Brexit-Même le trading algorithmique a jeté l’éponge, Actualité des marchés


Brexit-Même le trading algorithmique a jeté l’éponge, Actualité des marchés:

par Saikat Chatterjee

LONDRES, 4 avril (Reuters) – Le Brexit est devenu tellement inextricable qu’il en épuise même la capacité de calcul des ordinateurs.

Les programmes de transactions automatisées à l’origine d’une large proportion des quelque 5.100 milliards de dollars échangés chaque jour sur le marché des changes peinent à traiter le déluge de nouvelles souvent contradictoires sur les efforts du Royaume-Uni pour sortir de l’Union européenne, ce qui renchérit et accroît les risques liés aux prises de positions sur la livre.

Après le triple échec de la première ministre Theresa May à faire adopter par le Parlement l’accord de divorce qu’elle a négocié avec ses partenaires européens, la confusion est à son comble et personne ne sait trop qui est désormais en charge du processus, quand, comment et même si la sortie de l’UE finira par intervenir.

Aux dissensions internes au gouvernement s’ajoutent celles au Parlement, y compris au sein même de chacune des deux principales formations – conservateurs au pouvoir et travaillistes dans l’opposition – ce qui multiplie le nombre des personnalités susceptibles d’influencer le cours déjà très chaotique des événements, désorientant les algorithmes de traitement des nouvelles, qui analysent les déclarations de responsables en vue avant de déclencher des ordres d’achat ou de vente.

“Les modèles sont plutôt fondés sur des données quantitatives et sur la comparaison entre les données publiées et leur historique”, rappelle Neil Jones, responsable des ventes sur les devises aux fonds spéculatifs chez Mizuho.

“Les nouvelles sur le Brexit les ont déstabilisés en raison du très grand nombre de personnalités susceptibles de faire bouger la devise au cours d’une même journée.”

LES ORDINATEURS DÉCONCERTÉS

Les algorithmes de traitement des nouvelles sont une des dimensions de la révolution à l’oeuvre dans le fonctionnement des salles de marché des banques et des gérants d’actifs, marquée par le remplacement des traders par des ordinateurs afin de réduire les coûts d’intermédiation et d’accélérer la fréquence des transactions, réduite dans certains cas au millionième de seconde.

Les modèles de transactions automatisés, historiquement développés pour traiter des données économiques et les communiqués de banques centrales, peuvent pour certains d’entre eux analyser en une fraction de seconde des flux d’informations ou un déluge de tweets avant de passer un ordre dans un sens ou dans l’autre.

Le problème est qu’avec le Brexit, le flux de nouvelles est tel que les ordinateurs ne peuvent plus suivre. Ainsi Reuters a publié 400 informations par jour en moyenne sur le Brexit au cours des dernières semaines contre une quinzaine de nouvelles sur la politique au Royaume-Uni avant que la question ne prenne une telle ampleur.

Bloomberg a de son côté multiplié par quatre le volume des informations sur le Brexit depuis l’automne dernier avec plus de 1.000 nouvelles sur le sujet certains jours, comme le 12 mars, marqué par le deuxième vote de rejet de l’accord de Theresa May par le Parlement, a dit une porte-parole de l’agence.

Le processus de décision et de vote des résolutions au Parlement sur le Brexit s’est aussi révélé très déconcertant pour les ordinateurs et leurs modèles.

Des procédures parlementaires britanniques absconses sont désormais au coeur même du processus de décision et des personnalités dont les prises de position étaient jusqu’à présent ignorées par les algorithmes sont sur le devant de la scène.

Le speaker de la Chambre des Communes, John Bercow, a ainsi fait décrocher la livre le mois dernier quand il a annoncé que Theresa May ne pourrait pas soumettre à nouveau son projet d’accord au Parlement dans les mêmes termes que précédemment.

COUP DE POUCE

Le cours de la devise est devenu tellement sensible à toute indication que même un signe de main peut l’affecter.

Ainsi le 6 novembre, Dominic Raab, qui était alors encore ministre en charge du Brexit, a fait monter la livre en levant le pouce après une réunion du conseil des ministres, un geste qui a déjoué des machines programmées pour analyser des mots.

