Éric Zemmour: «John Wayne ne veut pas mourir»


Éric Zemmour: «John Wayne ne veut pas mourir»:

CHRONIQUE – Une journaliste franco-américaine et l’Amérique de Trump: un livre qui ne ressemble pas du tout à ce qu’on pouvait craindre.

Longtemps, elle a été comme les autres. Journaliste, donc de gauche, forcément de gauche ; chef de bureau de Radio France à Washington, cette baroudeuse accomplie (Afghanistan, Chine, Afrique du Sud, etc.) s’identifiait à ses confrères, pour
la plupart démocrates ; française, elle se rêvait américaine, selon un processus impérial décrit admirablement par Régis Debray. Un modèle accompli de conformisme. Quand elle acquiert enfin sa précieuse nationalité américaine, Laurence Simon
croit avoir atteint son graal ; elle entame son chemin de Damas. Elle nous le décrit avec une rare honnêteté et un professionnalisme journalistique qu’on ne peut que louer, ce qu’on ne fera pas pour son style, excessivement relâché et parlé.
Mais l’intérêt du fond l’emporte sur la médiocrité de la forme: Laurence Simon nous montre une Amérique qui ressemble de plus en plus à la vieille Europe et en particulier à la France, le plus souvent pour le pire, et rarement le meilleur.

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Notre journaliste franco-américaine nous décrit la mort annoncée de l’Amérique de Tocqueville, cette Amérique blanche, chrétienne, très chrétienne, fondée sur les valeurs du travail et de la liberté, pour être remplacée par une Amérique de plus en plus
athée, de plus en plus catholique et musulmane, au détriment des protestants, de moins en moins blanche, de plus en plus socialiste, de plus en plus gouvernée par le politiquement correct, de plus en plus dominée par les «minorités» ethniques et sexuelles,
qui bénéficient d’un financement massif de milliardaires progressistes dont Soros est la
tête de proue – et la tête de Turc des populistes – mais loin d’être la seule. Ainsi la Fondation Carnegie avait-elle dépensé en 2003 100 millions de dollars pour défendre l’immigration (légale et illégale).

L’argent coule à flots pour l’extrême gauche, qu’elle soit immigra­tionniste, féministe, LGBT, ou carré­ment islamiste

C’est une des caractéristiques américaines: l’argent coule à flots pour l’extrême gauche, qu’elle soit immigrationniste, féministe, LGBT, ou carrément islamiste. Toutes ces organisations, soutenues par les bobos d’outre-Atlantique, ont noyauté les universités,
les médias, et utilisent la justice pour faire taire et ruiner leurs adversaires. Comme en France. Plus qu’en France. La richesse des donateurs et l’institutionnalisation des lobbys, qui transforment la quête de voix en achats de voix, favorisent
les riches (les donateurs) et les bien organisés (les minorités). Dans le pays d’Occident qui fut le plus rétif au socialisme et au marxisme, le politiquement correct a conquis de haute lutte l’hégémonie culturelle dont parlait Gramsci. Laurence Simon
n’hésite pas à mettre en cause Barack Obama – icône dans les médias français – et les influences socialistes, voire communistes, qui ont nourri sa jeunesse militante. Cette femme si moderne dénonce sans fard l’évolution des mouvements féministes.
Ayant interviewé avant sa mort la Simone de Beauvoir américaine, Betty Friedan, elle ose rappeler qu’«en privé, comme dans ses écrits, elle exprimait sur le tard ses
craintes de voir le mouvement féministe investi par les lesbiennes, au nom de l’inclusion, mais aussi au risque de l’exclusion des autres femmes. L’histoire lui a donné raison».

Mais le plus tragique, et le plus poignant, est le tableau qu’elle dessine de l’Amérique blanche: un déclin démographique qui s’accompagne d’un déclin professionnel, social, sanitaire, et même sexuel

Cette triple révolution démographique, idéologique, sociologique est en train de transformer la gauche américaine. Le Parti démocrate trouve un charme nouveau aux thèses socialistes, mais pas seulement: le féminisme, l’homosexualisme, voire le transexualisme
agressifs forment un couple bizarre et paradoxal avec la montée en son sein de l’islamo-gauchisme, et son frère de lait, l’antisémitisme. Ilhan Omar siège voilée à la Chambre des représentants. Les universités américaines sont arrosées par la manne financière déversée par l’Arabie saoudite et le Qatar. Dès l’école primaire, l’endoctrinement progressiste prend le pas sur l’instruction.

Mais le plus tragique, et le plus poignant, est le tableau qu’elle dessine de l’Amérique blanche: un déclin démographique qui s’accompagne d’un déclin professionnel, social, sanitaire, et même sexuel. Un véritable désastre: «Parmi les pays riches, les
USA ont le taux de mortalité infantile le plus haut et l’espérance de vie la plus basse. (…) Un enfant sur cinq a faim et quatre sur cinq sont mal nourris (sans oublier l’addiction médicale aux opiacés) (…). Le niveau de testostérone a chuté dans
les pays de l’Ouest et surtout chez les hommes blancs de la classe ouvrière et de la classe moyenne. (…) Les chances des enfants de la classe moyenne de faire mieux que leurs parents ont chuté de 90 à 50 %, mais les revenus des Américains les
plus riches ont plus que triplé.» Entre 1999 et 2014, augmentation de 43 % des suicides chez les hommes blancs et 10 % des hommes blancs de 25 à 54 ans n’ont plus de travail.

Les bobos américains de Laurence Simon, Balland, 528 p., 24 €.

Les bobos américains de Laurence Simon, Balland, 528 p., 24 €.
– Crédits photo : Balland

Chiffres en rafale qui s’expliquent par une double politique née dans les années 1960: d’une part, une ouverture massive à l’immigration venue du monde entier, alors qu’elle était limitée, jusqu’en 1965, à ceux venus d’Europe ; une mise en œuvre
des méthodes de discrimination positive en faveur des Noirs, puis des femmes, qui s’est transformée au fil des années en une politique de discrimination pure et simple des hommes blancs, même très qualifiés, au profit des femmes, surtout si elles
appartiennent à une minorité ethnique.

Cette double pression conduit la majorité blanche à devenir minoritaire dans son propre pays et les hommes blancs hétérosexuels à devenir des citoyens de troisième catégorie au pays de John Wayne.

On aura compris que les progressistes auront ramené l’Amérique à la guerre des sexes, et à la guerre des races, et à la guerre des classes. On aura compris que le vote Trump aura été le dernier cri de ces «hommes blancs des classes populaires» (et souvent
de leurs femmes) qui refusent de mourir. On aura compris que notre journaliste non seulement comprend mais approuve ce sursaut vital. On aura compris que cette course de vitesse contre le temps et la mort de l’Amérique blanche donne au mandat de Trump
une couleur tragique, bien loin des insultes dont il est abreuvé et des clowneries dont il est coutumier.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/355GYza

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