« D’accord, Macron, c’est pas ça. Mais qui d’autre, alors ? »


« D’accord, Macron, c’est pas ça. Mais qui d’autre, alors ? »:

Par Nathalie MP.

Emmanuel Macron va bientôt conclure deux ans de mandat et il est en train de se planter. Ce constat que j’ai dressé à plusieurs reprises, d’abord sous forme de doutes sur sa capacité ou même sa volonté à emmener la France vers plus de liberté puis, à mesure que le temps a passé, sous forme du simple enregistrement des faibles réalisations effectives – ce constat, donc, s’est d’abord heurté à la « macronmania » qui a follement saisi une bonne partie de l’opinion et des médias au lendemain de l’élection présidentielle.

Mais depuis quelque temps, je discerne de vraies lézardes dans les certitudes de nombreux interlocuteurs. On peut les comprendre : en 2018, et malgré le libéralisme ultra-sauvage que certains voient s’étaler partout, la France a persisté à tenir le haut du pavé en matière de dépenses publiques (56 % du PIB), prélèvements obligatoires (45 % du PIB) et chômage (9,1 % de la population active).

Le modèle social que le monde entier nous envie

Le fait est que nos services publics et le modèle social « solidaire » et « apaisé » que le monde entier nous envie et que tous les politiciens sans exception promettent de préserver à tout prix n’ont pas été en mesure d’empêcher la colère des Gilets jaunes ni d’enrayer le soutien important que ceux-ci ont trouvé dans l’opinion. Le fait est que deux ans après, la France – son gouvernement en premier lieu – donne l’impression assez nette de n’être arrivée nulle part et de ne plus savoir où elle va.

Pour qui s’attendait à de la réforme, c’est la déception. Une petite phrase commence à se faire entendre avec insistance :

D’accord, Macron, c’est pas ça. Mais qui d’autre, alors ?

Deux brins, deux tonalités, dans cette question. D’abord l’espoir insensé qu’il pourrait peut-être y avoir quelqu’un. Vite, un nom, une idée, une issue au marasme ambiant ! Un espoir vite douché ; il n’y a personne. Personne qui serait aujourd’hui en mesure de tourner résolument le dos à l’État stratège, providence et nounou qui nous plombe année après année, déficit après déficit et dette sur dette pour des résultats décourageants.

Aussi, très rapidement, retour sans illusion aux réalités du terrain politique. L’époque plus « printanière » où il était question de « donner sa chance à Macron » s’est envolée et ne surnage plus que le constat désabusé qu’on ne vote jamais vraiment pour quelqu’un mais plutôt contre tous les autres. Ce qu’il pouvait y avoir d’adhésion dans le vote Macron – et ce ne fut jamais très élevé – s’est mué en une sorte d’acceptation passive et découragée : on n’aura pas mieux.

Un Président un peu réformiste

Et puis, se dit-on à titre de consolation, le Président est quand même un petit peu réformiste : il a réduit l’ISF en Impôt sur la fortune immobilière, il a fixé la fin du recrutement au statut des cheminots, il a baissé les APL de 5 euros et il veut faire travailler les fonctionnaires 35 heures comme tout le monde. En réalité, du toilettage de surface, des bribes de libéralisme étouffées par les impôts supplémentaires et les nouvelles réglementations et même pas à l’abri d’être piétinées dans les conclusions du Grand débat. Mais évidemment, on peut toujours arguer que c’est mieux que rien, et certainement mieux que pire.

Le risque du pire, c’est justement le sketch qu’on nous joue depuis les années 1980 lorsque François Mitterrand s’est avisé que s’il donnait un peu de visibilité au Front national (actuel Rassemblement national ou RN) tout en le boutant hors du champ des partis dits de gouvernement, le Parti socialiste pourrait se maintenir au pouvoir plus facilement. Au second tour, tout le monde se dresse contre le retour de la bête immonde dans un « Front républicain » qui écarte à jamais les heures les plus sombres de notre histoire et le tour est joué.

Non pas que le RN présente le moindre intérêt pour la France. Marine Le Pen a eu de multiples occasions de se prononcer pour le rétablissement de l’ISF, la baisse de l’âge légal de départ en retraite à 60 ans et les vertus des dépenses publiques et des grands travaux sur l’emploi par exemple. Elle a de plus un art consommé pour attribuer nos problèmes très franco-français aux boucs émissaires pratiques que sont les migrants, l’euro, l’Union européenne et la mondialisation, ce qui présente avant tout le confortable avantage d’éviter toute remise en cause de nos petites habitudes nationales.

