Guillaume Tabard: «LREM face au défi du pluralisme interne»


Guillaume Tabard: «LREM face au défi du pluralisme interne»:

La République en marche s’est constituée autour d’Emmanuel Macron en se vantant de faire travailler ensemble des personnes venant d’horizons différents. Si Agnès Thill venait à être exclue du parti, les accusations de sectarisme pourraient lui revenir en pleine face.

La dernière fois que l’arme de l’exclusion avait été brandie dans un parti, c’était en 2017 quand Les Républicains avaient exclu ceux qui avaient rejoint le gouvernement d’Édouard Philippe. Les macronistes n’avaient pas été les derniers à fustiger le «sectarisme» d’un parti condamné au repli. Cette fois, ce sont eux qui envisagent l’exclusion de l’une des leurs.

Avant même le prononcé de la sentence, l’argumentaire est prêt: Agnès Thill ne serait pas sanctionnée pour son opposition à la PMA mais pour la manière dont elle l’exprime. Pour avoir pointé la pression d’un «lobby LGBT», la députée de l’Oise se voit qualifiée d’«homophobe». Comment interpréter alors l’argument du député Guillaume Chiche, son pourfendeur le plus offensif, qui réclame son exclusion précisément par le fait que «dès qu’on plaide pour le progressisme, les associations LGBT nous font remarquer qu’elle est toujours dans le groupe»?

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D’autres phrases d’Agnès Thill ont été jugées choquantes par ses pairs, mais rapportées de manière parfois raccourcie, pour laisser croire par exemple qu’elle comparait des femmes ayant recours à la PMA à des «droguées». Mais la plupart de ses propos ont visé à alerter sur les conséquences d’un refus délibéré de la filiation paternelle.

Le propre du débat est la confrontation des arguments, voire l’arbitrage entre différentes positions au sein d’un même groupe. Et c’est un fait que l’opposition à une extension de la PMA au-delà des situations d’infertilité est minoritaire au sein de LREM. Mais la question de l’exclusion dépasse la critique de telle ou telle expression. Tout comme les progressistes distinguent «égalité formelle» et «égalité réelle», il y a dans cette affaire un risque de distinction entre liberté formelle et liberté réelle.

En voulant marginaliser Agnès Thill, LREM en ferait un symbole

Liberté formelle d’être opposé à la PMA, donc de voter contre le texte présenté par Agnès Buzyn. Mais pas de liberté réelle d’exposer et de défendre les raisons de son opposition. Le député de Paris Hugues Renson a été plus explicite en affirmant qu’Agnès Thill pouvait penser ce qu’elle voulait, mais qu’elle n’avait «pas le droit de le penser chez nous». Comme Christine Boutin à droite avant elle, l’ancienne institutrice est victime d’un climat où l’on préfère discréditer une parole, en la qualifiant de «provocation» ou de «dérapage», plutôt qu’accepter une discussion sur le fond des arguments.

Mais une sanction contre la députée de l’Oise pourrait avoir un effet contraire à celui recherché. La République en marche s’est constituée autour d’Emmanuel Macron en 2017 en se vantant de faire travailler ensemble des personnes venant d’horizons politiques et même philosophiques différents. Une exclusion renverrait le mistigri du refus du pluralisme au parti majoritaire, permettant aux Républicains de valoriser la liberté d’expression qu’ils reconnaissent aux leurs sur le sujet. En voulant marginaliser Agnès Thill, LREM en ferait un symbole.

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