UE : l’influence grandissante des pays de l’Est


UE : l’influence grandissante des pays de l’Est:

Entrés dans l’Union en 2004, ils ont atteint leur maturité européenne et sont de plus en plus actifs sur les dossiers.

L’Europe centrale et orientale s’est longtemps sentie méprisée par les pays fondateurs de l’Union. En rejetant la candidature du socialiste Frans Timmermans à la Commission européenne, sur laquelle Emmanuel Macron et Angela Merkel s’étaient accordés à
Osaka en marge du G20, ils ont rappelé qu’ils ne voulaient plus être considérés comme quantité négligeable. Viktor Orban, le président hongrois, a écrit aux chefs de file conservateurs que le PPE commettrait une «erreur historique» s’il soutenait
le candidat néerlandais. Les autres pays de Visegrad – Pologne, République tchèque et Slovaquie – ont aussi fait part de leur opposition. «J’ai peur que cette personne ne soit pas la bonne pour unir l’Europe», a affirmé Andrej Babis, le premier ministre
tchèque.

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Pour ces pays de l’ancienne Europe de l’Est, qui préféreraient voir Michel Barnier présider la Commission, la candidature de Frans Timmermans est une ligne rouge. Vice-président de la Commission, il n’avait eu de cesse d’accuser la Hongrie et la Pologne
de violer les droits civiques dans leur pays. Alors que le négociateur français du Brexit les a toujours traités avec respect, le candidat néerlandais les a, au contraire, sermonnés sur leurs réticences vis-à-vis de l’immigration. «Pour l’Est, Timmermans,
c’est un chiffon rouge», commente un député européen.

Certains d’entre eux veulent faire changer l’Europe dans un sens qui leur serait plus favorable, notamment sur les questions économiques et sur le sujet migratoire

Plus qu’une division entre l’est et l’ouest de l’Europe, les cafouillages du week-end ont surtout révélé la mise
en minorité d’Angela Merkel au sein du PPE, le vainqueur des élections, qui a refusé de se rallier à son candidat socialiste. Viktor Orban a même trouvé «humiliant» que le parti arrivé en tête du scrutin n’obtienne pas le premier poste de direction
européen. Et malgré les pressions exercées auprès de tous les membres du PPE lundi matin, la chancelière, très affaiblie, n’a pas eu gain de cause. Dans le grand mercato européen, les pays de l’Est ne font guère pression pour obtenir davantage de
postes. À eux seuls, ils n’ont pas la minorité de blocage et donc pas suffisamment de poids pour s’imposer davantage. Deux anciens premiers ministres polonais ont déjà exercé des «top jobs», des postes de direction. Momentanément suspendu du PPE,
le Fidesz de Viktor Orban se fait plutôt discret sur la scène politique européenne. Les pays de l’Est sont en outre divisés entre eux.

Au-delà de la guerre des nominations, on observe cependant un basculement progressif, au sein des institutions européennes, vers l’Europe centrale et orientale, dont l’influence augmente. Entrés dans l’Union en 2004, ils ont atteint leur maturité européenne
et sont de plus en plus actifs sur les dossiers. Certains d’entre eux veulent faire changer l’Europe dans un sens qui leur serait plus favorable, notamment sur les questions économiques et sur le sujet migratoire. Leur rébellion est souvent dirigée
contre le couple franco-allemand, et sa mainmise sur les affaires européennes, qui traverse aujourd’hui une vive crise.

Angela Merkel s’est décrédibilisée à leurs yeux quand elle a ouvert son pays aux migrants en 2015. «La gestion de la vague migratoire est considérée comme le péché originel de l’Allemagne. Plus généralement, ces pays en ont marre d’être perçus comme les
vassaux des Allemands. Mais c’est la fin d’un cycle. Merkel était affaiblie en Allemagne, elle l’est désormais en Europe et au sein du PPE», confie une source diplomatique. Le sujet migratoire divise toujours l’est et l’ouest de l’Europe. «L’accueil
forcé des migrants par Bruxelles reste, aujourd’hui encore, la question numéro un, même dans les plus petits bourgs. C’est devenu un vrai levier de la politique chez nous», explique Pavel Fisher, le président de la commission des affaires étrangères,
de la sécurité et de la défense du Sénat tchèque, à l’occasion d’une table ronde organisée par les Conversations Tocqueville.

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Vis-à-vis des pays de l’Est, Emmanuel Macron a fait du «en même temps». Pour satisfaire son électorat progressiste, il s’est posé en chef de file des antipopulistes. Mais il a aussi, dans l’intérêt de la France et dans celui de l’Europe, maintenu le lien
avec les responsables de l’Est, qu’il est allé voir et a souvent reçus à Paris.

Après l’échec de la nouvelle réunion de lundi matin, Angela Merkel a reconnu que «les membres de l’Union européenne ne pouvaient pas ignorer les vues des plus petites nations». Mais cette ouverture vient sans doute trop tard. Déplorant l’échec du Conseil
européen, Emmanuel Macron a espéré un accord pour mardi. Quel candidat pour la présidence de la Commission? «Stratégiquement, l’Union européenne ne sera forte que si on prend en considération les problèmes de l’Est, de l’Ouest, du Sud et du Nord»,
prévient Pavel Fisher.

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