La prime à la médiocrité

Il n’en demeure pas moins que l’injonction pseudo-morale qui veut depuis presque 40 ans que les Français fassent barrage au RN a aussi pour conséquence de faire proliférer une classe politique médiocre et à maintenir à leur poste des hommes et des femmes politiques dont les bilans sont tout sauf glorieux. Un sondage indiquait récemment qu’Anne Hidalgo pourrait bien être réélue à Paris malgré ses piteux résultats. Une issue qui, si elle devait se concrétiser en 2020, n’aurait rien à voir avec une quelconque réussite à la tête de la capitale et tout avec la nullité de ses adversaires, ainsi que h16 le soulignait fort à propos récemment.

Une classe politique dont la médiocrité consiste notamment à tenir perpétuellement des discours de campagne électorale propres à remporter l’adhésion facile des citoyens mais à l’évidence très éloignés des réalités du pays. Du bullshit pour les plateaux médiatiques comme disait si élégamment Laurent Wauquiez (LR).

Bien que se disant d’un nouveau monde, Emmanuel Macron n’a pas été le dernier à s’engouffrer dans cette voie. Il a entraîné bon nombre de Français dans une sorte de pensée magique selon laquelle on allait pouvoir retrouver la prospérité sans efforts. Il suffisait de penser printemps, il suffisait de s’enivrer de beaux discours et d’envolées lyriques. Le Grand débat lui a donné l’occasion de remettre ça à quelques mois des élections européennes.

Contrairement à ce qui est proclamé partout, la pensée dominante du moment n’est pas « l’ultra-libéralisme » dont Macron serait le sinistre valet, mais l’idée bien ancrée en France à force de discours négatifs sur les entreprises, les actionnaires et le capital qu’il existe une solution simple comme bonjour : on a des déficits ? On n’arrive plus à financer nos zélés fonctionnaires et nos services publics ? Facile ! Accédons enfin à la justice sociale, taxons les riches, récupérons les centaines de milliards de l’évasion fiscale, et tout sera financé dans le meilleur des mondes possibles ! Adieu pauvreté, adieu inégalités, adieu chômage !

Celui qui a vendu la mèche

Sauf que cette aimable fable signifie en réalité : adieu veaux, vaches, cochons, couvées et liberté, ainsi que le Venezuela nous en administre la terrible preuve tous les jours.

Il se trouve cependant qu’au détour d’un débat sur la vérité et le mensonge en politique, débat qui se tenait ces jours-ci suite à d’anciens propos de la nouvelle porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, à savoir « J’assume parfaitement de mentir pour protéger le Président », le député LREM issu du Parti socialiste Patrick Vignal a pour ainsi dire vendu la mèche (vidéo ci-dessous, à partir de 40″) :

On va être très clair. S’il faut dire la vérité aux Français, ça veut dire 10 ans de sang et de larmes. Vous voulez dire la vérité aux gens sur le terrorisme (…), sur le chômage ? Aujourd’hui, il faut donner une vision d’espérance, aussi, aux Français. (Cnews, 1er avril 2019)

Paradoxalement, dans sa tentative pour justifier le mensonge, le député en vient à révéler la réalité du pays : il va mal, très mal (et il faudra 10 ans de sang et de larmes pour le redresser), autant en matière de sécurité (terrorisme) que sur l’économique et le social (chômage).

Mais voilà, les Français sont des enfants, des bébés qu’il faut bercer de douces paroles réconfortantes et maintenir dans l’illusion que tout va très bien comme ça : la France n’est pas un pays comme les autres, c’est une exception rarissime et belle, un havre de culture et d’humanisme qu’il ne faut surtout pas dénaturer par des comptes d’apothicaires et la cynique obsession du profit.

Vive la France, ce pays en faillite et content de l’être…

Dans ces conditions, pourquoi changer de politique, pourquoi chercher plus loin que nos politiciens menteurs et donneurs de leçons ? Pourquoi vouloir le sang et les larmes quand on peut avoir l’argent des autres ? Surtout, comment les Français pourraient-ils imaginer que leur vie économique et politique ne soit plus soumise à l’emprise ensorceleuse de notre irresponsable Léviathan étatique ?

Sauf à ce que quelqu’un se décide à sortir du blabla politicien lénifiant pour enfin aborder les vrais sujets, les sujets qui fâchent, sans totems ni tabous.

Sur le web

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Source: http://bit.ly/2G0VgX5

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