Voyage à Shenzhen, là où Huawei fabrique le monde du futur


Voyage à Shenzhen, là où Huawei fabrique le monde du futur:

La mégapole abrite le siège du fabricant de smartphones qui y a logé sa «Smart City», immense salle de surveillance où sont centralisées les activités de 200 grandes villes de la planète. Sécurité, énergie, finance… rien n’échappe à la révolution digitale made in China.

De notre envoyé spécial à Shenzhen

Quand, de l’île de Lantau, où se trouve l’aéroport international de Hongkong, on emprunte un réseau de ponts suspendus et d’autoroutes à six voies pour pénétrer dans la mégapole de Shenzhen, on peine à imaginer qu’il n’y avait ici, il y a quarante ans,
qu’un village de pêcheurs. On se croirait dans le district financier de Manhattan, avec des tours de 200 mètres partout et même une qui perce les nuages à 600 mètres. Mais les rues sont plus propres et la circulation beaucoup plus silencieuse qu’à
New York. Il n’y a plus un seul bus, un seul taxi, un seul scooter, qui ne soit électrique. La population dépasse les 12 millions d’habitants. Cet univers aseptisé va devenir le centre de la première zone économique du monde, celle du «delta
de la rivière des Perles», qui regroupe 70 millions d’habitants, où on trouve aussi les villes de Canton, Dongguan, Hongkong et Macao.

Shenzhen est devenue la capitale mondiale de la révolution numérique. Tencent, ZTE, Foxconn et Huawei ont, notamment, leur siège ici. C’est la ville de la démesure: ici sera construit un gratte-ciel de 1000 mètres ; ici ouvrira cette année le plus
grand parc d’exposition au monde (500.000 m²). C’est une ville d’immigrants, venus du fin fond des trente-quatre provinces de Chine ; une mégapole qui n’a pas de passé et qui se targue de n’être tournée que vers l’avenir.

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Deux bretelles de l’autoroute qui va plein nord sont dédiées au quartier général de Huawei où travaillent 40.000 personnes. Juste avant de bifurquer dans la première, on longe le siège de Foxconn, géant manufacturier (il fabrique notamment les iPhone)
appartenant à un Taïwanais, dépassant les 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires et les 700.000 employés.

Le siège de Huawei constitue une ville dans la ville. Les avenues, bordées de parterres de fleurs et de pelouses dignes d’un country club anglais, portent des noms de maîtres de la science, comme Chong Zhi, l’inventeur de la boussole au Ve siècle.

Le visiteur est reçu au milieu d’un parc botanique, dont tous les arbres sont étayés de gros bambous afin de pouvoir résister aux typhons, fréquents dans cette région tropicale. On le fait entrer dans un palais que n’aurait pas renié Staline, avec colonnes
de marbre et hall de 15 mètres de plafond. Devant notre stupéfaction, le communicant américain de l’entreprise, chargé de nous accueillir lâche en riant: «Bienvenue! Oui, c’est fait pour impressionner le client!» On passe ensuite dans une immense
salle d’exposition où sont présentées toutes les activités industrielles de ce groupe au chiffre d’affaires annuel supérieur à 100 milliards d’euros.

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Le premier stand est intitulé «Smart City». Huawei a signé des contrats avec 200 grandes villes de la planète, qui utilisent ses salles de contrôle numérisé, englobant toutes les activités d’une municipalité. Une fuite dans une conduite d’eau municipale?
Par fibre optique, un capteur la signale immédiatement et le centre de commande envoie une camionnette de plombiers sur les lieux. Une rue bouchée par un encombrement ou un accident? La circulation est aussitôt déviée, afin de garder sa fluidité.
Un gangster fuyant après un braquage? Il est aussitôt «pris en charge» par les caméras de surveillance dans les rues. Les ordinateurs de reconnaissance faciale livrent son identité en moins de dix minutes… Les policiers dépêchés pour l’appréhender
sont équipés de talkie-walkie vidéo. Le chef de la police peut donc piloter à distance son arrestation.

Le secteur de l’énergie n’a pas de secrets pour Huawei, qui conçoit et fournit les équipements des «smart grids» (réseaux électriques intelligents), mais qui aide aussi à la gestion des champs pétrolifères et des pipelines. Dans le domaine des énergies
renouvelables, l’entreprise de Shenzhen a été la première à mettre au point un inverseur de courant pour les panneaux solaires individuels.

Pourquoi certains pays se méfient-ils de Huawei ? – Regarder sur Figaro Live

Huawei a également investi le champ des banques multinationales. Un stand est consacré au concept de «Financial Intelligent Operation Center». Relié à des ordinateurs de big data, un tel centre est, par exemple, capable de passer en revue en dix minutes
l’intégralité des éléments comptables d’un grand groupe industriel sur les sept dernières années, pour savoir s’il est raisonnable de lui faire un prêt de 100 millions de dollars pour un nouvel investissement, à quel taux, à quelle maturité.
Huawei fabrique aussi les ordinateurs superpuissants gérant les stocks de données.

Le « Financial Intelligent Operation Center » est capable de passer en revue en dix minutes l’intégralité des éléments comptables d’un grand groupe industriel sur les sept dernières années

Ici est exposé un modèle réel de «Cloud Data Center», conçu pour tenir dans un conteneur maritime standard. Solution très pratique pour stocker toutes les données d’un petit État d’Europe ou d’un État moyen d’Afrique…

Techniquement et commercialement, le groupe est prêt pour le jour où la planète passera à la finance numérique et où toutes les opérations de paiement se feront sur des smartphones. La firme en est d’ailleurs le deuxième producteur mondial, après Samsung,
mais devant Apple.

