Comment les Kurdes ont été trahis par les États-Unis


Comment les Kurdes ont été trahis par les États-Unis:

DÉCRYPTAGE – Le revirement de Donald Trump est catastrophique pour les dirigeants kurdes, qui faisaient jusqu’alors totalement confiance à leur «allié» américain.

«Les Kurdes se sentent terriblement trahis», confiait mercredi depuis leur zone du nord-est de la Syrie un expatrié joint au téléphone, alors que l’offensive militaire turque commençait contre la ville de Ras al-Aïn. Trahis par leur protecteur américain, qui s’est retiré lundi des villes de Ras al-Aïn et de Tal Abyad,
ouvrant le champ à une prise de contrôle turque d’une bande de terre longue de 120 km sur la frontière syro-turque.

«Ces derniers mois, à la demande des États-Unis, les combattants kurdes avaient abandonné leurs postes de défense sur la frontière avec la Turquie pour permettre des patrouilles communes américano-turques», observe avec amertume Haytham
Manna, ancien chef des Forces démocratiques syriennes – l’alliance arabo-kurde combattue par Ankara – qui était mercredi en contact avec ses anciens alliés. Comme si les Kurdes avaient involontairement contribué à leur propre débâcle. Depuis,
les miliciens kurdes s’étaient retirés à environ 15 km de la frontière, dégarnissant le front face à leur ennemi turc qui, depuis des mois, piaffait d’impatience de soumettre ses adversaires. Quant aux soldats américains, une cinquantaine
d’entre eux ont reculé lundi de Ras al-Aïn et de Tal Abyad pour s’installer hors de cette zone convoitée par l’armée turque et ses alliés, les ex-rebelles syriens modérés, devenus islamistes bon teint.

Les Kurdes ont-ils intérêt à affronter un adversaire supérieur militairement ?

De 400 à 500 militaires américains – mais aussi 2000 contractants privés opérant pour le compte d’agences de développement ou mercenaires du même type que ceux qui œuvraient en Irak après 2003 – restent déployés dans le Nord-Est syrien. Mais pour
combien de temps encore? Et ces contractants privés sont-ils concernés par le retrait américain? «Trump a demandé à l’Arabie saoudite de payer la facture de la présence américaine auprès des Kurdes, affirme un diplomate onusien en
charge du dossier syrien, mais Riyad a refusé. Dans un de ses tweets, Trump a bien dit que l’Amérique a beaucoup payé pour les Kurdes, il est probable qu’il ait demandé aux Kurdes de payer les contractants s’ils veulent les garder.»

Les Kurdes ont-ils intérêt à affronter un adversaire supérieur militairement? Les combattants kurdes appelaient mercredi la population à marcher vers Ras al-Aïn pour s’opposer à l’avancée turque. «C’est une façon d’exposer des boucliers humains»,
constate le diplomate onusien. «À Ras al-Aïn, il reste des assayech, les forces de sécurité kurdes, mais que pèseront-elles face à leurs adversaires?»se demande l’expatrié. En février 2018, les Kurdes ont payé un lourd tribut en affrontant
les Turcs à la bataille d’Afrine, plus à l’ouest.

Le médiateur russe

Acculés, les Kurdes n’ont plus d’autre choix que de se retourner vers le pouvoir syrien, avec lequel ils n’ont jamais rompu, depuis le début de la révolution en 2011. Mais ils ont besoin du médiateur russe. «Les officiers russes ont rétabli le contact entre Kurdes et pouvoir syrien»,
confirme Haytham Manna. «Les Kurdes étaient d’accord pour qu’il y ait un déplacement de l’armée syrienne jusqu’au nord du pays, mais il faut au moins quatre jours», confiait l’opposant, juste avant l’offensive turque. Les Kurdes auraient
déjà laissé la région pétrolière d’Al-Omar à l’armée syrienne. Selon le diplomate onusien, «la Russie cherche à limiter l’offensive turque à ce que prévoyait l’accord d’Adana» signé en 1998 entre Ankara et Damas, c’est-à-dire une
pénétration turque en territoire syrien qui n’excède pas trois kilomètres, en contrepartie d’une lutte accrue de Damas contre le PKK.

La Turquie y consentira-t-elle? Jusqu’où Moscou est-il prêt à faire pression sur Ankara? Quant aux Kurdes, face à un pouvoir syrien intraitable, ils doivent aussi montrer à leur population qu’ils ne cèdent pas complètement. «Ils veulent des garanties russes que s’ils laissent l’armée syrienne monter à leur secours, ils sauveront certains de leurs acquis en matière d’autonomie»,
estime le diplomate onusien.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2olhn4M

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