Paris amorce un rapprochement avec Moscou


Paris amorce un rapprochement avec Moscou:

Emmanuel Macron a fait le premier pas et la France a milité pour la réintégration de la Russie au Conseil de l’Europe.

Après les bosses, la ligne droite. Les signes d’un réchauffement des relations franco-russes se multiplient. Il y a d’abord eu le déplacement du premier ministre Dmitri Medvedev au Havre, où il a rencontré Édouard Philippe.
C’était la première visite d’un haut responsable russe depuis la venue de Vladimir Poutine à Versailles, en mai 2017. Puis le soutien unanime apporté par la délégation française à la réintégration de la Russie au Conseil de l’Europe. Paris espère
que Vladimir Poutine viendra au Forum de la paix à Paris en novembre. Et d’ici là, il est probable qu’Emmanuel Macron lui aura rendu visite à Moscou. Enfin, le principe politique d’une réunion «2+2» en septembre à Moscou avec les ministres français
et russes de la Défense et des Affaires étrangères «est acquis», affirme un haut diplomate. Ce rendez-vous franco-russe avait été bloqué par l’annexion de la Crimée au printemps 2014.

«L’Europe, dans cet ordre multilatéral que je défends, a besoin de rebâtir une nouvelle grammaire de confiance et de sécurité avec la Russie et ne doit pas exclusivement passer par l’Otan»

Emmanuel Macron

Le tournant a été engagé début juin dans les relations bilatérales et c’est du côté français que le coup de volant a été donné. Emmanuel Macron lui-même a impulsé le mouvement en estimant, le 11 juin dans une interview à la radio-télévision suisse,
que «l’Europe doit dialoguer avec la Russie». Des propos qui traduisaient la volonté du président français de sortir du blocage persistant avec son homologue russe. L’intention est bien de briser la glace, quitte à donner des gages. «L’Europe, dans
cet ordre multilatéral que je défends, a besoin de rebâtir une nouvelle grammaire de confiance et de sécurité avec la Russie et ne doit pas exclusivement passer par l’Otan», souligne Emmanuel Macron.

La référence à l’Alliance atlantique, pour souligner que celle-ci ne doit pas être la seule carte dans le jeu des Européens, n’est pas un signal anodin, tant le sujet est sensible aux yeux de Moscou. Certes, la Crimée n’est pas effacée, affirme alors
le président français, et «on ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé». Mais le président de la République ne parle pas explicitement d’annexion, se contentant d’évoquer un «geste militaire» à l’encontre de la péninsule, alors sous tutelle
ukrainienne. La Russie «doit faire des efforts», dit-il, sans plus de précision.

Fin juin, les deux dirigeants se sont retrouvés à Osaka, en marge du sommet du G20. Certes, Emmanuel Macron a constaté un désaccord fondamental sur les
«valeurs libérales». Mais il a une nouvelle fois prôné la discussion, estimant que «dans le dialogue entre les démocraties
libérales et celles qui peuvent revendiquer de l’être moins, on peut construire beaucoup». Vladimir Poutine s’est contenté de sourire.

Après les tensions qui ont émaillé les relations franco-russes depuis l’annexion de la Crimée en 2014, c’est vraiment un vent nouveau qui souffle de Paris. À Versailles en 2017, Poutine avait dû essuyer, en public, les récriminations du chef de l’État français contre les médias russes en France,
Russia Today et Sputnik, pour leur rôle durant la campagne présidentielle. En mars 2018, nouvel affront, Emmanuel Macron avait ostensiblement boudé le stand de la Russie,
invitée d’honneur au Salon du livre, au grand dam de Moscou. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Suffisamment pour emporter l’affaire Skripal, les frictions autour de la Centrafrique, l’emprisonnement du banquier français Philippe Delpal et les grincements de dents provoqués à Paris par le traitement médiatique des «gilets jaunes» en Russie? «Nous sommes entrés dans une phase de réchauffement. D’un côté comme de l’autre, il y a la prise de conscience qu’on ne peut pas rester comme
ça. On essaie quelque chose», explique un diplomate.

«D’un côté comme de l’autre, il y a la prise de conscience qu’on ne peut pas rester comme ça. On essaie quelque chose»

Un diplomate

La période est favorable à cette réconciliation. La France préside cette année le G7, le sommet des chefs d’État et de gouvernement des principales puissances économiques démocratiques, qui aura lieu à Biarritz fin août. La Russie avait été exclue du
G8 en mars 2014, après l’annexion de la Crimée et son soutien aux rebelles du Donbass. Mais s’il reste «prématuré», selon une source diplomatique, d’envisager son retour, Emmanuel Macron veut néanmoins «réenclencher» une dynamique avec la Russie
et reprendre le «dialogue stratégique», explique-t-on dans les milieux diplomatiques. Le président français a la voie libre en Europe: Angela Merkel, en fin de mandat, est affaiblie, et Londres est accaparé par son Brexit.

«Emmanuel Macron voudrait être celui qui a réglé les problèmes avec la Russie. Il pense aussi qu’il est utile d’avoir les Russes avec soi pour contrer la Chine et les États-Unis», dit un diplomate. Paris a également besoin de la Russie dans les dossiers
syrien et iranien et dans la lutte contre le terrorisme. À Paris, on considère que la Russie est devenue incontournable pour résoudre les grandes questions internationales. Vue de Paris, l’élection du nouveau président ukrainien Zelensky pourrait faciliter la renaissance des accords de Minsk, le processus politique censé régler la question du Donbass, mais qui est aujourd’hui moribond. Emmanuel Macron, qui a reçu Zelensky quand il était candidat, pense qu’il est capable de mener des
négociations productives avec la Russie. Le président envisage, pour relancer le processus, d’organiser un nouveau sommet au format Normandie.

Pour autant, l’Élysée affirme demeurer vigilant. «Emmanuel Macron fait du “en même temps”. Il s’adapte. Nous faisons l’inventaire des sujets sur lesquels nous sommes d’accord et sur lesquels nous pouvons avancer. Mais nous sanctionnons les comportements
inadéquats de la Russie. En fait, nous agissons au cas par cas en restant conscients des difficultés structurelles de la relation», résume un diplomate.

Ce pragmatisme macronien ne plaît pas à tout le monde. Ainsi la Russie a été réintégrée dans le Conseil de l’Europe malgré l’opposition
farouche de Kiev et de plusieurs pays d’Europe orientale. L’Ukraine a d’ailleurs suspendu sa participation aux travaux de l’Assemblée. Quant à la Russie, l’occasion lui a été offerte, une nouvelle fois, de profiter des divisions de l’opinion occidentale.
«Avec la Russie, il y a le risque d’une instrumentalisation permanente de tout événement», souligne un diplomate du Quai d’Orsay. La presse russe a salué le retour de Moscou au Conseil de l’Europe comme une «victoire» de Moscou. Ainsi qu’une acceptation
tacite de l’annexion de la Crimée… Car en Russie, les concessions ne comptent pas. Seul est pris en considération le rapport de force.

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