Les cinq fronts sur lesquels la Chine défie les États-Unis


Les cinq fronts sur lesquels la Chine défie les États-Unis:

L’escalade entre les deux pays touche bien d’autres secteurs que la guerre économique à laquelle ils se livrent.

À Pékin

La guerre commerciale qui oppose la Chine et les États-Unis risque de déboucher sur une guerre des monnaies depuis la dévaluation surprise du yuan, lundi, par la banque centrale chinoise, en représailles à la décision de Donald Trump de taxer pour 300 milliards
de dollars (267 milliards d’euros) de produits chinois supplémentaires. Le Trésor américain a immédiatement surenchéri en accusant la Chine de manipuler sa monnaie, ce qui peut en principe ouvrir la voie à des sanctions.

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Et le ton est encore monté d’un cran, mardi, avec la décision de Pékin de suspendre ses colossaux achats de produits agricoles américains.
Si l’escalade se poursuit, elle pourrait toucher bien d’autres dossiers, tant sont imbriquées les économies des deux pays, et tant est vaste le contentieux qui s’est accumulé depuis plusieurs années entre les deux capitales. Revue de détail non exhaustive.

● Terres rares

La Chine, qui contrôle 80% de la production mondiale des terres rares entre autres indispensables à l’industrie de pointe électronique et à la vie moderne en général, dispose d’un moyen de pression commercial considérable sur les États-Unis. En 2010,
elle avait restreint ses exportations de terres rares à destination du Japon dans le cadre du conflit qui oppose Pékin et Tokyo sur la souveraineté des îles Senkaku.

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Pour tenter de se prémunir contre un tel embargo, Washington a publié, en juin dernier, sa stratégie visant à réduire la dépendance du pays à l’égard des terres rares importées, qui proviennent à 59 % de Chine. Le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross,
a annoncé «des mesures sans précédent pour que nous ne soyons pas coupés de ces matériaux vitaux». À commencer par une relance de la production américaine de terres rares, abandonnée depuis des décennies car très polluante.

Le processus de séparation est laborieux et destructeur de l’environnement, et seule la Chine s’est lancée avec enthousiasme dans cette entreprise, finissant ainsi par dominer le marché. Mais les terres rares ne sont pas si rares que cela, et beaucoup de pays disposent d’importantes réserves. Les États-Unis en particulier.

● Rivalité stratégique en Asie

La Chine, qui s’est construite en peu de temps une marine de guerre considérable, est devenue un rival stratégique des États-Unis en Asie-Pacifique. Elle envisage à terme de devenir la puissance majeure de cette région dominée par la présence américaine
depuis 1945. Pékin se dit souverain sur la quasi-totalité de l’immense mer de Chine du Sud, en dépit du fait qu’un tribunal de l’ONU l’ait débouté de ses revendications en 2016. Dès 2015, grâce à la technique du «dredging», l’armée chinoise a commencé
à renflouer furtivement sept îlots qu’elle a finalement transformés en bases aéronavales, pour certaines équipées de missiles.

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En visite à la Maison-Blanche cette année-là, le président Xi Jinping avait pourtant déclaré solennellement, aux côtés de Barack Obama, que la Chine ne «militariserait pas» ces îles. Le mensonge est très mal passé à Washington. Le Pentagone depuis lors
organise des opérations dites de «liberté de navigation» avec d’autres pays, dont la France, pour affirmer la position onusienne selon laquelle la mer de Chine du Sud fait partie des eaux internationales et non pas des eaux territoriales chinoises.
Les navires de guerre chinois prennent parfois en chasse les navires militaires américains, tentant de les éperonner. Des bombardiers américains B-52 ont survolé en mars dernier à deux reprises ces îlots artificiels, en dépit des avertissements de
l’armée chinoise.

