À la recherche du «lâcher-prise»


À la recherche du «lâcher-prise»:

PSYCHOLOGIE – Dans une société imposant de plus en plus de maîtrise et de performance, comment définir et atteindre cet état dans lequel le stress n’a plus de prise sur nous?

Vous êtes en conflit avec votre ado? Lâchez prise! Vous n’êtes jamais satisfait au travail ou avez des tendances obsessionnelles? Lâchez prise! Telle semble être la nouvelle panacée du mieux-être. Mais l’injonction a beau être répétée dans presque tous
les ouvrages de développement personnel, abandonner la lutte intérieure et se détacher est pourtant plus facile à dire qu’à faire. Tous les anxieux et colériques le savent bien: s’en fiche est justement ce qu’ils n’arrivent pas à faire!

Pour y parvenir à un niveau profond et durable, il faut parfois plusieurs mois, voire des années de pratique, et ce, que l’on ait recours à la psychothérapie, à un art martial, ou à la méditation.

L’affaire n’est pas nouvelle: philosophies et traditions spirituelles se sont toutes essayées à vanter et définir ce relâchement profitable de la volonté. Dans le taoïsme vanté par Lao Tseu, il s’apparente au «Wu-Wei», ou «non-agir», cette posture qui
permet de dénouer les situations difficiles ou conflictuelles en ne les combattant pas ; chez les stoïciens, cela revient à accepter ce qu’on ne peut changer ; dans le yoga, on s’y initie en tenant des postures physiques sans jamais se contracter
ni forcer ; quant au psychiatre Carl G. Jung, il invoquait, lui aussi, la nécessité de «laisser advenir» ce que la vie concocte pour chacun.

Un objectif de santé mentale

Jusque-là, cette notion n’apparaissait pas dans la littérature scientifique. Mais cela pourrait changer, car dans un monde et une société imposant toujours plus de maîtrise et de performance, le «lâcher-prise» devient un objectif de santé mentale. «Ce concept est remis au goût du jour par les thérapies cognitivo-comportementale dites de “3e vague” (pleine conscience, thérapies de l’acceptation, etc.), qui se centrent sur l’acceptation des pensées, émotions et croyances dysfonctionnelles au lieu de les transformer», rappelait récemment, lors des Journées psychiatriques
de Saujon, le Pr Philippe Nubupko, psychiatre et addictologue responsable du pôle addictologie en Limousin au centre hospitalier Esquirol de Limoges.

Réunis pour tenter de cerner ce nouvel enjeu thérapeutique, psychiatres, médecins et neurologues ont échangé sur leur expérience clinique d’un état de libération psychique devenu une sorte de graal pour les patients anxieux, surmenés ou dépressifs. «Ce n’est pas parce qu’on n’arrive pas à définir le lâcher-prise qu’il n’existe pas»,
a rappelé Bruno Aouizerate, enseignant et praticien hospitalier à Bordeaux.

Au moment de l’endormissement, quand on perd conscience, on lâche prise. Mais les insomniaques sont des personnes qui, à force de vouloir dormir, n’y arrivent plus

Patrick Lemoine, psychiatre, spécialiste du sommeil

La véritable difficulté tient aux conditions dans lesquelles il peut être atteint: à trop le désirer, ne risque-t-on pas de le manquer? Tel est le paradoxe relevé par le psychiatre Patrick Lemoine, spécialiste du sommeil. «Au moment de l’endormissement, quand on perd conscience, on lâche prise. Mais les insomniaques sont des personnes qui, à force de vouloir dormir, n’y arrivent plus.»Se
déclarant de plus en plus opposé à la prescription de somnifères («des anesthésiants qui donnent seulement l’illusion de dormir»), le Dr Patrick Lemoine vante les approches permettant de ne plus se focaliser sur le sommeil au moment du coucher. «Ces “distracteurs” favorisent l’état de lâcher-prise, lui seul capable de faire pleinement plonger dans les bras de Morphée et de s’abandonner à la petite mort alors que l’on a contrôlé toute la journée»,
rappelle-t-il.

Parmi les plus efficaces, la méditation (pleine conscience ou yoga), l’hypnose ou auto-hypnose, des thérapies cognitives… Sans oublier le PSIO, dispositif permettant d’écouter de manière simultanée deux histoires – une dans chaque oreille – ce qui,
évidemment, déplaçant l’attention sur cet effort de compréhension, empêche l’insomniaque d’en découdre avec sa volonté de dormir.

Car c’est là le plus ardu auquel oblige la recherche du lâcher-prise: l’abandon de la volonté. Pour les soignants, ce processus se fait à l’insu du patient, tant il impose de mettre au repos ses espaces de défense psychique. Lutter, serrer les dents,
maîtriser, cela a servi pendant des années et dans toutes sortes de situations. Comment y renoncer soudain? «Ça lâche, cela part du corps et cela relâche le mental», rappelle le Pr Philippe Nubupko.

Les pratiques corporelles semblent donc aujourd’hui les meilleures alliées pour parvenir à ce relâchement global. À l’institut Montsouris, le Pr Corcos a ajouté séances de massage et balnéothérapie à son panel thérapeutique. Mais chacun de nous peut
l’expérimenter aussi dans son quotidien: un problème envahit nos pensées? Aller marcher deux heures ou nager quelques kilomètres à la piscine peut tout changer. Cette sensation de détente psychique et physique qui s’impose après tant d’effort,
oui, c’est bien, et pour un bref moment, du «lâcher-prise».

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2VGJmYM

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :