Accusé d’être trop puissant, trop seul et trop autoritaire, Mark Zuckerberg énerve mais ne flanche pas – Economie


Accusé d’être trop puissant, trop seul et trop autoritaire, Mark Zuckerberg énerve mais ne flanche pas – Economie:

Ce jeudi à 11 heures, heure de la côte ouest américaine, Facebook a ouvert l’assemblée générale de ses actionnaires à l’hôtel Nia de Menlo Park, non loin de son quartier général. Un rendez-vous annuel devenu l’occasion pour une partie des actionnaires de l’entreprise de faire entendre leurs divergences stratégiques avec la conduite des affaires de Mark Zuckerberg, seul réel maître à bord. Cette fois encore, plusieurs résolutions concerneront le mode de gouvernance de Facebook.

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« Facebook fonctionne comme une dictature ». Voilà qui pose le décor de cette assemblée générale 2019. Une tonalité offensive qui irrigue une série de propositions soumises au vote par une frange d’actionnaires franchement remontés contre celui qui cumule les fonctions de président et directeur général, en plus d’avoir été l’architecte du réseau social aux 2 milliards d’utilisateurs. La proposition numéro 7, qui réclame un changement de mode de nomination des membres du conseil d’administration, critique ainsi « un mode de gouvernance dépassé qui réduit la responsabilité des dirigeants envers les actionnaires  ».

Ce n’est pas la seule du genre, d’autres du même acabit figurent à l’ordre du jour de l’AG qui se tient ce jeudi à Menlo Park, par exemple pour réclamer la création d’un poste indépendant pour présider le conseil d’administration, l’uniformisation des droits de vote entre les détenteurs des différents types d’actions, voire le démantèlement de la société avec la vente de certaines filiales. Quelle chance ont ces résolutions d’aboutir ? Aucune.

Justement pour les raisons que dénoncent ces actionnaires : Facebook est entre les mains d’un seul et unique homme, qu’ils accusent de « vivre dans une tour d’ivoire  ». Personne ne sera donc surpris que le conseil d’administration répond aux auteurs de la proposition 7 : « Nous pensons que notre structure capitalistique est faite dans le meilleur intérêt de nos actionnaires et que la gouvernance de notre entreprise est saine et efficace. En conséquence, nous recommandons de voter contre  ». Circulez, y’a rien à voir ! Et quand bien même l’ensemble des détenteurs d’actions de Facebook décideraient de s’unir pour renverser la table, le seul vote de Mark Zuckerberg empêcherait toute mutinerie. C’est que le capitaine est malin.

S’il ne possède que 0,5 % des actions de classe A de son entreprise, celles côtés à Wall Street, il a la main sur 88,1 % de celles de classe B, le véritable magot de titres non cotés et accordant des droits de votes préférentiels. Une répartition du capital qui permet à « Zuck  » de disposer de 58 % du total des droits de vote et donc de régner comme bon lui semble sur l’empire qu’il s’est lui-même bâti. Et les actionnaires le savent bien, eux qui depuis cinq ans tentent de dérégler cette machine de guerre et qui depuis cinq ans subissent les mêmes revers. Cette politique des petits cailloux peut-elle un jour porter ses fruits ?

Non si on se réfère à la seule manière dont est construit ce mécano financier. Mais qui sait si, à défaut de le faire quitter son poste, ces appels répétés ne permettront pas d’ouvrir quelques brèches ? L’an dernier, plus de 35 % des investisseurs extérieurs se sont prononcés contre sa présence au conseil d’administration de la société. Si cela n’a probablement pas empêché Zuckerberg de dormir, ces démarches récurrentes continuent d’instiller l’idée que le principal problème de la firme de Menlo Park n’est autre que son propre créateur.

Dans une tribune intitulée Pourquoi les actionnaires de Facebook veulent évincer Mark Zuckerberg, Natasha Lamb du fonds d’investissement Arjuna Capital, qui compte au titre des investisseurs de l’entreprise depuis 2016, annonce qu’elle votera en faveur des résolutions remettant en cause le fonctionnement actuel : « Malgré le fait que la mauvaise gestion de Facebook saute aux yeux, M. Zuckerberg affirme que se retirer maintenant n’a “aucun sens”. Mais alors, quand serait le bon moment ? La vérité, c’est que Facebook fait face à plus de litiges, de risques de politique publique et de controverses que jamais  ». Difficile de leur donner tort, depuis novembre 2016, Facebook traverse ce que les réseaux sociaux appellent une « shit storm  » dont la fin apparaît de moins en moins probable. Seule manière aux yeux de ces investisseurs d’en sortir : obtenir le scalp du patron et prendre le public à témoin.

Une campagne « Vote No  » a notamment circulé pour sensibiliser le public à travers plusieurs pétitions, comme celle incitant BlackRock, à rejoindre le camp des anti-Mark. Pas franchement un succès, le nombre de signatures dépassant à peine les 67 000 à quelques heures de l’ouverture de l’AG. Mais en appeler à BlackRock, c’est-à-dire au plus important gestionnaire d’actifs au monde, n’est pas idiot. L’an dernier, la société new-yorkaise s’était justement attaquée à la structure capitalistique de Facebook – et de toutes les entreprises fonctionnant sur le même principe – en demandant aux autorités d’établir qu’une action égale un vote. Une prise de position dénuée d’arrière-pensée ? Pas sûr ! Deux mois plus tard, le fond augmentait drastiquement ses propres investissements sur Facebook, qui figure aujourd’hui au 5 rang des principaux investissements du fond. Manière de prendre date au cas où le « dictateur  » se fasse un jour « defriender ».

[Mise à jour] Comme prévu, aucune proposition formulée par les actionnaires lors de l’assemblée générale n’a retenu les faveurs du grand patron qui les a donc toutes blackboulées. « Zuck » reste bel et bien le seul maître à bord.


Cyril Lacarrière
Source: L’Opinion

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