đź“° InĂ©galitĂ© gĂ©nĂ©tique face aux perturbateurs endocriniens


📰 Inégalité génétique face aux perturbateurs endocriniens:

En identifiant les causes gĂ©nĂ©tiques de la susceptibilitĂ© aux perturbateurs endocriniens, des chercheurs de l’UNIGE et des HUG mettent en lumière une inĂ©galitĂ© fondamentale face Ă  la toxicitĂ© induite par ces produits omniprĂ©sents dans notre environnement.

Les phtalates, l’un des perturbateurs endocriniens les plus rĂ©pandus, sont couramment utilisĂ©s par l’industrie dans de nombreux produits en plastique – jouets, vĂŞtements, biberons ou mĂŞme matĂ©riel mĂ©dical – ainsi que dans des cosmĂ©tiques. Si des normes
commencent à être imposées pour en limiter l’usage,
leur effet toxique sur le système endocrinien
est inquiĂ©tant. En effet, l’exposition des foetus mâles aux phtalates peut avoir des consĂ©quences dĂ©vastatrices pour la fertilitĂ©
des futurs
individus en modifiant les Ă©lĂ©ments rĂ©gulateurs de l’expression des gènes responsables de la spermatogĂ©nèse. Cependant, nous ne sommes pas tous Ă©gaux: des chercheurs de l’UniversitĂ©
de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) montrent que la susceptibilité aux phtalates dépend largement du patrimoine génétique
de chacun. Ces résultats, à découvrir dans la revue PLOS One, posent la question de la vulnérabilité
individuelle ainsi que de la possible transmission aux gĂ©nĂ©rations futures de modifications Ă©pigĂ©nĂ©tiques qui auraient normalement dĂ» s’effacer au cours du dĂ©veloppement foetal.

Ariane Giacobino, chercheuse au Département de médecine
gĂ©nĂ©tique et dĂ©veloppement de la FacultĂ© de mĂ©decine de l’UNIGE et mĂ©decin-adjointe agrĂ©gĂ©e au Service de gĂ©nĂ©tique des HUG, est une spĂ©cialiste de l’Ă©pigĂ©nĂ©tique (l’Ă©tude des Ă©lĂ©ments modifiant l’expression des gènes). En 2015, elle avait observĂ©, en
comparant deux groupes de souris,
une sensibilité très différente
aux phtalates, l’un des perturbateurs endocriniens les plus rĂ©pandus. “Nous avons exposĂ© des femelles gestantes Ă  des doses de phtalates et Ă©tudiĂ©, chez leurs descendants mâles, la concentration et la qualitĂ© des spermatozoĂŻdes. Or, si un groupe prĂ©sentait
une très mauvaise qualitĂ© du sperme, l’autre groupe, pourtant exposĂ© aux mĂŞmes doses, s’en sortait sans dommage”, explique Ariane Giacobino. Pourquoi une telle diffĂ©rence ?

Les chercheurs ont passé
en revue les possibles causes Ă©pigĂ©nĂ©tiques et gĂ©nĂ©tiques, afin de dĂ©terminer oĂą se situait la diffĂ©rence entre les deux groupes. Ils ont Ă©tudiĂ© la totalitĂ© des variations de l’Ă©pigĂ©nome et du gĂ©nome
de ces deux groupes de souris.

Des modifications épigénétiques qui se transmettent

Les scientifiques ont administré aux deux groupes de souris une dose de phtalate pendant 8 jours entre 8 et 18 jours de gestation.
Ludwig Stenz, maĂ®tre-assistant au DĂ©partement de mĂ©decine gĂ©nĂ©tique et dĂ©veloppement de la FacultĂ© de mĂ©decine de l’UNIGE et premier auteur de ces travaux, rĂ©sume leurs rĂ©sultats: “Nous avons Ă©tudiĂ© les variations Ă©pigĂ©nĂ©tiques et gĂ©nĂ©tiques dans des
portions précises du génome, situées au voisinage
des gènes liés à la spermatogénèse. Cela nous a permis de mettre au jour
le mĂ©canisme Ă©pigĂ©nĂ©tique exact Ă  l’oeuvre modulant Ă  la hausse ou Ă  la baisse l’expression des gènes, et donc influant sur la qualitĂ© et la mobilitĂ© des spermatozoĂŻdes.”

Les chercheurs ont ainsi identifiĂ©, dans le gĂ©nome des souris vulnĂ©rables aux phtalates, des sites de liaison hormonaux qui ne sont pas prĂ©sents dans le groupe rĂ©sistant. C’est probablement lĂ  que se fixent les perturbateurs endocriniens qui peuvent
alors inactiver les gènes concernĂ©s. L’autre groupe prĂ©sente quant Ă  lui un site de liaison d’une protĂ©ine
dans son gĂ©nome qui, au contraire, augmente la production d’Ă©lĂ©ments protecteurs.

De plus, les chercheurs ont observĂ© un phĂ©nomène inquiĂ©tant: non seulement l’effet Ă©pigĂ©nĂ©tique des phtalates empĂŞche les gènes de la spermatogĂ©nèse de s’exprimer correctement, mais de plus, l’effacement Ă©pigĂ©nĂ©tique normalement prĂ©sent entre les
générations semble ne plus se faire complètement
sur les deux gĂ©nĂ©rations suivant l’exposition de l’individu.

Et chez l’ĂŞtre humain ?

Cette Ă©tude, financĂ©e par le Centre suisse de toxicologie humaine (SCAHT), va maintenant se prolonger sur des cohortes d’hommes en Suisse, exposĂ©s aux phtalates. “Nous n’avons Ă  l’heure
actuelle aucun moyen de savoir dans quelle mesure nous sommes- individuellement ou en termes de population – gĂ©nĂ©tiquement susceptibles ou non Ă  ces perturbations Ă©pigĂ©nĂ©tiques, souligne Ariane Giacobino. Nous voulons avoir une idĂ©e de la proportion de
personnes vulnérables à chaque produit. En termes normatifs, la dimension
épidémiologique devrait aussi être prise en compte, ainsi que les possibles effets transgénérationnels. En effet, si 95% de la population est vulnérable ou si seulement 5% le sont, la question pourrait se poser différemment. De plus, la dimension régionale
et ethnique devrait peut-être être prise en compte.”

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