● Droits de l’homme

Chaque année, le Congrès américain produit son rapport annuel sur les violations des droits de l’homme en Chine, et Pékin réplique avec la publication de son propre rapport sur les États-Unis. Mais cette routine a été remplacée par une bataille rageuse
autour de ce que le secrétaire d’État Mike Pompeo appelait la semaine dernière «l’une des pires crises des droits de l’homme de notre temps». Car jamais la Chine n’avait interné arbitrairement autant de ses citoyens depuis l’époque maoïste, fournissant
à l’Administration américaine un argument moral sans précédent pour pointer du doigt l’État-Parti chinois. Un million et demi d’individus appartenant aux populations turcophones habitant la région du Xinjiang ont en effet été incarcérés depuis 2016
par le pouvoir, dans des camps de taille colossale construits à la hâte, et dans le plus grand secret.

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La quasi-totalité de l’intelligentsia locale a été engloutie dans ce goulag d’un genre nouveau, où ont par ailleurs été répertoriés les décès de dizaines de ces prisonniers. Pékin, qui présente ses camps comme des «centres de formation», affirmait la
semaine dernière que tous les «élèves» avaient été «libérés», sans apporter de preuves. Ces déportations réalisées à une échelle considérable visent exclusivement des populations appartenant aux ethnies ouïgour, kazakh ou kirghiz. À Washington, la
présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a proposé le vote de sanctions à l’encontre de plusieurs officiels chinois, dont un membre du politburo.

● Taïwan, île de tous les périls

Revendiquée par Pékin depuis soixante-dix ans, Taïwan est l’un des points potentiellement les plus périlleux de la planète. Le président chinois Xi Jinping a réaffirmé en janvier dernier avec force qu’il utiliserait s’il le faut des moyens militaires
pour prendre l’île de 23 millions d’habitants. Les États-Unis, pour leur part, envoient régulièrement des destroyers sillonner le détroit de Taïwan pour signaler qu’ils soutiendront l’île en cas d’attaque. Ils lui ont vendu ces derniers mois
des chars et d’autres types d’armements destinés à renforcer la capacité de l’armée taïwanaise à repousser un éventuel assaut.

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Washington tente par ailleurs de contrer les intenses efforts de Pékin en vue d’isoler la République de Chine (Taïwan) sur la scène internationale. Celle-ci n’est plus reconnue que par seize pays. Donald Trump avait choqué la Chine populaire dans les
jours qui ont suivi son élection, en 2016, en acceptant de prendre au téléphone la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, qui l’appelait pour le féliciter. Car tous les pays qui reconnaissent la République populaire ont en échange accepté de ne pas
avoir de relations diplomatiques avec Taïwan. Tsai s’est même rendue aux États-Unis cet été, où, contre toute attente, elle a pu rencontrer des hommes politiques américains.

● Huawei

Une course technologique est engagée entre les deux pays, notamment dans le secteur de la téléphonie 5G, et tous les coups semblent permis. Pékin ambitionne, à l’aide de subventions, de dominer dix domaines technologiques d’avenir d’ici à 2025, dont la
5G. Si cela devait se réaliser, l’État-parti chinois passerait du rang d’«usine du monde» à celui de puissance technologique. Piqué au vif par cet audacieux projet, Washington semble vouloir tout faire pour mettre les bâtons dans les roues de Pékin.

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La justice américaine accuse Huawei de ne pas respecter un embargo visant l’Iran, et plus récemment celui visant la Corée du Nord, en y exportant ses produits (qui contiennent de la technologie américaine). C’est pour cette raison que la directrice financière
de Huawei, Meng Wanzhou, qui est aussi la fille du fondateur de la multinationale, a été arrêtée au Canada fin 2018, à la demande des États-Unis. La Maison-Blanche accuse aussi d’«espionnage» Huawei, qui a été placé en mai dernier sur une liste noire
par Donald Trump. Pékin a riposté en juillet en brandissant la possibilité de dresser sa propre liste noire d’«entités douteuses», et redouble d’efforts pour renforcer son géant technologique. Celui-ci a inauguré cette semaine à Shanghaï un centre
de recherche et développement d’une valeur affichée de 1,2 milliard d’euros.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2MPXAnI

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