Europe: la fronde du PPE affaiblit Angela Merkel


Europe: la fronde du PPE affaiblit Angela Merkel:

En sacrifiant Manfred Weber au nom de la quête d’un consensus européen, la chancelière allemande se retrouve isolée.

Correspondant à Berlin

Jusqu’à présent, Angela Merkel dominait le Parti populaire européen. La chancelière y donnait le ton et la direction. L’échec du sommet européen dimanche a révélé des failles dans sa domination. L’accord qu’elle avait préparé au Japon pendant le G20 avec
d’autres chefs d’État et de gouvernement, notamment le président français, Emmanuel Macron, et le président du Conseil, Donald Tusk, a été bloqué par d’autres leaders du PPE. «En tant que PPE, nous n’avons pas approuvé le paquet négocié à Osaka. Il
y a eu beaucoup d’opposition», a commenté le chef du gouvernement irlandais Leo Varadkar.

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Sans un PPE uni, aucun accord n’était possible à Bruxelles. Huit chefs d’État et de gouvernement sont membres du Parti conservateur. Celui-ci représente aussi le premier groupe au Parlement européen avec 182 députés élus le 26 mai dernier, devant
les sociaux-démocrates (154 élus) et les libéraux (108 élus).

Angela Merkel avait pris soin de ne pas nommer Weber comme pour prendre ses distances. Au sein du PPE, cette rapidité à l’enterrer avait été peu appréciée

Après avoir soutenu la candidature de Manfred Weber, «Spitzenkandidat» du PPE et prétendant au poste de président de la Commission européenne, Angela Merkel s’était résolue à le sacrifier.
L’élu de la CSU, dont le nom est rejeté par Emmanuel Macron, n’est pas en mesure de réunir une majorité derrière lui au Parlement européen, a-t-elle constaté.

Le successeur de Jean-Claude Juncker a besoin des deux légitimités: il doit être proposé par les chefs d’État et de gouvernement au Conseil européen et élu par une majorité au Parlement européen. Bien qu’arrivé en tête des suffrages au niveau européen,
le PPE ne peut pas imposer ses choix. Une coalition à trois partis au minimum sera nécessaire. À l’issue du sommet du 21 juin, Angela Merkel avait pris soin de ne pas nommer Weber comme pour prendre ses distances. Au sein du PPE, cette rapidité
à l’enterrer avait été peu appréciée.

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Pour sauver le principe démocratique des Spitzenkandidat, Angela Merkel s’était ralliée à l’hypothèse Frans Timmermans, le candidat des sociaux-démocrates. Dans ce scénario, Manfred Weber aurait pu devenir président du Parlement. Mais pour le PPE, la
couleuvre a été trop grosse à avaler. «Ce paquet (était) déséquilibré: celui qui arrive en deuxième position obtient le poste le plus important et celui qui arrive premier obtient un poste non sans importance mais pas le plus important. Quelque chose
ne va pas. Je n’ai pas encore compris la logique», a commenté sur la radio Deutschlandfunk le député européen CSU Markus Ferber. Frans Timmermans est «
trop à gauche», a aussi estimé le député CSU du Bundestag Andreas Lenz. À la CDU, le député Steffen Bilger a suggéré de prendre
son temps et «de ne pas avoir peur de la pause estivale». Angela Merkel s’est retrouvée isolée sur la ligne du compromis, accusée d’avoir cédé trop vite.

Le premier ministre hongrois, Viktor Orban, dont le parti le Fidesz a été «suspendu» du PPE, s’est aussi rappelé au bon souvenir de Joseph Daul, le président du Parti populaire européen. Le PPE ferait «une erreur historique» en renonçant à ses prétentions
au poste de président de la Commission, a-t-il signalé. Frans Timmermans a été jusqu’à présent l’un des fers de lance d’une ligne dure contre la Hongrie. Le social-démocrate n’est pas très populaire non plus en Roumanie ou en Bulgarie, deux pays dirigés
par le PPE. D’autres leaders ont aussi fait entendre leurs critiques comme le Croate Andrej Plenkovic, dont le nom est parfois cité dans le poker des postes.

Revers amer

Angela Merkel a perdu du terrain sur le plan européen. Au sein de sa propre famille politique, sa situation est ambiguë. La présidente de la CDU Annegret Kramp-Karrenbauer a elle aussi poussé toute la semaine dernière pour soutenir la candidature de Manfred
Weber. Il s’agissait de faire monter les enchères mais aussi du ressenti profond du parti. AKK a cependant été associée à la solution en préparation lors d’un dîner autour de la chancelière la semaine dernière, ainsi que Manfred Weber et Joseph Daul.

À l’issue du sommet européen, lundi, Angela Merkel n’a pas voulu se montrer abattue. «Mieux vaut encore négocier que d’avoir des tensions pendant cinq ans», a-t-elle déclaré pour justifier que les chefs d’État et de gouvernement n’aient pas tenté de passer
en force contre les récalcitrants, notamment les pays d’Europe centrale et l’Italie. Pour Angela Merkel, le revers est quand même amer. Il vient compliquer une relation franco-allemande tendue. Entre Paris et Berlin, la négociation des postes européens
est devenue une bataille d’influence.

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