L’Amérique et l’Europe frappent la Syrie au portefeuille


L’Amérique et l’Europe frappent la Syrie au portefeuille:

Le durcissement des sanctions imposées par les États-Unis et l’Union européenne asphyxie la population, qui montre des signes de colère envers le pouvoir.

La deuxième guerre de Syrie est lancée. Une guerre qui se déroule non plus sur le terrain militaire, mais économique. Et elle fait mal, y compris à un pouvoir qui, après avoir soumis ses opposants, croyait avoir gagné sa survie. «Les États-Unis n’ont pu l’emporter sur le champ de bataille, ils veulent maintenant asphyxier notre économie», constate un homme d’affaires proche du pouvoir, de passage à Paris.

«Le 20 décembre, se rappelle-t-il, c’était l’euphorie à Damas. Les Américains venaient d’annoncer que leurs 2000 militaires soutenant les Kurdes allaient partir. Les Émirats arabes unis avaient rouvert leur ambassade et Bahreïn s’apprêtait à en faire autant.» Mais peu après le 1er janvier, l’inquiétude perce. L’Union européenne vient d’étendre ses sanctions à onze hommes d’affaires proches du pouvoir. Peu avant, le Congrès américain avait, lui aussi, élargi ses sanctions aux citoyens non américains désireux de commercer avec la Syrie. Les perspectives de financement de la reconstruction par des financiers du Golfe s’effondraient, alors que quelques jours auparavant, une première conférence s’était tenue à Abu Dhabi en présence d’hommes d’affaires syriens mis sur liste noire par les États-Unis et l’Union européenne.

Les trois «non» de Pompeo

Au Liban, arrière-cour de la Syrie, Washington a également resserré son étau, comme il le fait déjà contre le Hezbollah chiite, allié de son ennemi iranien. «Les Américains ont mis en garde les banques en leur disant que s’ils repéraient un dollar en train de transiter de Beyrouth à Damas, les banques seraient blacklistées. Du coup, le réseau libanais se ferme», analyse un diplomate à Beyrouth.

Tout a basculé lors de la tournée du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, au Moyen-Orient, entre les 8 et 12 janvier. Un pays arabe avec lequel la Syrie entretient d’étroites relations en a fait le compte rendu à Damas. «À l’Arabie saoudite, au Koweït, à la Jordanie, au Qatar et même aux Émirats qui venaient de faire un pas, Pompeo a imposé trois “non”: non au retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe, non à de l’argent pour la reconstruction et non à la reprise des relations diplomatiques avec la Syrie», confie-t-on à Damas.

Les conséquences sont immédiates. Prévue pour la mi-janvier, la visite du président de la Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz, est ajournée. Un mois après celle du raïs soudanais, Omar el-Béchir, aucun autre chef d’État arabe ne doit refaire le chemin de Damas. L’Irak, qui n’a jamais rompu avec Assad, est également dans le viseur américain. Quelques jours après la promesse faite par son ministre des Affaires étrangères à son voisin, Bagdad doit pourtant renoncer à ouvrir son poste-frontière d’Abu Kamal avec la Syrie. Enfin, le 15 janvier était prévu le premier atterrissage à Damas d’un avion de la compagnie dubaïote Emirates. Est-ce une coïncidence? Dans la nuit du 11 au 12, l’aviation israélienne lança un raid contre une cible tout près de l’aéroport. Le message était clair: le lieu n’est pas sûr. Résultat, la reprise des vols en provenance du Golfe est, elle aussi, ajournée.

Fatigués par huit années de guerre et de sacrifices, les Syriens souffrent encore plus qu’avant des pénuries de gaz et de certaines denrées comme le lait infantile

Pendant ce temps, les Syriens, fatigués par huit années de guerre et de sacrifices, souffrent encore plus qu’avant des pénuries de gaz et de certaines denrées comme le lait infantile, aux prix exorbitants pour de nombreuses familles. Au tournant de l’année, un événement est passé inaperçu. «Le 1er janvier, un tanker iranien a acheminé 920 000 barils de pétrole au port de Baniyas, en Syrie, mais c’était le dernier», relève Samir Madani, dont la société Tankerstrackers scrute les mouvements des navires iraniens au Moyen-Orient. Jusque-là, chaque mois, l’Iran approvisionnait son allié syrien en pétrole. «Désormais, accuse l’homme d’affaires syrien rencontré à Paris, les Américains empêchent les Iraniens d’arriver jusqu’en Syrie.» Selon lui, l’allié russe pourrait les suppléer «mais pour l’instant, il ne bouge pas».

Pour l’économiste et opposant Samir Aïta, cette «crise du gaz» serait une des raisons du voyage de Bachar el-Assad lundi chez son allié iranien, le premier en huit ans de guerre. Une rencontre chaleureuse avec le numéro un du régime iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, d’après les images qui en ont été diffusées par Téhéran. Beaucoup plus en tout cas que celles où l’on voit le raïs syrien avec son autre protecteur, le président russe, Vladimir Poutine.

Les soutiens d’Assad en colère

Signe inquiétant pour Assad: sur les réseaux sociaux, les critiques fusent. Et elles viennent, non pas de ses opposants, mais de ses soutiens. «La réaction des prorégimes est assez négative, confirme Samir Aïta. Ils dénoncent la corruption, l’apparition de nouveaux seigneurs de la guerre, et puis surtout le fait qu’ils doivent faire la queue pendant des heures pour acheter une bouteille de gaz. La pression est réelle.»

Contacté par téléphone, Ali, un habitant de Damas adepte des réseaux sociaux, renchérit: «Beaucoup de Syriens se plaignent que c’est insupportable, que la situation est plus dure qu’en pleine guerre en 2014-2015. Ils disent: “on a soutenu Assad pendant huit ans, on a consenti des sacrifices pendant la guerre et c’est le cadeau maintenant que l’on reçoit!” Ils ne sont pas encore devenus anti-Assad, mais ils expriment clairement un mécontentement.»

«Nous n’avons pas d’autre choix que d’adopter une économie de survie»

Comment le pouvoir peut-il y répondre? En dénonçant «un complot ourdi par l’étranger», selon les mots du premier ministre, Imad Khamis. «Cela ne règle rien, estime Ali, les Syriens ne sont pas dupes.» En renforçant sa coopération économique avec l’Iran? Fin janvier, les deux pays ont signé des accords économiques, portant notamment sur la construction d’une centrale électrique. «Nous n’avons pas d’autre choix que d’adopter une économie de survie», préconise l’homme d’affaires syrien, convaincu que les sanctions seront maintenues jusqu’en 2021, terme du mandat de Bachar el-Assad.

Selon lui, «Poutine peut être tenté d’utiliser ces pressions occidentales pour arracher des concessions à Assad sur le dossier de la transition politique, priorité des Américains et des Européens». Le président russe a déjà obtenu de ses partenaires iraniens et syriens que les rebelles houthistes venus sur instruction du Yémen quittent la Syrie, révèlent une source yéménite et une autre syrienne. Une façon de satisfaire les monarchies du Golfe, dont Poutine souhaite qu’elles renouent avec Assad. Mais pour ce dernier, gagner la paix s’annonce tout aussi périlleux que défaire ses ennemis.

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