Trump peut-il réellement «anéantir» l’économie turque?


Trump peut-il réellement «anéantir» l’économie turque?:

DÉCRYPTAGE – Le président américain menace de s’attaquer à la fragile économie turque alors qu’Ankara a lancé ce jeudi une offensive contre une milice kurde en Syrie.

L’avertissement lancé par Donald Trump à la Turquie est clair. Les États-Unis se tiennent prêts à «anéantir complètement» l’économie du pays si celui-ci «dépasse les bornes». Une menace qui fait référence à la décision de Recep Tayyip Erdogan de lancer une nouvelle offensive en Syrie contre une milice kurde après l’annonce du retrait des militaires américains stationnés dans la zone. Ces propos relancent les hostilités
entre les deux pays après un été 2018 déjà marqué par une escalade des tensions. Mais le président américain est-il réellement en mesure d’affaiblir l’économie turque? Pour Julien Marcilly, économiste en chef chez Coface, la réponse est oui. «La Turquie est dans une situation économique très fragile. Il suffit d’un tweet pour provoquer un effet déstabilisateur quasi immédiat».

La Turquie sort en effet à peine la tête de l’eau. À la suite de la crise diplomatique avec les États-Unis à l’été 2018, qui avait entraîné une dégringolade de 40% de la livre turque, le pays était entré en récession pour la première fois depuis 2009. Il en est laborieusement sorti cette année, avec une hausse de 1,3% de son PIB au premier trimestre puis 1,2% au deuxième. Optimiste, le président turc vise même une croissance
de 5% en 2020. Mais la situation économique reste compliquée. «La dépréciation de la livre provoque une hausse des prix importés et donc de l’inflation qui pénalise le pouvoir d’achat des ménages, contraint la banque centrale à augmenter ses taux, et rend les conditions de crédit extrêmement difficiles pour les entreprises»,
explique Julien Marcilly . À cela s’ajoutent un taux de chômage élevé et une bulle immobilière.

«Les incertitudes politiques constituent le point faible de l’économie turque. Lorsqu’il y a une incertitude politique interne, comme une manifestation ou des élections, cela engendre une dépréciation du taux de change car les investisseurs cherchent à sortir du pays. Le choc politique peut aussi être externe. On en a eu l’exemple en août 2018 avec le doublement des droits de douane sur l’acier et l’aluminium. Par conséquent, un tweet menaçant de Donald Trump peut suffire à relancer ce cercle vicieux»,
estime l’économiste. «Depuis le printemps et l’élection d’un opposant à Erdogan à la mairie d’Istanbul,
on commençait à voir des signes de stabilisation sur les changes. L’inflation a commencé à baisser. Mais il faut 6 à 9 mois pour que les effets se transmettent à l’économie réelle. Toute action des États-Unis viendrait enrayer la machine», insiste-t-il.

La menace de la loi de 1977

Outre les réseaux sociaux, le président américain dispose de plusieurs armes qu’il pourrait activer contre la Turquie. «Donald Trump a différents types d’outils dans son sac mais son préféré reste les droits de douane. Ce serait l’option numéro un»,
juge Julien Marcilly. En cas d’escalade, le président américain pourrait même aller plus loin en appliquant une loi de 1977 qui donne la possibilité au président américain d’interdire des importations en provenance de Turquie ou d’interdire
à des entreprises américaines d’exporter certains types de produits vers ce pays. Un scénario ultime, déjà appliqué à l’Iran.

Pour atténuer les effets de ces éventuelles sanctions, la Turquie pourrait décider de se tourner vers d’autres partenaires économiques. «Ankara pourrait tenter de conquérir de nouveaux marchés et acter de nouveaux partenariats comme avec la Russie,
la Chine, l’Afrique Subsaharienne ou l’UE, qui, rappelons-le, est son premier partenaire commercial. Les relations commerciales comme politiques
ne sont jamais des jeux à somme nulle. Les Turcs ne sont pas isolés», rappelle à ce titre Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris et spécialiste de la Turquie.

Un tweet «forcé»

Mais Donald Trump va-t-il réellement sauter le pas? Ses derniers tweets, insistant sur le caractère «important» des relations commerciales entre les deux pays et annonçant la venue de Recep Tayyip Erdogan à Washington le 13 novembre,
laissent imaginer le contraire. «Ce qui est rassurant ici, c’est que Donald Trump semble avoir été forcé de brandir cette menace, poussé par son camp républicain qui lui reprochait sa décision de se retirer de cette zone syrienne. C’est pour ça que le scénario de risque ultime reste très peu probable»,
juge Julien Marcilly.

«Donald Trump a simplement réagi à chaud. Encore une fois. Il faut prendre ses déclarations avec beaucoup de précautions», estime également Didier Billion. «Il ne faut pas non plus oublier que la Turquie est un partenaire commercial et stratégique des États-Unis, qu’on le veuille ou pas. L’administration américaine sait que dans une région dévastée, la Turquie, au-delà d’Erdogan, reste un élément objectivement stabilisateur. Erdogan le sait et c’est d’ailleurs pour cela qu’il est prêt à prendre le risque d’une intervention en Syrie, malgré les menaces économiques de Donald Trump»,
conclut ce dernier.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2B1q0E2

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