BLOG – C’est un tabou: le plus efficace pour stabiliser le climat, c’est d’avoir moins d’enfants


BLOG – C’est un tabou: le plus efficace pour stabiliser le climat, c’est d’avoir moins d’enfants:

Devant le fait de vivre sans voiture, d’éviter un vol transatlantique ou d’adopter un régime alimentaire végane, c’est l’action susceptible d’avoir le plus gros impact au niveau individuel. Et ce serait en priorité aux habitants des pays riches de faire moins d’enfants.
Michel Bourban Docteur en philosophie, chercheur et chargé d’enseignement en éthique de l’environnement, auteur de “Penser la justice climatique”

Les trois secteurs économiques à l’origine des émissions de gaz à effet de serre (GES) sont l’énergie, la déforestation et l’agriculture. En synthétisant les résultats de la recherche
scientifique récente sur la thématique de l’usage des sols, le GIEC conclut dans son nouveau rapport spécial qu’une des manières les plus efficaces de lutter contre le changement climatique au niveau individuel revient à adopter un régime végétarien, ou encore mieux, végane. Ces conclusions contribuent à lever
un tabou majeur sur le lien entre régimes alimentaires et changement climatique.

Un autre tabou, peut-être encore plus tenace, est celui du rôle du facteur démographique dans le changement climatique. L’idée selon laquelle il conviendrait de limiter la taille des familles, notamment dans les pays dans lesquels les émissions par
tête sont élevées, est une thématique impopulaire qui rencontre une résistance sociale forte. Cependant, la recherche scientifique montre qu’un comportement déterminant pour limiter son empreinte carbone individuelle revient à choisir de faire
moins d’enfants.

Choix procréatifs, héritage carbone et empreinte carbone

D’après une synthèse récente de la littérature sur l’action individuelle pour lutter contre le changement climatique, choisir d’avoir un enfant de moins permettrait aux individus dans les pays développés d’économiser en moyenne 58,6 tonnes
de CO2-équivalent (tCO2) par année, ce qui est considérable. Les autres actions à haut impact sur les émissions individuelles, à savoir vivre sans voiture, éviter un vol transatlantique et adopter un régime alimentaire végane,
permettent d’économiser respectivement 2,4 tCO2, 1,6 tCO2 et 0,8 tCO2 par année. Les actions couramment recommandées par les gouvernements et les institutions publiques, par exemple l’utilisation
d’une voiture hybride, le recyclage et l’utilisation d’ampoules moins consommatrices d’énergie, sont en comparaison toutes des actions à faible impact, ne contribuant qu’à des économies annuelles bien inférieures à 0,8 tCO2e.

En d’autres termes, choisir d’avoir un enfant de moins est l’action susceptible d’avoir le plus gros impact en termes de réduction des émissions individuelles de gaz à effet de serre (GES).

Choisir d’avoir un enfant de moins permettrait aux individus dans les pays développés d’économiser en moyenne 58,6 tonnes de CO2-équivalent (tCO2) par année, ce qui est considérable. Les autres actions à haut impact sur les émissions individuelles, à
savoir vivre sans voiture, éviter un vol transatlantique et adopter un régime alimentaire végane, permettent d’économiser respectivement 2,4 tCO2, 1,6 tCO2 et 0,8 tCO2 par année.

Les choix procréatifs individuels sont déterminants parce qu’ils créent un “héritage carbone”. L’héritage carbone est calculé en ajoutant au budget carbone de chaque parent une certaine quantité de GES émis par leurs enfants et petits-enfants. D’après
une étude effectuée aux États-Unis, chaque enfant ajoute en moyenne 9441 tonnes de CO2 à l’héritage carbone d’un(e) Américain(e), ce qui représente environ six fois les émissions totales qu’il ou elle cumulera au cours
de sa vie.

La croissance démographique est certes beaucoup plus élevée dans les pays pauvres et émergents que dans les pays développés, mais la contribution du facteur démographique au changement climatique ne dépend pas que du nombre de personnes. Le revenu,
le patrimoine, les régimes alimentaires, le niveau d’éducation, la taille du ménage et le lieu d’habitation font largement varier les émissions individuelles. 

Les 10% les plus riches responsables de la moitié des émissions mondiales

Tandis que les émissions de CO2 par tête annuelles d’un Américain, d’un Français et d’un Suisse sont respectivement de 16,5, de 4,6 et de 4,5 tonnes, celles d’un Indien, d’un Kiribatien et d’un Bengali sont respectivement
de 1,7, de 0,6 et de 0,5 tonnes. En d’autres termes, un Américain émet en moyenne autant que 10 Indiens; un Français, autant que 7 Kiribatiens; et un Suisse, autant que 9 Bengalis. L’empreinte carbone totale de la naissance d’un enfant aux États-Unis
est plus de 160 fois supérieure à l’empreinte d’un enfant né au Bangladesh, et 200 fois supérieure à celle d’un enfant né au Niger.

