Les Kurdes laissés seuls face à l’offensive turque


Les Kurdes laissés seuls face à l’offensive turque:

Confrontés aux frappes et à l’avancée de l’armée turque, les civils ont pris le chemin de l’exode et les combattants se préparent à une difficile résistance.

Juchées sur des camionnettes ou marchant le long des routes avec des sacs bourrés d’affaires, des dizaines de milliers de civils ont fui jeudi les frappes aériennes et les tirs d’artillerie turcs. L’exode vers l’est concerne surtout les femmes et les
enfants, les hommes sont au front. Un front qui s’est concentré, pour le deuxième jour consécutif, sur la bande de terre frontalière entre Tall al-Abyad et Ras al-Aïn, où des raids aériens turcs étaient signalés. De violents affrontements s’y déroulaient,
quelques heures après le lancement de l’offensive terrestre menée par des commandos turcs épaulés par des rebelles arabes syriens anti-Assad. «Déjà mercredi soir, on avait entendu des raids aériens dont l’objectif est de repousser les combattants kurdes»,
confie au Figaro un expatrié, depuis Kamechliyé, à 80 km à l’est de Ras al-Aïn.

Ce n’est pas un hasard si Ankara a commencé son offensive autour de Tall al-Abyad: «Tall al-Abyad, c’est le talon d’Achille des Kurdes», écrivait en décembre 2018 le chercheur Fabrice Balanche, dans un rapport publié par le think-tank américain
Washington Institute. «Une majorité de la population arabe – 70 % environ – rejette les combattants kurdes du YPG, soutenus par les Américains, qui contrôlaient la région de Tall al-Abyad». Et ces derniers mois, les tensions entre communautés
se sont encore accrues.

Jeudi, les Turcs et leurs alliés rebelles syriens ont pris deux villages à l’est de Tall al-Abyad. Une région plate qui pourrait faciliter l’avancée de la soldatesque turque en position de force face aux combattants kurdes. Ceux-ci doivent empêcher leurs
ennemis de s’enfoncer plus au sud, vers la ville d’Aïn Issa. Sa capture permettrait aux Turcs de couper la route principale du Nord-Est syrien qui relie Manbij à Hassetché. La coalition turco-arabe isolerait ainsi le Rojava en deux: à l’ouest Manbij-Kobané,
à l’est Kamechliyé-Hassetché. Ankara aurait ainsi la voie libre pour s’emparer de Kobané, qu’elle a commencé d’attaquer.

Les Kurdes vérifient les papiers militaires de tout le monde, et ceux qui échappaient pour une raison ou pour une autre à l’armée sont embrigadés

Un habitant d’Amoudé

Kamechliyé, non plus, n’a pas été épargnée. Une frappe nocturne jeudi y a tué deux civils. Dans la ville, l’armée syrienne est toujours présente à l’aéroport, mais elle n’a pas bougé. «De nombreux réfugiés de Ras al-Aïn sont abrités dans les écoles de Kamechliyé qui comme ailleurs sont fermées»,
raconte l’expatrié. Jeudi matin, une manifestation antiturque a rassemblé quelque 500 personnes à Amoudé, à 15 km de Kamechliyé, essentiellement des fonctionnaires de l’administration autonome kurde. «C’est moins la panique qu’à Ras al-Aïn, mais les gens sont inquiets»,
confie au téléphone un habitant d’Amoudé. La nuit de mercredi à jeudi, cinq explosions ont retenti à Amoudé. La moitié de ceux qui protégeaient les manifestants d’une éventuelle attaque suicide commise par une cellule dormante de Daech était des jeunes
femmes. Les hommes ont été appelés au front. «Les Kurdes vérifient les papiers militaires de tout le monde, et ceux qui échappaient pour une raison ou pour une autre à l’armée sont embrigadés», affirme la source à Amoudé.

Mystérieux tunnels

La composante arabe des Forces démocratiques syriennes – 30.000 hommes sur 70.000 au total -, cette alliance qui a lutté avec les Occidentaux contre Daech, se battra-t-elle contre la Turquie et les rebelles arabes qu’Ankara entend replacer dans la zone
convoitée? «Non, estime Fabrice Balanche, on devrait s’en rendre compte dans la région de Tall al-Abyad. Les seuls Arabes prêts à se battre avec les Kurdes sont ceux qui sont dans des unités du PYD – 30.000 hommes en tout – car ils ne peuvent pas déserter.»

Sans arrêt des bombardements aériens turcs qui ont également frappé Aïn Issa, la résistance kurde sera difficile. D’où l’insistance mise par les responsables kurdes à réclamer une zone d’exclusion aérienne de leurs partenaires occidentaux. La balle est
dans le camp du Conseil de sécurité de l’ONU, qui doit se réunir, à la demande de la France.

En Syrie, il nous faudrait des moyens et une volonté affichée qu’on les emploiera, nous n’avons ni les uns ni les autres

Michel Goya, officier des troupes de marine

«M. Macron, vous avez 500 hommes, dont une bonne partie à 50 km au sud de Tall al-Abyad dans l’ex-cimenterie de Lafarge, pourquoi vous n’envoyez pas un bataillon à la frontière planter le drapeau français et vous opposer aux Turcs?», s’interroge
l’habitant kurde d’Amoudé. «On l’a fait avec 3000 hommes en 1983 au Tchad pour dissuader les Libyens de descendre vers N’Djamena», rappelle Michel Goya, officier des troupes de marine. «Mais en Syrie, ajoute-t-il, il nous faudrait des moyens et une volonté affichée qu’on les emploiera, nous n’avons ni les uns ni les autres.»

En attendant, faute d’allié, les combattants kurdes auraient renoué avec la tactique des tunnels. Comme semble l’indiquer la destruction de quatre chars turcs. Ils se cacheraient dans des tunnels patiemment édifiés ces dernières années, avant d’en
sortir pour rapidement frapper l’ennemi, une technique chère au Hezbollah, la milice chiite libanaise, qui a formé dans le passé au Liban le PKK, dont sont issus de nombreux miliciens kurdes. «Les ONG présentes dans la zone ont entendu creuser sous terre»,
observe un humanitaire sur place.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/31e4O8M

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