Mamoudou Barry : un «sage» victime de la violence gratuite


Mamoudou Barry : un «sage» victime de la violence gratuite:

Après l’agression à Rouen de l’universitaire guinéen, le meurtrier présumé a été hospitalisé en psychiatrie. Les proches du chercheur dénoncent un crime raciste.

Mamoudou Barry a-t-il été victime d’une agression raciste? Ses proches en sont persuadés. Moins de deux jours après la mort de ce jeune universitaire guinéen,
roué de coups près de Rouen vendredi, un Français d’origine turque a été placé en garde à vue lundi matin. Un «petit voyou», selon une source
policière, qui portait «un maillot du club de football turc de Galatasaray» au moment des faits, juste avant la finale de la Coupe d’Afrique des Nations entre l’Algérie et le Sénégal. Lundi après-midi, la garde à vue a été levée pour raison médicale
et le suspect, qui présente des «antécédents psychiatriques», a été hospitalisé sous contrainte. Dans la soirée, le procureur de Rouen Pascal Prache a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire pour «violences volontaires ayant entraîné la mort
sans intention de la donner avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée de la victime à une ethnie ou une nation, une prétendue race ou religion déterminée». Cette infraction
de nature criminelle «fait encourir une peine de 20 ans de réclusion», a précisé le magistrat.

« L’agresseur les a pointés du doigt et a dit :“Vous les sales Noirs, on va vous niquer ce soir !” »

Kalil Aissata Kéita, ami de Mamoudou Barry

Vendredi soir, Mamoudou Barry, 31  ans, enseignant-chercheur à l’université de Rouen-Normandie, avait été invectivé à la hauteur d’un arrêt de bus à Canteleu, près de Rouen, alors qu’il rentrait chez lui en voiture avec son épouse. «L’agresseur
les a pointés du doigt et a dit: “Vous les sales Noirs, on va vous niquer ce soir!”», raconte Kalil Aissata Kéita, qui se présente comme le «plus proche ami de la victime. Il faisait allusion au match Sénégal-Algérie». Mamoudou Barry est alors descendu
de sa voiture et l’agresseur «l’a frappé à coups de poing et de bouteilles», poursuit-il, rapportant le témoignage de l’épouse du jeune Guinéen. «Il y avait plein de monde aux deux arrêts de bus qui se font face, et personne n’a levé le petit doigt!,
s’émeut Saidou, un ami d’enfance. Alors que sa femme se précipitait vers son mari à terre, qui perdait beaucoup de sang, l’homme lui a lancé: “Reste là, sinon je vais te faire la même chose!» ainsi que d’autres insultes du type “sale pute nègre”.
Puis il a réajusté sa casquette en arrière et est parti, tranquille, les mains dans les poches». Transporté à l’hôpital, Mamoudou Barry, père d’une fillette de 2 ans, a succombé à ses blessures samedi.

Le suspect, âgé de 29 ans, est «sous curatelle renforcée», a indiqué une source policière. Il est connu pour des infractions à la législation aux stupéfiants et pour des faits de violences, notamment sur sa compagne. C’est d’ailleurs elle qui l’a dénoncé,
rapporte France Bleu, l’ayant vu rentrer vendredi soir «très énervé et la main gonflée». «Il s’agit d’un crime raciste, sans aucun doute», selon l’avocat de la famille Barry, Me Jonas Haddad. «M. Barry est bien mort en raison de sa couleur
de peau, souligne-t-il, après que son agresseur lui a dit qu’il allait “niquer des sales Noirs”.»

«Mamoudou a toujours été un guide pour les étudiants, un exemple pour ses collègues»

Ses collègues de l’institut de recherches Thinking Africa

Né dans un village près de Mamou, dans le centre de la Guinée, Mamoudou Barry avait perdu son père enfant. «On l’appelait “Le Sage”, se souvient son ami Saidou. Car tout ce qui comptait pour lui, c’était les études. Jamais il ne s’est battu: au contraire,
il était une référence pour tout le monde. On a postulé ensemble pour aller faire nos études en France», en 2012.

«Nous perdons un homme de valeur, un conciliateur, un brillant intellectuel pluridisciplinaire, soulignent ses collègues de l’institut de recherches Thinking Africa dans un communiqué. Mamoudou a toujours été un guide pour les étudiants, un exemple pour
ses collègues.» Docteur en droit de l’université de Rouen, Mamoudou Barry venait de soutenir sa thèse: «Les politiques fiscales et douanières en matière d’investissements étrangers en Afrique francophone: le cas du secteur des ressources naturelles
extractives».Saidou, qui a filmé cette présentation, rapporte que «la salle était pleine, tellement les gens s’intéressaient à sa personne et à ses recherches». Il ajoute: «Le doyen de la fac a dit que, en trente-cinq ans de présidence du jury, il
n’avait jamais vu un étranger manier aussi bien la langue de Molière.» «C’était un homme très discret, disponible et proche de ses étudiants, renchérit Frédéric Douet, professeur de droit fiscal, responsable de l’école doctorale de cette université.
En théorie, il n’y a plus de mentions, mais exceptionnellement, il a été décidé de lui accorder les félicitations du jury.»

Une «marche blanche» partira vendredi à 15 heures de la faculté de droit de Rouen. Une cagnotte en ligne avait déjà recueilli plus de 30.000 euros lundi soir. Et depuis la Guinée, le président Alpha Condé a assuré suivre «de très près l’évolution
des enquêtes diligentées par les autorités françaises».

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