Ferme robotisée, vaches connectées: des technologies au service du bio


Ferme robotisée, vaches connectées: des technologies au service du bio:

Au Luxembourg, Roland Scharll a progressivement robotisé son exploitation biologique. Pour cet éleveur laitier, cette automatisation n’a rien de paradoxal : elle contribue au contraire au bien-être de ses vaches. Portrait.

De notre envoyée spéciale au Luxembourg,

On s’attendrait presque à voir Heidi dévaler les pentes verdoyantes de ce coin du nord du Luxembourg aux allures de petite Suisse. Roland Scharll a d’ailleurs choisi d’y élever des vaches aux origines helvètes, des Simmental robustes qui s’accommodent
parfaitement des prairies abruptes qui entourent le village de Lellingen. Mais cette race a une autre caractéristique : elle a la réputation de bien s’adapter aux robots.

Et des robots, cet éleveur technophile en a quelques-uns : pour la traite, pour l’alimentation… Et même « un portique de sélection » qui permet à ses quelque 70 vaches laitières d’aller et venir en toute liberté. Ou presque. Attaché
à une patte, à mi-chemin entre le bracelet électronique et la montre connectée, un petit boîtier accompagne partout les ruminantes à robe brune. « Quand elles veulent sortir, la machine dit : “Oui, tu peux y aller”. Ou “non”, par exemple si la vache n’est pas passée à la traite depuis un moment »,
explique l’éleveur de 37 ans. Le boîtier fait aussi office de podomètre : « Quand une vache ne marche pas pendant un jour, c’est fini », rappelle-t-il. Si tous les indicateurs sont au vert, l’animal peut aller brouter à sa
guise l’herbe des prés attenants.

De véritables vaches connectées en somme. Il y a trois ans, l’agriculteur a également investi dans un robot de traite dernier cri, grâce auquel ses bêtes n’ont plus aucun secret pour lui. Roland sort son téléphone portable de sa poche. Production, composition
du lait, état de santé… En un clic, il a accès à des milliers de données sur ses protégées. « Cela va plus vite que nos yeux humains, appuie-t-il. Avant, quand je voyais qu’une vache avait un problème, il fallait utiliser un antibiotique, car c’était trop tard. Là, si je vois qu’il y a une baisse de production anormale, je peux réagir en amont, en utilisant des produits naturels comme des huiles essentielles. »

« Pour moi, une ferme qui respecte le rythme des vaches, c’est ça une ferme biologique »

Les choses ont bien changé depuis que Roland a repris la ferme familiale en 2001. « Avant, l’étable était toute petite et les vaches passaient leur journée attachées ». Progressivement, le jeune homme agrandit l’exploitation et
la modernise. Après quelques années de pratique, Roland en est convaincu : l’agriculture conventionnelle génère « trop de dépendances » et mène dans « une impasse ». En 2010, le jeune fermier, qui dirige
désormais l’exploitation avec sa femme Lucia et son père, décide donc de sauter le pas et de passer en bio. Une conversion qui est allée de pair avec la robotisation progressive de sa ferme. Incohérent ?

« Pour moi, une ferme qui respecte le rythme des vaches, c’est ça une ferme biologique, assume l’éleveur. Si elles veulent manger, elles peuvent, si elles veulent aller se faire traire, elles peuvent aussi, si elles veulent rester couchées, c’est pareil. Les vaches sont plus libres, donc elles se sentent bien, sont en bonne santé et me donnent beaucoup de lait ».
En moyenne 1 600 litres par jour, qui finissent sur les rayons sous la marque Biog, un label lancé par la coopérative des fermiers bio du Luxembourg.

Dans l’enclos, à l’abri de la pluie, chacune vaque à ses occupations avec nonchalance : l’une étanche sa soif au robinet qui fournit de l’eau fraîche à la demande, pendant qu’une autre se fait brosser l’arrière-train avec délectation à l’aide
d’une sorte de grattoir automatique. Et une troisième se dirige vers le robot de traite où les ruminantes peuvent se rendre à toute heure du jour ou de la nuit. « C’est une ferme pour vaches de luxe », sourit Roland.

