieux projet de construction en Cisjordanie datant du premier ministre
Yitzhak Shamir, dont l’objectif était d’installer deux millions de colons sur des terres palestiniennes.

«Je ne crois pas que Nétanyahou soit favorable à une annexion qui le contraindrait à clarifier [… ] des questions qu’il préfère laisser en suspens»

Jean-Pierre Filiu, historien

Les membres des partis ultranationalistes ont reçu le renfort de la quasi-totalité des personnalités du Likoud, le parti du premier ministre Benyamin Nétanyahou. «Je m’engage par la présente à rester fidèle à la terre d’Israël et à ne pas céder un pouce
de l’héritage de nos ancêtres ainsi qu’à encourager et diriger le rachat de toutes les terres en Judée-Samarie. Je m’engage à agir pour annuler la déclaration de deux États pour deux peuples et la remplacer par la belle déclaration: la terre d’Israël:
un pays pour un peuple», peut-on lire sur ce texte présenté comme un «test de loyauté idéologique et éthique». La signature d’une pétition à titre individuel n’a pas de valeur programmatique, mais elle traduit l’état d’esprit d’une partie de la classe
politique israélienne.

Dans ce contexte, Benyamin Nétanyahou, qui prend soin de pas s’engager sur cette pente, fait figure de vilain petit canard au Likoud, le mouvement dont il est le chef incontesté. «Son silence sur la question l’a placé à l’extrême gauche de son parti en
ce qui concerne le conflit israélo-palestinien», ironise le chroniqueur Shlomi Eldar. Cela ne devrait pas l’empêcher, si le Likoud sort vainqueur des législatives comme le prédisent les sondages, de tenter de renouveler l’actuelle coalition et donc de rester sous la pression permanente des petits partis de la droite annexionniste.

Ses ministres de la Nouvelle Droite, Naftali Bennett et Ayelet Shaked, l’étoile montante de l’ultranationalisme, ont leur propre plan pour annexer la zone C avec à la clé l’octroi de la nationalité israélienne pour les 100.000 Palestiniens du secteur.
«L’alliance de Nétanyahou avec l’extrême droite est structurelle mais je ne crois pas qu’il soit
favorable à une annexion qui le contraindrait à clarifier, notamment sur la question des droits des Palestiniens ainsi “annexés”, des questions qu’il préfère laisser en suspens. Il préfère de loin multiplier les faits accomplis», estime l’historien
français Jean-Pierre Filiu, auteur d’un livre sur Benyamin Nétanyahou*.

De quels leviers disposent les Palestiniens? Que fait la communauté internationale?

Les Palestiniens agitent, sans convaincre, la menace de remettre les clés de l’Autorité palestinienne à Israël et cherchent à renforcer leur reconnaissance internationale. Ils n’ont pas de stratégie si ce n’est celle de l’attentisme et souffrent d’un
déficit d’adhésion de leur population. Selon eux, le soutien silencieux des États-Unis aux colonies de peuplement est voué à l’échec car il n’apporte ni la paix ni la stabilité.

De son côté, la diplomatie européenne se fixe des objectifs modestes.
Elle fait pression sur Israël en rappelant les principes du droit international et en condamnant la poursuite de la colonisation. Un «Consortium» regroupant les pays de l’UE et des ONG cherche également à corriger dans la zone C par des projets humanitaires
les carences de l’État israélien vis-à-vis de la population palestinienne.

Il réclame des remboursements lorsque des infrastructures financées par les contribuables de l’UE sont détruites par l’armée israélienne. Une réglementation européenne, non appliquée en France et combattue par l’État hébreu, oblige enfin à différencier
par l’étiquetage les produits en provenance des «colonies israéliennes» jugées illégales par la communauté internationale.

Quelles seraient les conséquences d’une annexion?

Il ne s’agirait pas d’évacuer quelque 7500 personnes mais au minimum des dizaines de milliers de colons alors que le départ de Gaza avait été vécu comme un psychodrame et un traumatisme ­national

La solution d’un État unique qui est parfois évoquée par des Palestiniens ayant perdu l’espoir de la création d’un État indépendant viable conduirait à une égalité des droits entre Juifs et Arabes avec le risque pour Israël de devoir un jour renoncer
à son identité majoritairement juive, et de voir remis en cause le projet sioniste des pères fondateurs de l’État hébreu.

Cette perspective ouvre un débat passionné entre démographes israéliens qui s’affrontent à coups de chiffres. Selon les statistiques officielles, le pays compterait en cas d’annexion 6,5 millions de Juifs et 4,6 millions d’Arabes, hors Gaza.
Les femmes en âge de procréer seraient plus nombreuses du côté palestinien mais le taux de fécondité israélien est galvanisé par la natalité ultraorthodoxe alors que celui des Palestiniennes stagne ou baisse. Israël pourrait aussi opter pour un système
discriminatoire. Soit des options qui invitent les dirigeants israéliens à la prudence.

Le sujet est-il abordé dans la campagne des élections législatives?

L’annexion de la zone C de la Cisjordanie n’est pas un sujet majeur de la campagne électorale pour les législatives du 9 avril.
Les questions de sécurité, la polarisation sur la personne de Benyamin Nétanyahou et les affaires de corruption sont les thèmes qui occupent le devant la scène politique.

Principal rival du premier ministre sortant, Benny Gantz s’est prononcé, de manière floue, en faveur d’un retrait partiel de Cisjordanie s’il trouve des interlocuteurs palestiniens pour négocier. En cas de victoire, il pourrait engager un processus comparable
à celui qui avait abouti au retrait des colons de Gaza ordonné par Ariel Sharon en 2005. Il ne s’agirait pas cette fois d’évacuer quelque 7500 personnes mais au minimum des dizaines de milliers de colons alors que le départ de Gaza avait été vécu
comme un psychodrame et un traumatisme national.

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