Kaboul se prépare au retour des talibans


Kaboul se prépare au retour des talibans:

Les États-Unis et les talibans mènent depuis la semaine dernière des discussions de paix, à Doha, au Qatar, pour tenter de mettre un terme au conflit qui déchire l’Afghanistan depuis 2001.

La neige d’hier a fondu et les ruelles de terre sont désormais jonchées de flaques boueuses que piétons et cyclomoteurs tentent soigneusement d’éviter. Quelques fillettes postées devant chez elles regardent passer les voisins – un grand-père pousse une brouette, un autre est emmitouflé dans son patou, large châle d’hiver. Hussein Kheil est un quartier populaire comme tant d’autres, au sud-est de Kaboul. Pas forcément miséreux, sans être bien loti.

Malgré les milliards de dollars injectés par la communauté internationale depuis 2001 pour la reconstruction du pays, les routes goudronnées qui relient les quartiers plus huppés de la capitale ne parviennent pas jusqu’ici. L’élite kaboulie fait peu de cas de ces zones marginalisées qui représentent pourtant l’écrasante majorité de la population. Les Occidentaux, dans leurs compounds cernés de murs de béton qui ont défiguré la ville, s’éternisent dans le pays sans pour autant que la vie s’améliore réellement pour une majorité d’Afghans.

Accord avec les insurgés

«Nous sommes vraiment délaissés par le gouvernement», s’emporte Mohammed, un vendeur de légumes d’une trentaine d’années. Il en vient à regretter le temps où les talibans étaient au pouvoir, de 1996 à 2001: «Avec eux, au moins, pas d’injustice: tout le monde était soumis aux mêmes règles. Les querelles se réglaient en trois jours. Maintenant, il faut compter trois ans, sauf si on paye un bakchich ou si l’on a de bonnes connexions.»

«C’est vrai !», intervient un vieil homme, barbe blanche et tunique traditionnelle, qui agite son chapelet à mesure qu’il égrène les avantages du groupe extrémiste. Et de conclure: «Les talibans sont afghans. Ce sont nos frères. On veut qu’ils reviennent mettre de l’ordre dans le pays !»

Alors que s’achève au Qatar le cinquième round de discussions entre délégations américaine et talibane (cette dernière refusant de s’adresser directement au gouvernement afghan), un retour éventuel des talibans au pouvoir – par exemple, au sein d’un gouvernement d’union nationale – semble de plus en plus probable. L’Administration Trump ne cache pas sa volonté d’aboutir rapidement à un accord avec les insurgés, qui mettrait fin à cette guerre dans laquelle les États-Unis s’embourbent depuis dix-huit ans. Alors, de nombreux observateurs redoutent un accord expéditif, qui donnerait l’avantage aux talibans.

«Il est difficile d’imaginer un accord de paix qui n’octroierait pas du pouvoir aux talibans», note Thomas Ruttig, de l’Afghanistan Analysts Network. À Kaboul, la perspective d’un retour au pouvoir du groupe extrémiste effraie de nombreux observateurs et membres de la société civile. Mais dans les quartiers défavorisés, certains habitants déçus par cette démocratie dysfonctionnelle, minée par la corruption, se réjouissent plutôt.

D’autres voient d’un mauvais œil les évolutions de la société, en particulier dans les milieux urbains et les classes moyenne et aisée. «Notre pays a perdu ses valeurs afghanes», lance Ikhtisham, 22 ans, qui passe le temps avec ses amis dans la cour d’un complexe d’appartements. «Aujourd’hui, certaines filles de la capitale s’habillent comme des Occidentales et se comportent comme des mécréantes. Avec l’aide de Dieu, les talibans rétabliront la charia.»

L’étudiant ne se souvient pas de l’ère talibane, pendant laquelle ce groupe a instauré la terreur au nom de la loi islamique. D’autres jeunes de sa génération ont grandi à l’étranger, réfugiés au Pakistan ou en Iran, comme Mohammed qui dit n’avoir «aucune information sur les mauvaises choses qu’auraient commis les talibans». La mémoire des lapidations, pendaisons, mutilations et autres sévices, qui punissaient ceux qui désobéissaient aux règles, n’existe que chez leurs aînés.

«Des inventions occidentales»

Mais même chez ces derniers, un accord vaut tous les sacrifices. «Le plus important, c’est la paix», assure Hamida, 50 ans. «Et si on veut la paix, on n’a pas le choix: il faut accepter de partager le pouvoir avec les talibans», martèle cette grand-mère en burqa, qui a connu l’invasion soviétique, la guerre civile, le gouvernement taliban puis l’intervention américaine… Soit quarante ans de conflit ininterrompus.

Dans le quartier, peu de gens croient au retour de l’obscurantisme de la seconde moitié des années 1990. Hassibullah, 20 ans, en est certain: «Les talibans ont changé.» Cet entraîneur d’une équipe de foot de quartier sait qu’à l’époque, la musique et le sport étaient proscrits… Mais si les talibans reprenaient le pouvoir, «ils auraient d’autres priorités» que de l’empêcher de chausser ses crampons. «Leur plan, c’est de reconstruire le pays, en mettant fin à ce gouvernement qui ne fait rien pour nous», s’enthousiasme le jeune homme.

Les talibans prennent soin de lisser leur image, à grand renfort de stratégies de communication. Pour autant, Wahid Muzhda, ancien cadre sous le régime taliban, tient à préciser que le football, justement, ne pourra être joué par des femmes. Fêter la Saint-Valentin? «Impensable.» Et le taliban de s’exprimer au nom du peuple afghan: «Tout cela, ce sont des inventions occidentales. Les Afghans n’en veulent pas, et nous les interdirons.»

Attaque suicide à Djalalabad: seize morts

Au moins seize civils sont morts mercredi dans une attaque suicide suivie d’échanges de tirs contre une

entreprise locale de BTP proche de l’aéroport de Djalalabad, dans l’est de l’Afghanistan, alors que des pourparlers de paix se poursuivent entre États-Unis et talibans.

«Des kamikazes armés ont attaqué et ont réussi à pénétrer dans le bâtiment d’une entreprise de construction. Des civils y travaillant ont été tués», avait auparavant déclaré à l’AFP Zabihullah Zmarai, membre du conseil provincial. Selon un autre responsable local, «deux kamikazes ont fait sauter leur veste explosive et deux autres ont été abattus par les forces de sécurité» avant que les forces spéciales afghanes ne soient déployées sur les lieux, aidant à neutraliser le dernier assaillant. Une voiture piégée, deux vestes explosives et plusieurs mines ont ensuite été découvertes, a-t-il ajouté.

Si les talibans et le groupe État islamique (EI) sont actifs dans le Nangarhar, l’attaque n’a pas été revendiquée. L’assaut de Djalalabad «n’a rien à voir avec nous», a assuré le porte-parole taliban Zabihullah Mujahid

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