À Hongkong, l’escalade de la révolte contre Pékin


À Hongkong, l’escalade de la révolte contre Pékin:

Les manifestants ont envahi lundi le siège du Conseil législatif, où ils ont déployé l’ancien drapeau colonial.

Le drapeau colonial britannique flotte dans la salle du Parlement de Hongkong, le jour même du vingt-deuxième anniversaire de la rétrocession de l’ancienne base de la Royal Navy à la Chine rouge. Scène inimaginable, et véritable bras d’honneur lancé à
Pékin par des manifestants casqués qui ont investi par la force, lundi soir, le bâtiment du Conseil législatif (LegCo).

Il s’agit d’une escalade sans précédent de la crise politique déclenchée par le projet de loi d’extradition judiciaire porté par la chef de l’exécutif, Carrie Lam.
Armés de barre de métal ou de chariots roulants transformés en béliers, des centaines de jeunes manifestants ont brisé les vitres avant de pénétrer en masse dans le bâtiment ultramoderne, à l’issue d’une longue journée d’affrontements violents avec
les policiers, dans une chaleur moite. «Les Hongkongais n’ont rien à perdre», hurle un manifestant dans la salle où se tiennent habituellement les débats parlementaires feutrés, désormais couverte de graffitis.

Des manifestants ont taggé l’emblème du pouvoir chinois, déployé un drapeau de l’époque britannique et installé une bannière qui dit: «Il n’y a pas d’émeutiers, seulement un gouvernement tyrannique!», lundi dans le parlement hongkongais.
Des manifestants ont taggé l’emblème du pouvoir chinois, déployé un drapeau de l’époque britannique et installé une bannière qui dit: «Il n’y a pas d’émeutiers, seulement un gouvernement tyrannique!», lundi dans le parlement hongkongais.
– Crédits photo : TYRONE SIU/REUTERS

Les «casques jaunes»

Après la révolte adolescente et pacifique des «parapluies» en 2014, voici l’irruption violente des «casques jaunes» bousculant les règles politiques d’un pouvoir exécutif dépassé, nommé par le Politburo à Pékin. Des scènes de chaos jamais vues auparavant
au cœur de la très policée plaque tournante financière asiatique, qui constituent un défi périlleux et sans précédent au président chinois, Xi Jinping, muré dans le silence.

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Tard dans la nuit, peu après l’évacuation du bâtiment, la police a tiré des gaz lacrymogènes et donné la charge aux abords du LegCo, qui restait entouré de milliers de manifestants, faisant craindre de nouveaux affrontements. Dans la cohue, certains,
comme le député démocrate Fernando Cheung, dénonçaient un piège délibéré tendu par les forces de l’ordre, qui auraient laissé sciemment les hordes de manifestants pénétrer le siège du LegCo et le vandaliser, avec l’objectif de ternir l’image du mouvement
anti-Pékin aux yeux de l’opinion.

Hongkong: les manifestants envahissent le parlement – Regarder sur Figaro Live

Plus tôt dans la journée, la police avait annoncé 13 blessés dans ses rangs, et avait eu recours à la matraque et au gaz poivré sous les coups de boutoir de jeunes déterminés à en découdre, afin d’obtenir le «retrait» pur et simple du projet de loi «suspendu»
depuis le 15 juin. Cette escalade de la violence divise l’opinion de la cité industrieuse de 7 millions d’âmes. La veille, des milliers de personnes avaient défilé en soutien aux forces de l’ordre, à l’instigation des organisations pro-Pékin.
Mais d’autres blâment les autorités pour l’escalade. «Je n’accuse pas les jeunes, j’accuse le gouvernement», a souligné M. Yeung, manifestant de 80 ans, interrogé par l’AFP.

«Carrie Lam démissionne!»

Lundi après-midi, une foule pacifique compacte est descendue en masse dans les artères du centre-ville pour défendre l’autonomie de l’île qui subit la mainmise croissante du pouvoir central depuis l’arrivée au pouvoir de Xi, en 2013. Dans une chaleur
moite accablante, 550.000 personnes, selon les organisateurs, ont défilé en partant de Victoria Park, là même où s’était tenue une manifestation monstre de plus de 2 millions de personnes le 16 juin dernier.

Les tensions avaient commencé avant même l’aube, lorsque des manifestants avaient tenté de perturber la cérémonie de lever du drapeau chinois, sur la majestueuse baie, à Wan Chai. Pour prévenir tout dérapage, la cérémonie officielle d’anniversaire de
la rétrocession s’est déroulée pour la première fois à l’intérieur, une première depuis la rétrocession en 1997. Mais ces précautions n’ont pas suffi à épargner Carrie Lam, qui effectuait sa première apparition publique depuis ses «excuses» prononcées
le 18 juin, suite à la «suspension» de son projet de loi d’extradition, qui mettait les habitants de l’île à la merci des tribunaux du continent.

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«Carrie Lam démissionne! Retire ta loi maléfique», lance soudain dans l’assistance des dignitaires une députée démocrate, en plein discours de la bureaucrate nommée par Pékin, avant d’être évacuée par la police. La dirigeante aux lunettes à monture sombre
reprend son discours imperturbable. «Je vais tirer les leçons» de la crise, jure la dirigeante à la tribune, promettant de changer «immédiatement» son «style» de gouvernement. Mais lundi, après l’évacuation, elle a condamné l’occupation «extrêmement
violente» du parlement.

Mais cette nouvelle journée d’escalade montre que la stratégie du dos rond de la «dame de fer» de Hongkong, adoptée depuis la mi-juin en misant sur un essoufflement du mouvement, à défaut d’annoncer un retrait pur et simple du projet, n’a pas éteint l’incendie.
Au contraire, la crise s’envenime, embarrassant un peu plus Pékin et nourrissant le spectre d’une reprise en main musclée par le pouvoir central. Washington a appelé lundi les différentes parties à «s’abstenir de toute violence». Les manifestants
à Hongkong «sont en quête de démocratie», a jugé Donald Trump.

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