Le bras de fer entre la Russie et la Turquie aux pourparlers de paix sur la Syrie


Le bras de fer entre la Russie et la Turquie aux pourparlers de paix sur la Syrie:

La Russie, l’Iran et la Turquie se retrouvent ce jeudi pour la treizième conférence de Nur-Sultan au Kazakhstan pour la résolution du conflit syrien. Au cœur des négociations, la question du gouvernorat d’Idlib, bastion rebelle du Nord-Ouest où la Russie et la Turquie s’opposent.

Un treizième round de négociations s’ouvre ce jeudi 1er août à Nur-Sultan au Kazakhstan, pour trouver une voie de sortie au conflit syrien. La Russie, l’Iran et la Turquie se retrouvent autour de la table, rejoints par une délégation du
gouvernement syrien et des rebelles, mais sans les membres de la coalition emmenée par les États-Unis.

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Ces négociations – dites d’Astana, du nom de l’ancienne capitale kazakh – se tiennent depuis
2017. En deux années, elles ont totalement éclipsé les pourparlers de Genève entamés par les forces de la coalition. Les Nations unies ainsi que des représentants des pays voisins qui abritent des millions de réfugiés syriens seront présents en
tant qu’observateur: la Jordanie, mais aussi et pour la première fois le Liban et l’Irak.

La reconquête d’Idlib au cœur des négociations

Bien que les représentants du régime et de l’opposition soient conviés à la même table, l’objet de ce sommet concerne bien plus le rapport de force entre pays étrangers impliqués dans le conflit. L’enjeu principal du sommet est la question du gouvernorat
d’Idlib, bastion surpeuplé du nord-ouest de la Syrie. Ce territoire est contrôlé à ce jour par Hayat Tahrir al-Sham – HTS, issu de la fusion de plusieurs groupes rebelles dont certains affiliés à Al-Qaïda – et le Front National de Libération (FNL),
une force rebelle dite modérée. Depuis quatre mois, l’armée syrienne mène une offensive contre ce territoire abritant près de 50.000 combattants, appuyée par les frappes de l’aviation russe.

«La Russie alterne entre coups de pressions militaires et diplomatiques»

Frédéric Pichon

Dans le gouvernorat d’Idlib, la Russie et la Turquie sont dans des camps opposés. Si la Russie appuie militairement le régime de Bachar el-Assad depuis 2015, la Turquie – qui a longtemps réclamé la tête du président syrien, avant de se raviser face
à l’impossibilité de renverser le régime – soutient les rebelles du FNL, directement visés par l’offensive conjointe de Damas et Moscou. Pourtant, ces deux pays ne cessent de se rapprocher depuis quelques années, comme en témoigne la récente livraison de missiles sol-air russes S-400 à la Turquie, pourtant membre de l’OTAN.

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Pour le chercheur Frédéric Pichon, «la Russie alterne entre coups de pressions militaires et diplomatiques». Selon lui, «l’objectif de la Russie n’est pas la conquête de la province – son offensive depuis plusieurs mois est plutôt mesurée – mais bien
de peser de tout son poids dans les négociations avec la Turquie». Pour cause, Moscou souhaite qu’Ankara abandonne les rebelles du FNL, afin d’amorcer une reconquête progressive du territoire. Moscou et Ankara envisagent une guerre d’usure pour
affaiblir les groupes rebelles, sans risquer une offensive massive trop coûteuse.

Idlib, le dernier bastion rebelle au régime de Bachar el-Assad – Regarder sur Figaro Live

La Turquie prête à des concessions en échange de mesures contre les Kurdes

Depuis son engagement dans le Nord-Ouest syrien, la Turquie cherche à éviter un déferlement migratoire sur son sol. Le pays abrite déjà 4 millions de réfugiés syriens – c’est le pays comptant le plus de réfugiés au monde – ce qui n’est pas sans
provoquer son lot de problèmes internes. Ankara souhaite donc éviter à tout prix une offensive massive dans le gouvernorat d’Idlib surpeuplé. Seulement, Recep Tayyip Erdogan serait prêt à abandonner son soutien à l’opposition syrienne en échange
de concession sur un autre dossier qui lui est cher: les Kurdes.

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Pour Frédéric Pichon, Erdogan «pourrait abandonner les rebelles en échange d’un engagement contre les Kurdes. Ankara souhaite que le Rojava [nom de la région indépendante kurde syrienne, NDLR] ne soit jamais une réalité». Recep Tayyip Erdogan craint que la constitution d’une région autonome kurde en Syrie ne renforce les velléités séparatistes des Kurdes
de Turquie. «La question kurde est la seule boussole de la politique étrangère d’Erdogan», conclue Frédéric Pichon.

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