Usines en difficulté :  l’État pompier sur tous les fronts


Usines en difficulté :  l’État pompier sur tous les fronts:

Jamais Bercy n’a semblé aussi actif pour tenter de sauver les sites industriels menacés. Avec des échecs et des succès inespérés.

Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, l’a martelé dès son arrivée à Bercy: «Il faut se battre pour chaque emploi industriel menacé.» Depuis, les occasions de s’y employer n’ont pas manqué, avec une accélération sensible ces dernières semaines. Quoique en disent les Cassandre, l’activisme gouvernemental, associé à celui des collectivités locales, est parfois couronné de succès.

Lundi dernier, il a ainsi permis de sauver Arc International d’un dépôt de bilan imminent. Le leader mondial des arts de la table, qui emploie 5 200 salariés dans le Pas-de-Calais, souffre d’une rentabilité trop faible et de capitaux insuffisants pour automatiser sa plus grande usine, en particulier pour l’empaquetage de la vaisselle et le transport des cartons.

Quatre mois d’intenses et discrètes tractations ont permis la mise en place d’un plan de financement de 120 millions d’euros. Aux sommes investies par les actionnaires s’ajoutent 16 millions prêtés par l’État (sans compter les crédits de Bpifrance), 12 millions de la région et 2 millions de l’agglomération de communes.

Ailleurs, sur des sites dont la survie se joue à la barre des tribunaux de commerce, les solutions sont plus difficiles à trouver. Les 586 salariés de l’usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye (Sarthe) en ont fait l’amère expérience vendredi, malgré la pression exercée les jours précédents sur les services de l’État. Le tribunal de commerce de Nanterre a prononcé la liquidation judiciaire de l’usine.

Le gouvernement a pris l’habitude de se battre jusqu’au bout, comme en témoignent les pressions exercées (en vain) sur Ford pour éviter la fermeture de l’usine de Blanquefort et son activisme quasi désespéré pour trouver des candidats à la reprise du site Ascoval de Saint-Saulve

Les deux autres usines Arjowiggins mises en redressement judiciaire par le groupe Sequana vont, elles, être reprises, avec 192 des 325 salariés. Aucun candidat n’avait déposé de dossier solide pour éviter la fermeture du principal site. Pour donner vie au projet du directeur de l’usine, il manquait 30 millions d’euros. Les pouvoirs publics étaient prêts à en financer la moitié. Mais dans l’Union européenne, un euro d’argent public doit être accompagné d’un euro d’argent privé. Et les investisseurs prêts à investir autant dans une usine de papier recyclé ne se bousculent pas.

Pourtant, le gouvernement a pris l’habitude de se battre jusqu’au bout, comme en témoignent les pressions exercées (en vain) sur Ford pour éviter la fermeture de l’usine de Blanquefort (Gironde) et son activisme quasi désespéré pour trouver des candidats à la reprise du site Ascoval de Saint-Saulve (Nord) après la défection d’Altifort. Ses efforts n’auront peut-être pas été vains. Le coup de projecteur mis sur cette usine moderne et performante de 281  salariés, les démarches commerciales qu’elle a menées à bien pour trouver des contrats rentables, le soutien affirmé de l’État et la mobilisation des salariés ont changé la donne. De nouveaux candidats se sont manifestés in extremis lundi, dont deux sont jugés sérieux: le sidérurgiste britannique British Steel et le spécialiste italien des aciers spéciaux Calvi Networks, qui prévoient la reprise totale de l’activité et du personnel.

Bertrand très impliqué

Très impliqué dans la bataille pour la survie des usines de son territoire, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, n’a pas caché sa défiance vis-à-vis d’une autre offre, déposée par le fonds SecuFund Industry et portée par l’ex-patron d’Ascometal, Franck Supplisson. Mercredi, le tribunal de Strasbourg a donné jusqu’au 24 avril aux nouveaux candidats pour étayer leurs offres.

D’autres dossiers ont fait moins de bruit, mais ont aussi attiré l’attention de Bercy, comme celui de l’usine de Gerzat, dans le Puy-de-Dôme. Les 136 salariés, convaincus des chances d’avenir de ce site qui fabrique des bouteilles forgées haute pression en aluminium, ont bataillé depuis novembre contre son propriétaire, le britannique Luxfer, décidé à le fermer. Un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) a été mis en place, mais faute de dialogue, et donc de négociations possibles, il était suspendu. Avec la médiation de la préfecture du Puy-de-Dôme, le conflit s’est terminé jeudi. Le plan sera mis en place, mais les négociations avec un groupe chinois permettront peut-être de recréer quelques dizaines d’emplois.

Dans les prochains mois, d’autres dossiers vont se rappeler au souvenir du gouvernement, qui a à cœur de redorer le blason de l’industrie tricolore. C’est le cas de la restructuration des sites de General Electric en France, en particulier à Belfort. Lundi, une rupture conventionnelle collective et un plan ont été signés avec la direction du conglomérat américain. L’accord porte sur la suppression, d’ici à fin juin 2020, d’environ 260 emplois sur les 1 400 de cette entité qui fabrique des turbines vapeur pour les centrales nucléaires. Des ruptures conventionnelles collectives ont déjà été signées dans d’autres unités ou divisions, et d’autres accords sont en cours de négociation. Surtout, GE pourrait bientôt s’attaquer à sa branche «turbine à gaz» qui est en difficulté et compte 1900 salariés dans le Territoire de Belfort. Entre 800 et 900 emplois pourraient être menacés.

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