Comment Xi Jinping espionne les smartphones du Parti


Comment Xi Jinping espionne les smartphones du Parti:

Une étude américaine révèle à quel point les méthodes de contrôle du président chinois sont sophistiquées.

Correspondant à Pékin,

Xi Jinping surveille ses ouailles communistes jusque dans leurs poches. Une application du Parti à la gloire du président chinois et du régime lui permet d’espionner les smartphones de ses cent millions d’utilisateurs grâce à un logiciel secret
installé à leur insu, révèle une nouvelle étude américaine, illustrant l’ampleur et la sophistication technologique des méthodes de contrôle dans le pays le plus peuplé du monde. L’application «Xuexi Quiangguo», ou «Étudie la grande Nation»,
présentée comme «éducative», installe automatiquement «l’équivalent d’un logiciel espion» (un backdoor), lui offrant une plongée dans les données personnelles de ses utilisateurs, selon Open Tech Fund, une organisation financée
par les États-Unis, qui milite pour un Internet «ouvert».

Ce «cheval de Troie» permet aux concepteurs de l’application de consulter les messages de l’utilisateur, surveiller les sites qu’il visite, enregistrer ses conversations en activant un micro, ou même prendre contrôle de son téléphone
selon l’enquête publiée le 12 octobre, en partenariat avec l’entreprise de cyber sécurité allemande Cure53. Elle leur offre les privilèges d’administrateur, et de «super utilisateur», ce qui «leur donne le pouvoir de tout faire, y compris télécharger, détruire des logiciels, ou modifier des dossiers comme des données», constatent les chercheurs.

«Contrôle idéologique»

«C’est alarmant», juge Open Tech Fund, bien qu’aucun élément technique ne permette de prouver que ces prérogatives sont exploitées. «Cette application s’inscrit dans la stratégie plus large du Parti communiste chinois visant à renforcer son contrôle idéologique sur la société en usant du digital», juge l’organisation. Cette reprise en main est la marque de fabrique du président, qui a fait de la cyber souveraineté une priorité depuis son arrivée, accouchant d’une dictature 4.0 aux relents orwelliens depuis son arrivée au pouvoir en
2013. «Pour Xi, le digital est stratégique. L’accès aux masses de données des individus en ligne offre des perspectives rêvées aux régimes autoritaires», juge François Godement, conseiller à l’Institut Montaigne.

«Étudie la Nation» fut l’application la plus téléchargée en Chine, lors de son lancement début 2019, et elle est désormais impérative pour les 90 millions de membres du Parti, comme les journalistes des médias d’État et un nombre croissant de
cadres. Souvent présentée comme la version numérique du Petit livre rougede Mao, Xuexi Quiangguo vise à renforcer la loyauté à l’égard du Parti et de Xi, qui règne sans partage sur le Bureau politique depuis un Congrès triomphal, en 2017. L’application a valeur «pédagogique», selon Pékin, permettant aux cadres et citoyens d’approfondir leurs connaissances, à travers des articles, et des vidéos à la gloire de Xi, le dirigeant le plus autoritaire depuis Mao, qui a salué son propre portrait à la tribune de Tian An Men, lors d’un défilé militaire spectaculaire, le 1er octobre, à l’occasion du 70e anniversaire de la
fondation du régime. Les journalistes des médias officiels chinois doivent désormais potasser l’appli,
sous peine de perdre leur carte de presse. 10.000 d’entre eux sont convoqués ce mois-ci à un examen visant à tester leur connaissance en matière de «Marxisme-léninisme» et de la «pensée de Xi», en se basant sur un quiz installé
sur cette application.

Développée conjointement avec le géant du e-commerce Alibaba, «Étudie la Nation» permet aussi de surveiller quelles autres applications, notamment étrangères, l’utilisateur visite, dont nombreuses sont régulièrement bannies par la «grande muraille
de la censure», comme WhatsApp, Facebook Messenger, Skype, ou même Airbnb. Autant de visites potentiellement suspectes dans un contexte de fièvre nationaliste exacerbée par la crise à Hongkong, accentuant la pression sur les cadres, toujours
à la merci d’une séance d’autocritique. Ainsi, chaque jour, l’application envoie automatiquement un rapport détaillé sur les activités de l’utilisateur, et collecte de nombreuses données personnelles, selon Cure53. «Pendant que le Parti affirme que cette application vise à aider les citoyens à étudier leur pays, ses concepteurs les examinent de très près dans leur dos», conclut le rapport d’Open Tech Fund, publié dans un contexte de tensions sino-américaines croissantes. La semaine dernière, Washington a imposé des sanctions contre 29 entreprises technologiques chinoises, dénonçant leur participation dans
la surveillance de masse des populations turcophones au Xinjiang, le Turkestan chinois.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/31kaHky

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