Ce coup de pouce venait après un tweet mettant en garde sur un Brexit sans accord de Jeffrey Donaldson, l’un des dix députés nord-irlandais du DUP, dont dépend la majorité de May au Parlement.

Peu de données sont disponibles sur la part du trading algorithmique sur la livre mais elle ne devrait pas être trop éloignée de la tendance générale sur le marché des changes, sachant qu’elle atteint 70% sur la plate-forme de transactions EBS, l’une des principales du marché, selon des estimations de la Banque des règlements internationaux (BRI) publiées en septembre.

Cette proportion n’était que de 25% en 2008.

Il n’y a aucune donnée officielle sur la part des transactions sur le marché des changes réalisées par des algorithmes de traitement des nouvelles mais trois cambistes de banques londoniennes l’ont estimée à moins de 10%.

Une proportion sans doute bien inférieure en ce moment sur la livre en raison de l’imbroglio du Brexit.

Certains fonds spéculatifs ont préféré renoncer purement et simplement à traiter sur la livre, les modèles auxquels ils recourent habituellement se révélant inopérants, a dit un cambiste d’une grande banque d’investissement britannique.

Ces modèles s’appuient sur les indicateurs économiques et les anticipations sur les mouvements de taux directeurs de la banque d’Angleterre, des facteurs passés au second rang derrière les déclarations et de développements politiques, a-t-il expliqué.

Certaines banques font en sorte que les transactions sur la livre ne soient pas totalement laissées à l’initiative de modèles algorithmiques tandis que d’autres limitent le montant des ordres et les fourchettes de prix pour éviter de trop grosses pertes.

“Si c’était votre job et vu la complexité du Brexit, est-ce que vous voudriez vraiment préprogrammer quelque chose qui se déclencherait automatiquement et prendre un risque important en faisant cela ?”, a dit David Leigh, responsable mondial du trading électronique et au comptant de Deutsche Bank.

“Probablement pas.”

TURBULENCES ET AVERSION AU RISQUE

Les teneurs de marché sur les changes, qui achètent et vendent des devises pour leur propre compte, utilisent aussi des algorithmes pour déterminer leurs fourchettes de prix à l’achat et à la vente. Et le Brexit a aussi rendu cette tâche plus difficile.

Pour éviter de se trouver pris au dépourvu par une nouvelle, les teneurs de marché programment leurs algorithmes pour élargir l’écart entre les prix offerts à l’achat et à la vente.

Mais cet écartement des fourchettes renchérit le coût des transactions sur la livre. Le coût moyen sur une transaction standard de 10 millions de livres, prenant en compte la fourchette achat-vente, a ainsi atteint 2,9 “pips” la semaine dernière contre 1,9 en octobre, a dit Rob Turner, trader quantitatif chez RBC Capital Markets.

En conséquence, les volumes d’échange se réduisent, les investisseurs restant à l’écart dans l’attente d’une issue au Brexit. Les volumes de transactions quotidiens sur la livre était de l’ordre de 65 milliards de dollars le mois dernier contre 100 milliards de dollars avant le référendum sur le Brexit de juin 2016, selon CLS, l’un des principaux acteurs de la compensation et du règlement sur le marché des changes.

La volatilité de la livre évolue dans le même temps à des plus hauts de plus de deux ans et a triplé par rapport depuis la fin février alors que la volatilité en général a plutôt décru.

La livre a perdu 13% de sa valeur par rapport au dollar depuis le vote en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne mais la confusion règne sur la direction qu’elle pourrait prendre dans les prochaines semaines.

Buford Scott, associé de Stelrox Capital Management, un cabinet de gestion patrimoniale, qui réalisé des gains en prenant des positions sur la livre au moment du référendum, se tient aujourd’hui à l’écart.

“Le trading sur la livre se caractérise par des turbulences et une aversion au risque, ce qui se traduit par d’importants écarts de cours et des marchés sans direction, lesquels se révèlent généralement non rentables pour des stratégies systématiques”, résume-t-il.

(avec Ritvik Carvalho pour les graphiques et Tommy Wilkes; Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

Source: Investir

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