Plomb autour de Notre-Dame : « Les risques dépendent du temps d’exposition »


Plomb autour de Notre-Dame : « Les risques dépendent du temps d’exposition »:

Le Dr Jérôme Langrand est directeur du centre antipoison de Paris, où ont été analysées les plombémies (mesure du taux de plomb dans le sang) réalisées chez plus de 80 enfants vivant aux abords de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Il nous explique les potentiels effets nocifs d’une contamination au plomb et à quels seuils ils apparaissent.

Dr Jérôme LANGRAND. – C’est avant tout un problème de précarité et d’insalubrité des logements. Il peut y avoir du plomb dans de vieilles peintures (désormais interdites) ou dans des canalisations. À Paris, tous les balcons des immeubles anciens
ont une étanchéité au plomb. Dans l’immense majorité des cas, le contact se fait par ingestion. Les enfants sont particulièrement touchés car ils mettent souvent la main à la bouche et le plomb se trouve sur le sol et les surfaces. Chez les adultes,
la contamination peut venir du tir sportif, de la consommation de gibier, de la restauration d’objets d’art contenant du plomb ou de l’utilisation de maquillage au khôl, par exemple.

Quel est le devenir du plomb dans l’organisme?

«Il faut dix ans pour que la quantité de plomb résiduelle soit divisée par deux»

Dans un premier temps, le plomb circulant dans le sang va très vite être éliminé dans les urines – environ de moitié en trois semaines – dans le cas où la source d’exposition a été neutralisée. En revanche, la part stockée dans l’os va mettre beaucoup
de temps à disparaître. On estime qu’il faut dix ans pour que la quantité de plomb résiduelle soit divisée par deux.

Quels sont les effets du plomb sur la santé?

Les enfants y sont plus sensibles que les adultes. Chez eux, une exposition chronique au plomb peut être à l’origine du saturnisme infantile, qui se manifeste notamment par des troubles du développement intellectuel et de la croissance. Des études ont
estimé qu’une élévation de la plombémie de 100 µg/l provoque une diminution du quotient intellectuel de 2 à 5 points. Si l’exposition a lieu entre 0 et 6 ans, les effets persisteront à l’âge adulte.

Chez les femmes enceintes, une exposition chronique au plomb augmente le risque d’accouchement
prématuré et d’avortement.

À partir de quel seuil observe-t-on de tels effets?

«Si la plombémie s’élève ­significativement pendant plusieurs années, voire plusieurs mois, on peut s’attendre à observer des effets»

Même à faibles doses, le plomb est toxique. Il n’existe pas de seuil en dessous duquel il n’y a pas de risque. Mais le risque est intimement corrélé au temps d’exposition. Si la plombémie s’élève significativement pendant plusieurs années, voire plusieurs
mois, on peut s’attendre à observer des effets. En revanche, si elle s’élève ponctuellement, on ne peut pas dire que le risque soit nul, mais il n’est pas majeur. Quant aux intoxications aiguës, elles sont extrêmement rares. La dernière concernant
un enfant s’est produite en Guyane en 2011. Il avait une plombémie supérieure à 700 µg/l.

Quel seuil nécessite-t-il une vigilance accrue?

À partir de 25 µg/l, l’Agence régionale de santé délivre des informations à la famille. Au-delà de 50 µg/l, qui est le seuil réglementaire à partir duquel il est obligatoire de déclarer le cas, une enquête environnementale est menée au domicile de l’enfant
afin d’identifier la ou les sources potentielles et prendre des actions correctives (dépollution, relogement…).

Y a-t-il lieu de s’inquiéter pour les petits Parisiens exposés après l’incendie de la cathédrale?

«Dans le quart nord-est de Paris et dans le 93, il y a chaque jour des cas de plombémie bien plus élevée qu’aux alentours de Notre-Dame»

Il y a eu beaucoup d’alarmisme dans les médias. La plombémie la plus importante que nous ayons trouvée à ce jour est de 68 µg/l. Pour l’instant, il n’y a pas eu d’élévation secondaire de la plombémie chez ces enfants, ce qui signifie qu’elle a tendance
à diminuer. Il est encore trop tôt pour se prononcer, il va falloir suivre leur évolution. Dans tous les cas, il faut relativiser. Pour vous donner un ordre de comparaison, nous avons reçu ce matin la plombémie de deux enfants vivant en Seine-Saint-Denis:
l’une était à 180 µg/l, l’autre à 270. Dans le quart nord-est de Paris et dans le 93, il y a chaque jour des cas de plombémie bien plus élevée qu’aux alentours de Notre-Dame, et personne n’écrit rien à ce sujet!

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2H4NrzR

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