En France, la reconnaissance faciale attestera bientôt de votre «identité numérique»


En France, la reconnaissance faciale attestera bientôt de votre «identité numérique»:

Un décret du gouvernement a officialisé le développement d’une application mobile d’authentification d’identité. Baptisée «AliceM», elle fait appel à un dispositif de reconnaissance faciale. Certaines associations s’inquiètent.

Tous les jours ou presque, des articles sont publiés sur les abus liés à la reconnaissance faciale. Aux États-Unis, elle aide la police à
surveiller la frontière mexicaine alors qu’en Chine, elle permet au pouvoir en place de surveiller sa population.
En France, le gouvernement souhaite se servir de cette technologie via une application mobile pour authentifier l’identité des citoyens. L’utilisation d’un tel dispositif, très décrié, provoque déjà des levées de boucliers.

● Qu’est-ce que l’AliceM?

AliceM est une application mobile, pour le moment uniquement disponible sur Android. Acronyme d’«Authentification en ligne certifiée sur mobile», elle est actuellement en phase de test. Bientôt, elle permettra de s’identifier grâce à son smartphone pour
accéder depuis son mobile aux sites de certains services publics regroupés dans le portail d’accès FranceConnect comme
celui des impôts ou celui de l’Assurance maladie.

Cela fait plusieurs années que le ministère de l’Intérieur, à l’origine du projet, travaille sur AliceM et d’autres produits similaires, sans grand succès. En 2012, la création d’une base de données biométriques avec l’appui de l’Agence nationale des
titres sécurisés (ANTS) avait été avortée par le Conseil Constitutionnel qui avait jugé le projet anticonstitutionnel.
En septembre 2017, l’actuel locataire de la place Beauvau, Christophe Castaner, évoquait dans une feuille de route sa volonté de «se positionner comme maître d’œuvre de l’élaboration de solutions d’identité numérique», note Le Monde.
Le ministre a par ailleurs fait savoir cette année qu’il souhaitait que tous les Français puissent prouver leur identité en ligne d’ici 2020, notamment par AliceM qu’il qualifie dans un rapport sur la cybermenace d’«un des prémices d’une politique publique de l’identité numérique». AliceM a finalement été mis en place via un décret publié le 13 mai dernier. Son principe est simple: elle demande à ses utilisateurs de prouver leur identité en prenant en photo leur passeport ou titre de séjour biométrique mais aussi, via un «système de reconnaissance
faciale statique (via une photo) et dynamique (via une vidéo où il faut faire des gestes et des mouvements de tête)».

● Pourquoi ce projet inquiète certaines associations?

Le 15 juillet dernier, ce décret publié le 13 mai dernier a été contesté par une association de défense des libertés numériques, La Quadrature du Net. Cette dernière a déposé un recours au Conseil d’État pour
le faire annuler. Elle s’insurge contre le fait que l’utilisateur n’ait pas la liberté de choisir de passer outre le dispositif de reconnaissance faciale pour avoir accès à plusieurs services publics dématérialisés via AliceM. L’association reproche
à l’État de ne pas respecter le RGPD (Règlement général sur la protection des données personnelles). Lequel stipule que quand il s’agit d’utilisation de données personnelles, «le consentement ne devrait pas être considéré comme ayant été donné librement
si la personne concernée ne dispose pas d’une véritable liberté de choix». La Quadrature du Net s’appuie aussi sur un avis de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) rendu le 18 octobre dernier sur le projet du gouvernement. «Le gouvernement ne propose pas, en l’occurrence, d’alternative à la reconnaissance faciale pour créer une identité numérique (…) Au regard de ces principes, le consentement
ne peut être regardé comme libre et comme étant par suite susceptible de lever l’interdiction posée par le RGPD» explique-t-elle.

La Commission propose de mettre en place des solutions alternatives à la reconnaissance faciale pour garantir un consentement libre comme un face-à-face en préfecture ou un appel vidéo avec un agent de l’ANTS. Des solutions qui n’ont pas été retenues
par le gouvernement dans son décret. «Le plus inquiétant dans cette procédure, c’est que nous constatons une perte de pouvoir de la CNIL. Si même le gouvernement ne l’écoute plus, qui va le faire?» s’interroge Martin Drago, juriste au sein de la Quadrature
du Net, contacté par Le Figaro. «Proposer des alternatives, c’est le minimum» explique-t-il. L’expert regrette l’absence de prise de conscience de l’opinion et des pouvoirs publics sur le sujet de la reconnaissance faciale alors que déjà plusieurs
villes, notamment aux États-Unis, ont décidé de bannir cette technologie.

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● Y a-t-il un risque pour nos données personnelles?

Le décret explique clairement comment seront utilisées les données personnelles récoltées via l’application AliceM. Il est question ici de la couleur et de la taille des yeux, de l’adresse postale, de la photographie de l’usager prise avec son smartphone,
ou encore du mail et de son numéro de portable. Le texte précise qu’elles seront «chiffrées» et «conservées sur l’équipement terminal de communications électroniques de l’usager (le portable, NDLR)». Si l’usager désinstalle l’application, elles seront
directement effacées. D’autres données, notamment celles liées «à l’historiquedes transactions associées au compte AliceM» seront conservées dans «un traitement centralisé» développé par l’ANTS. Elles y resteront et seront supprimées après une période
d’inactivité du compte AliceM de «six ans». La CNIL préconisait dans son avis un délai de conservation de six mois pour ces données dites «sensibles», mais n’a pas été suivie. Seuls des agents des services du ministère de l’Intérieur et de l’ANTS,
individuellement désignés et habilités par leur directeur, pourront accéder à ces données. Elles ne pourront être transmises qu’à la DINSIC (direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État) et aux
fournisseurs de téléservices liés par convention à l’initiative FranceConnect. Les développeurs à l’origine de l’application garantissent un «niveau maximum de sécurité».

En attendant, le gouvernement se laisse du temps et n’a pas encore communiqué de date précise pour le lancement d’AliceM. Le recours de la Quadrature du Net ne devrait pas être examiné avant un an minimum.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2GAXWuE

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