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L’usine (qui a sorti 200 millions de smartphones en 2018) se trouve plus au nord, à trente minutes par l’autoroute. Les visiteurs extérieurs y sont rares et soumis à des règles draconiennes: pas de photos, casquettes et blouses anti-poussières, chaussons
anti-électricité statique. Il n’y a plus qu’une dizaine de travailleurs manuels par ligne de production de 140 mètres de long. La plupart des tâches sont effectuées par des robots. Les multiples contrôles de qualité (qui prennent 80 % du temps
de production) sont également automatisés. Le temps de production total est de douze heures. Et une ligne sort un nouveau smartphone toutes les 28 secondes.

Sur les murs, sont affichées les photos des ouvriers méritants, car inventifs. Au cours des six derniers mois, ils ont fait progresser la productivité sur la chaîne

Sur les murs, sont affichées les photos des ouvriers méritants, car inventifs. Au cours des six derniers mois, ils ont fait progresser la productivité sur la chaîne ; leurs visages sont accompagnés des photos ou des schémas des astuces industrielles
qu’ils ont mises au point. Le progrès technologique est l’obsession des employés de Huawei, du haut en bas de la chaîne hiérarchique. Le groupe dépense quelque 13 milliards de dollars de recherche et développement par an, soit plus de deux fois
plus que le cumul des dépenses de R&D de Boeing et d’Airbus. Il recrute chaque année 8000 nouveaux ingénieurs et techniciens. Ces jeunes chercheurs ne sont soumis à aucun dresscode, mais plutôt à des contraintes de bien-être. Pour permettre la
sieste réparatrice de 30 minutes, l’éclairage des bureaux est coupé à la mi-journée.

Le Lincoln des montagnes du Yangzi Jiang

Le chercheur Zou Tianhua a intégré la firme au mois d’août 2018, à la fin de ses études en thermodynamique. Après avoir passé une licence à l’université de science et de technologie de Hefei («bourgade» de 8 millions d’habitants située à 300 km
à l’est de Shanghaï), il a obtenu une bourse du gouvernement allemand pour faire un doctorat, entre 2014 et 2018, à l’Institut international Max-Planck pour les systèmes d’information de Stuttgart. Il nous fait visiter le centre de recherche
Huawei «Sadi-Carnot», dont il est le directeur adjoint. Commenté en caractères chinois, le portrait du grand savant français orne l’entrée. Ce laboratoire d’électrothermique est l’un des plus grands du monde. Il s’agit ici de trouver, par exemple,
des circuits de refroidissement par liquide qui empêchent le réchauffement des smartphones. Comme beaucoup de jeunes Chinois du high-tech, le Dr Tianhua, qui nous demande de l’appeler Robert, a occidentalisé son prénom.

Un modèle réel exposé de «Cloud Data Center», conçu tout spécialement pour l'export puisqu'il tient dans un conteneur maritime standard.

Un modèle réel exposé de «Cloud Data Center», conçu tout spécialement pour l’export puisqu’il tient dans un conteneur maritime standard. – Crédits photo : Figaro

Vice-président pour la région Europe, Abraham Liu Kang, 40 ans, s’est aussi ajouté un prénom occidental. En 2002, dans l’avion qui l’emmène en Afrique pour la première fois, il lit une biographie du président américain Lincoln et adopte son prénom.
Plus facile à retenir pour ses clients africains que son nom chinois. Quel parcours pour Abraham, fils de paysan élevé dans un village des montagnes de l’arrière-pays du Yangzi Jiang! Jusqu’à ses 11 ans, son village n’a pas l’électricité et il étudie
à la bougie. Son école primaire est à huit heures de marche du village. Il revient tous les quinze jours chez lui, où sa mère lui a préparé un balluchon de riz gluant, pour les deux prochaines semaines. Mme Liu a inculqué l’importance
de l’étude et la valeur du travail à ses quatre enfants. À 14 ans, il est admis au lycée comme boursier. Excellent élève, ses professeurs lui conseillent des études supérieures en informatique, qu’il accomplit à l’université de Changsa (chef-lieu
de la province du Hunan), obtenant sa licence en 2001. Il rejoint Huawei dès l’obtention de son diplôme. Aujourd’hui, après avoir été président pour la Malaisie (où il a rencontré sa femme dans la communauté chinoise expatriée), il parcourt la planète
en business class.

La fascination du groupe pour l’Occident, et particulièrement pour la civilisation de la vieille Europe, se retrouve dans le tout nouveau «Huawei campus», bâti pour accueillir quelque 20.000 chercheurs, dans des conditions confortables et écologiques.
Ren Zhengfei, fils d’un directeur d’école de province, ingénieur dans l’armée nationale populaire, puis fondateur de Huawei, semble avoir réussi ici un vieux rêve. Un tramway relie douze quartiers, reproduisant chacun l’architecture de villes européennes
(Fribourg, Bologne, Dijon, Heidelberg, etc.). Des délégations, fascinées, se succèdent pour déambuler dans ce campus géant à la Disneyland. Car, là aussi, il s’agit d’impressionner le client. Et de préparer les employés à la conquête commerciale
de la vraie Europe.

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