Le réveil des Européens face à la Chine


Le réveil des Européens face à la Chine:

À l’occasion de la visite de Xi Jinping en France, Emmanuel Macron souhaite un front européen destiné à déjouer la stratégie et les ambitions internationales de Pékin.

«L’Asie sous-estime les menaces islamistes et russes mais l’Europe n’a pas encore pris conscience de la menace chinoise», regrettait il y a trois ans, à Sydney, un officiel australien lors du dialogue stratégique annuel avec la France. Depuis qu’elle avait condamné à l’unanimité la «brutale répression» de Tiananmen en 1989 et imposé des sanctions et un embargo sur les armes à Pékin, l’Union européenne avait détourné son regard de l’empire du Milieu. Absorbés par leurs crises internes, happés par le chaos au Moyen-Orient, concentrés sur les puissances émergentes plus bruyantes que sont la Russie ou l’Iran, les Européens n’ont pas vu ou ne se sont pas inquiétés de l’avancée silencieuse de la Chine, qui depuis quelques années introduit ses tentacules dans les veines économiques des démocraties occidentales. L’Union européenne considérait jusqu’à présent l’envolée du PIB chinois comme une opportunité économique ne présentant pas de danger stratégique. Il s’agissait de tirer les bénéfices de la croissance rapide du pays, le plus gros partenaire commercial de l’UE après les États-Unis.

«Celui qui contrôle la 5G contrôle le monde»

Cette époque est révolue. La parenthèse a été fermée le 12 mars par la Commission européenne, qui dans un document important considère désormais la Chine comme un «rival systémique défendant des modèles de gouvernance alternatifs», un «concurrent stratégique».Pour rétablir l’équilibre avec la Chine, la Commission propose une liste d’actions à mettre en œuvre rapidement. Ce tournant, qui signifie un réveil de l’Europe, a été confirmé jeudi par Emmanuel Macron, qui organise mardi une rencontre à Paris entre le président chinois Xi Jinping, la chancelière allemande Angela Merkel, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et lui-même. Un front européen destiné à opposer un discours européen face aux ambitions chinoises et à déjouer la stratégie de Pékin, qui privilégie les relations bilatérales pour jouer sur les divisions entre Européens.

Longtemps après les États-Unis, les Européens ouvrent les yeux sur les conséquences de la montée en puissance de la Chine, sur la manière dont Pékin utilise son influence grandissante pour imposer ses vues et sur les menaces potentielles que font courir les investissements chinois dans les parties sensibles de l’économie européenne. Depuis cinq ans, ils ont grimpé en flèche. C’est dans le domaine de l’innovation technologique que les Chinois concentrent leur offensive, poussant le géant Huawei et ses futurs réseaux de la cinquième génération sur le Vieux Continent. Or, comme le dit un haut diplomate français, «celui qui contrôle la 5G contrôle le monde».

Pékin utilise les divisions au sein de l’Europe

Comme les États-Unis, les Européens s’inquiètent des risques d’espionnage engendrés par les investissements d’une puissance non démocratique dans un secteur stratégique. L’acquisition d’entreprises et d’infrastructures est aussi jugée déloyale car elle permet à Pékin de s’offrir une expertise et des technologies clés à moindre coût puisque les entreprises chinoises sont subventionnées ou contrôlées par l’État. Si l’Allemagne représentait jusqu’à présent l’avant-garde de la réaction contre la Chine, la France d’Emmanuel Macron lui a emboîté le pas en adoptant un ton très ferme. «Vis-à-vis de la Chine, le temps de la naïveté européenne est révolu», a affirmé le président français à Bruxelles. Il considère que l’Union européenne doit avoir «une approche coordonnée» sur le sujet.

Mais sa tentative d’unifier l’approche européenne face à la Chine n’est pas encore gagnée. Comme la Russie, la Chine utilise et creuse les divisions au sein de l’Europe pour prévenir l’émergence d’une politique commune. La Hongrie et la Grèce comptent parmi les avocatsde Pékin. Le Portugal a signé le programme d’investissement international des «nouvelles routes de la soie». L’Italie a fait de même vendredi, devenant ainsi le premier pays du G7 à participer à l’ambitieux projet chinois. La position de l’Union européenne est aussi compliquée par sa volonté de continuer à coopérer avec la Chine pour essayer de sauver les accords multilatéraux rompus par Donald Trump, notamment sur le nucléaire iranien et sur le climat. Enfoncer un coin supplémentaire dans les relations transatlantiques, c’est justement l’un des objectifs de la Chine…

«Inquiétude» et appel à l’unité en Allemagne

Le commissaire européen allemand Günther Oettinger a fait part dimanche de son «inquiétude»face à la décision italienne de rejoindre le projet chinois de «nouvelles routes de la soie», le chef de la diplomatie allemande appelant pour sa part à l’unité des Européens. Le commissaire au Budget dit voir «avec inquiétude qu’en Italie et dans d’autres pays européens, des infrastructures d’importance stratégique comme les réseaux d’électricité, les lignes ferroviaires à grande vitesse ou les ports ne sont plus dans des mains européennes mais chinoises».

» LIRE AUSSI – Les clés pour comprendre le rapprochement économique entre l’Italie et la Chine

De son côté le chef de la diplomatie allemande, Heiko Mass, prévient: «Si certains pays croient pouvoir faire de bonnes affaires avec les Chinois, ils seront surpris quand ils s’apercevront qu’ils sont devenus dépendants.» Et d’ajouter: «La Chine n’est pas une démocratie libérale»

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