Oxfam explique dans un rapport récent qu’au niveau mondial, les 10% les plus riches sont responsables d’environ 50% des émissions de GES, tandis que les 50% les plus pauvres ne sont responsables que de 10% de ces émissions. Bien
qu’une part grandissante des 10% les plus riches habitent désormais dans des pays émergents comme la Chine, l’écrasante majorité vit encore dans les pays de l’OCDE, avec environ un tiers aux États-Unis. Par exemple, les émissions par tête des
10% les plus riches en Chine demeurent considérablement plus faibles que celles des 10% les plus riches dans les pays de l’OCDE, notamment parce qu’une large partie des émissions chinoises provient de la production de biens consommés dans les
pays riches.

Un Américain émet en moyenne autant que 10 Indiens; un Français, autant que 7 Kiribatiens; et un Suisse, autant que 9 Bengalis. Les 10% les plus riches sont responsables d’environ 50% des émissions de gaz à effet de serre, tandis que les 50% les plus
pauvres ne sont responsables que de 10% de ces émissions, d’après un rapport d’Oxfam.

Les choix procréatifs des habitants des pays développés ont ainsi une empreinte carbone nettement plus importante que les choix procréatifs des habitants des pays en développement car les habitants des pays riches émettent beaucoup plus.

Si la plupart des habitants des pays développés décidaient ainsi d’avoir un enfant en moins, la réduction des émissions mondiales de GES serait donc considérable. 

Politiques éducatives et incitatives 

Mais comment réduire la contribution du facteur démographique au changement climatique? Lutter efficacement contre le changement climatique pourrait impliquer la mise en place de politiques de réduction de la croissance démographique. Un exemple:
l’éducation. Mais les politiques éducatives, certes nécessaires, seraient ici insuffisantes, car elles prennent en général des décennies pour avoir un impact observable sur les choix procréatifs. Elles n’auraient donc probablement pas d’effet
sur les émissions de GES dans un futur proche; or, notre budget carbone global s’épuise rapidement. De plus, les mesures éducatives ont davantage d’impact dans les pays en développement que dans les pays développés: les taux de fertilité et les besoins de planification
familiale sont plus élevés en Asie et en Afrique qu’en Europe et aux États-Unis.

Un autre type de mesure peut venir appuyer, voire accélérer les résultats obtenus par les politiques éducatives: les incitations. Les incitations positives en matière de planification familiale sont multiples: multiplier les cliniques locales qui
fournissent gratuitement les informations aux couples concernant l’utilisation de contraceptifs; rendre la pilule contraceptive, la pilule du lendemain et les autres moyens contraceptifs gratuits; ou encore réduire les impôts pour les ménages
ayant des familles peu nombreuses. L’idée serait d’encourager les couples à avoir moins d’enfants.

Si la plupart des habitants des pays développés décidaient d’avoir un enfant en moins, la réduction des émissions mondiales de GES serait donc considérable. Un changement climatique abrupt causé par une continuation des trajectoires d’émissions actuelles
serait beaucoup plus nuisible à nos économies et à nos systèmes de retraite qu’une réduction de la croissance démographique.

Un point crucial est qu’il existe déjà une structure incitative en place: les institutions encouragent déjà les individus à faire certains choix procréatifs en faveur de plusieurs enfants. Or, il existe dans notre contexte actuel d’urgence climatique
des raisons plus convaincantes d’encourager les individus à avoir peu d’enfants. Étant donné l’impact considérable des choix procréatifs des individus dans les pays riches, il est légitime que le cadre institutionnel incite les futurs parents
à repenser leurs choix, conformément aux objectifs politiques de réduction des émissions de GES. 

Des contraintes climatiques inévitables

Les objections soulevées par les politiques de contrôle de la population sont multiples et sérieuses, comme par exemple les effets possibles de la réduction de la croissance démographique sur la croissance économique ou sur le système des retraites.
Cependant, un changement climatique abrupt causé par une continuation des trajectoires d’émissions actuelles serait beaucoup plus nuisible à nos économies et à nos systèmes de retraite qu’une réduction de la croissance démographique. On ne peut
plus traiter de la croissance démographique, de la croissance économique et du système de retraite comme si nous pouvions faire abstraction des effets que la perturbation du système climatique a déjà et aura toujours plus sur nos sociétés. 

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2yUtib5

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