Syrie: un retrait américain accroît le risque de dispersion des djihadistes étrangers


Syrie: un retrait américain accroît le risque de dispersion des djihadistes étrangers:

Les Kurdes ne font plus de la sécurité des prisons une priorité. Et Bagdad ne reçoit plus de djihadiste.

Envoyé spécial à Bagdad

Il y a quelques semaines, le directeur de la prison de Nassiriya dans le sud de l’Irak, où sont détenus des djihadistes étrangers, a reçu un message troublant. Des miliciens de la Mobilisation populaire proches de l’Iran lui ont demandé de libérer quelques
djihadistes. En échange de quoi, les djihadistes de la région d’Idlib dans le nord-ouest de la Syrie relâcheraient des combattants pro-iraniens, engagés aux côtés du pouvoir syrien. Un échange entre extrémistes sunnites et chiites dans la lignée des
négociations troubles pour libérer des otages. Mais, alerté, le service de renseignement irakien s’est opposé à ce troc.

De Bagdad aux zones kurdes du nord-est de la Syrie, la détention de milliers de djihadistes étrangers n’en finit pas d’être un casse-tête pour les Occidentaux. Un casse-tête aggravé par la menace d’un départ américain du
Nord-Est syrien. Certes, les prisons et les camps dans lesquels les étrangers sont détenus ne sont pas dans la région où les Turcs envisagent d’établir une «zone de sécurité». Mais le risque de dispersion est réel et inquiétant pour les Européens,
la France et l’Allemagne surtout. Une délégation européenne se rendra prochainement à Bagdad pour discuter de l’avenir des djihadistes étrangers emprisonnés en Irak et chez les Kurdes syriens, confiait la semaine dernière au Figaro une source
sécuritaire irakienne à Bagdad.

Kurdes syriens et autorités irakiennes partagent un même fardeau. Les Kurdes, alliés des Occidentaux dans la guerre contre Daech, détiennent 2000 ressortissants étrangers, issus d’une cinquantaine de pays, et 3000 femmes et enfants dans le camp d’al-Hol. De son côté, Bagdad a également sous les verrous 2000 étrangers, dont certains transférés, à la demande de la France, des zones kurdes de Syrie. Mais depuis cet été,
ces transferts ont été stoppés. «Les campagnes menées en France contre ces déplacements par les ONG de défense des droits de l’homme ont pesé», explique un journaliste irakien.

» VOIR AUSSI – Revirement américain, offensive turque: la situation en Syrie décryptée

Revirement américain, offensive turque : la situation en Syrie décryptée
Georges Malbrunot, grand reporter au Figaro, expose les différents scénarios qui s’ouvrent en Syrie après l’annonce du retrait limité des américains et celle d’une offensive turque imminente.

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Des demandes financières émanant de plusieurs responsables irakiens concernés par le dossier ont été faites à la France

Une source diplomatique

«Notre premier ministre Adel Abdel-Mahdi a présenté aux Français, aux Britanniques et aux Allemands un projet pour gérer cette situation, mais ils n’ont pas encore répondu, regrette la source sécuritaire au fait du dossier. Cela requiert un effort international, nous avons besoin d’une couverture juridique pour que ces gens soient jugés en Irak.»
Et ce responsable d’exposer le coût financier pour son pays: «Si on les emprisonne en Irak, ils devront faire des dizaines d’années en détention, ils ont des familles, des enfants, cela coûte de l’argent et ça a aussi des implications sociales»
qui s’ajoutent, pour Bagdad, au fardeau d’avoir à rapatrier 30.000 Irakiens, détenus dans les prisons kurdes syriennes.

L’un des éléments de ce projet présenté aux Européens est la construction d’une prison pour djihadistes étrangers détenus en Irak et dans les zones kurdes de Syrie. Gardée par des agents de sécurité non-irakiens, elle pourrait être édifiée dans
la province de Diyala, au nord-est de Bagdad. Les Émirats arabes unis seraient également disposés à accueillir un tel lieu de détention. Depuis quelques mois, la France milite plutôt pour la création d’une sorte de tribunal international,
un «Nuremberg des djihadistes», le Kurdistan syrien n’étant pas sous l’autorité
d’un État reconnu, tandis que l’Irak dispose, lui, de tribunaux qui ont déjà condamné plusieurs Français, parfois à la peine de mort, une source d’embarras à Paris.

Et d’autres éléments compliquent encore l’équation. «Des demandes financières émanant de plusieurs responsables irakiens concernés par le dossier ont été faites à la France, révèle une source diplomatique, chacun étant soucieux de grappiller la manne, bienvenue dans la concurrence à laquelle ils se livrent au sommet du pouvoir à Bagdad.»

Bien sûr que dans le cadre de la lutte antiterroriste, nous devrons renouer avec les services de renseignements syriens

Un proche d’Emmanuel Macron

Au printemps, les sommes d’un million de dollars par djihadiste exécuté, et de deux millions pour chacun de ceux condamnés à perpétuité avaient été avancées par une source officielle irakienne. Paris avait démenti. Mais depuis, la
prudence semble de mise, comme l’illustre le silence de l’ambassade de France à Bagdad sur cette question ultrasensible.

Un départ des troupes américaines du Nord-Est syrien n’arrange pas les affaires de la France, dont plusieurs dizaines de ressortissants sont détenus dans les prisons kurdes. Alors que la Turquie menace d’envahir la région autonome
kurde, la sécurité de ces emprises n’est plus une priorité pour les combattants kurdes, a averti un de leurs responsables. Daech soudoie des gardiens pour faire fuir les femmes des camps.

Acculés, les Kurdes ont encore accentué leurs menaces en affirmant mardi «envisager un partenariat avec le régime syrien pour combattre les forces turques». Dans l’équation djihadiste, c’est le scénario cauchemardesque
pour la France. Les Kurdes ne pourront dire non à une demande syrienne de prendre en charge des djihadistes étrangers. Ces dernières années, les Kurdes en ont déjà remis quelques-uns au régime syrien, qui détiendrait une cinquantaine
de Français ou binationaux franco-tunisiens, algériens et marocains. Leur instrumentalisation par Damas est redoutée à Paris. «Bien sûr que dans le cadre de la lutte antiterroriste, nous devrons renouer avec les services de renseignements syriens»,
confiait récemment un proche d’Emmanuel Macron. Avec le retrait américain, Paris pourrait y être contraint plus rapidement que prévu.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2VtW1hJ

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