Un bruit s’élève du fond du hangar. Un bras articulé entame des va-et-vient le long d’un rail fixé au plafond. De temps à autre, il vient piocher dans ce qu’on appelle ici « la cuisine » pour composer le menu de ces dames : ici une
pelletée de maïs, là une d’herbe, un peu de foin, une louche de farine… Avant de déposer le tout dans un gros robot-mixeur rouge, sorte de Magimix version agricole, dit « repousse-fourrage ». L’été, les bovins se nourrissent seuls dans
les pâturages, mais en hiver, 5 000 kilos d’alimentation sont nécessaires par jour !

Le mélange terminé, le robot glisse le long de l’enclos pour distribuer la ration alimentaire en un tapis régulier. Nul besoin d’explication, les museaux apparaissent un à un. « Toutes les deux heures, il vient regarder à l’aide d’un scanner si les vaches ont encore suffisamment à manger »,
précise Lucia, qui se souvient de l’arrivée de cette machine intelligente en 2012. « C’était une innovation, on était parmi les premiers à la commander. Les six premiers mois, c’était la catastrophe », sourit-elle. Les risques
de la robotisation. Mais les avantages sont aussi nombreux. Les vaches ne manquent jamais de fourrage frais et l’appareil limite le gaspillage. Surtout, tout est automatique. « Quand la cuisine est vide ou s’il y a un problème, il téléphone,
précise Roland fièrement. Enfin, quand ça fonctionne ! »

Un gain de temps et d’argent

Aujourd’hui, Roland le concède volontiers, il pourrait difficilement se passer de toutes ces technologies qui ont changé son quotidien d’agriculteur. « Avant, le matin, je passais deux heures dans le trou à la salle de traite pour traire les vaches, après deux heures à m’occuper de la nourriture. Et puis c’était midi et je ne m’étais occupé ni des bobos des vaches ni des réparations qu’il y a toujours à faire dans une ferme et je n’avais pas fait les champs »,
explique-t-il. Au total, l’éleveur estime que ses automates lui ont permis d’économiser trois ou quatre heures par jour. Mais ce n’est pas pour autant qu’il se sent désœuvré, loin de là. L’automatisation de certaines tâches lui donne juste un
peu plus de « souplesse » dans son travail.

Grâce à ses machines connectées, Roland Scharll peut connaître en un seul coup d’œil l’état de santé de ses vaches et leurs performances.
RFI/Aurore Lartigue

Ces technologies ont un coût bien sûr. 105 000 euros hors taxes pour le robot d’alimentation par exemple, financés à 40% grâce aux aides de l’État luxembourgeois. Un investissement non négligeable. « Mais c’est plus facile d’avoir des machines que d’engager du personnel, souligne,
pragmatique, Lucia : un employé peut tomber malade et n’est là que 8 heures par jour. Le robot, lui, travaille 24h sur 24h, même le dimanche ». Le calcul est vite fait. D’autant que ces investissements sont aussi à mettre en
parallèle avec l’optimisation qu’ils permettent. Selon une étude Cogedis, avec un troupeau de 75 têtes, un agriculteur équipé d’un robot de traite peut s’attendre à un gain de production laitière de 12%.

Les deux années nécessaires à la conversion en bio ont été difficiles, se souvient Roland Scharll. « C’est une période où l’on ne gagnait pas d’argent. » Mais aujourd’hui, au-delà de l’aspect financier, il ne regrette pas son choix.
« C’est un investissement sur l’avenir, souligne-t-il. Pour la nature, pour la ferme, pour mes enfants ».

Reportage réalisé avec le soutien de l’Union européenne / Direction générale de l’Agriculture et du Développement rural de la Commission européenne.

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