Syrie: pourquoi Damas envoie des troupes dans le Nord face aux Turcs


Syrie: pourquoi Damas envoie des troupes dans le Nord face aux Turcs:

Depuis le lancement de l’offensive d’Ankara, des contacts avaient repris entre Kurdes et Damas, via la Russie.

Dans cette guerre syrienne sans fin, le retrait américain du nord-est du pays, où 1000 soldats protégeaient les Kurdes, est un nouveau développement dramatique. Conséquence de l’offensive militaire turque, ce tournant devrait rebattre, dans le sang, les cartes d’un conflit vieux de bientôt neuf ans. En lâchant les Kurdes, les Américains laissent le champ libre à la Russie et au régime syrien. C’est la première conséquence du retrait américain. Dimanche soir, les médias d’État syriens ont annoncé que Damas dépêchait deux divisions de l’armée vers le nord face à l’invasion turque. L’administration kurde a, pour sa part, confirmé dans un communiqué l’existence d’un accord avec Damas pour le déploiement de ses troupes près de la frontière, précisant que l’armée syrienne est «appelée à libérer toutes les localités occupées par l’armée turque et ses supplétifs syriens».

À lire aussi :

Syrie: le point sur les combats entre les forces turques et les Kurdes

Depuis le lancement de l’offensive d’Ankara, des contacts avaient repris entre Kurdes et Damas, via la Russie. Dès jeudi, le commandant des FDS, le général Mazloum Abdi, l’avait clairement dit à William Roebuck, adjoint du chef de la coalition internationale anti-Daech : «Vous nous avez abandonnés (….), nous sommes prêts à demander publiquement le départ des troupes américaines, afin que la Russie et le gouvernement syrien prennent le contrôle de l’espace aérien du nord-est syrien et fassent cesser les bombardements turcs.» Selon CNN, l’émissaire américain lui aurait alors demandé «de ne pas prendre de décisions immédiates», afin qu’il «consulte» le département d’État. «Ou bien vous parvenez à stopper l’agression turque, lui a rétorqué le général Mazloum, ou alors nous concluons un accord avec le régime syrien et son allié russe autorisant les avions russes à instaurer une zone d’exclusion aérienne sur le Nord-Est syrien pour empêcher les raids aériens turcs.»

» À voir aussi – Que veut vraiment Erdogan en Syrie?

Une course contre la montre

Sur le terrain, on indiquait dimanche soir un mouvement de troupes syriennes vers Manbij à l’ouest de l’Euphrate et peut-être vers Kobané, deux villes menacées par les Turcs et leurs supplétifs, les rebelles arabes syriens. Manbij, comme Tall Abyad, est une ville à majorité arabe. La Turquie et ses amis rebelles ne font pas mystère de leur intention de la conquérir. Jusqu’à récemment, des soldats américains mais aussi français y stationnaient. Les Américains vont partir «rapidement», a déclaré Donald Trump. Que vont faire les Français? Leur maintien sur place paraît difficilement concevable.

Dans ses contacts avec les Kurdes, Damas se montre intraitable. Jeudi, son ministre des Affaires étrangères, Walid el-Mouallem semblait faire la sourde oreille, estimant que les Kurdes n’étaient que «des éléments séparatistes» avec lesquels il était encore trop tôt pour parler. Le lendemain, dans un entretien au Figaro , le général Mazloum répondait que le régime syrien profitait de la souffrance des Kurdes. Sous la pression russe, Damas peut adoucir sa position dans la forme. Mais sur le fond, les exigences syriennes pour secourir les Kurdes risquent d’être élevées. Elles devraient tourner autour de deux renoncements: à leurs armes et à une large dose d’autonomie que les Kurdes ont bâtie dans le Nord-Est. D’autant que la Russie nourrit quelque amertume à leur égard, les Kurdes n’ayant jamais entendu les avertissements de Moscou sur les dangers de mettre tous leurs œufs dans le même panier, américain en l’occurrence.

Ankara peut-il aller contre la volonté de Moscou, maître du jeu en Syrie ?

Entre Manbij et Kobané, une course contre la montre s’engage entre forces syriennes alliées de la Russie et forces turques associées aux rebelles. Ankara peut-il aller contre la volonté de Moscou, maître du jeu en Syrie? Les deux pays sont engagés dans le même processus de négociation, dit «d’Astana», aux côtés de l’Iran. Pour l’instant, Vladimir Poutine n’a pas vraiment haussé le ton contre Recep Tayyip Erdogan, trop content de voir les soldats américains se retirer de Syrie, sa priorité. Les prochains jours pourraient être plus houleux.

À lire aussi :

L’offensive à haut risque d’Erdogan contre les Kurdes de Syrie

La Russie parviendra-t-elle à convaincre la Turquie de limiter son offensive à la poche de Tall Abyad et de Ras al-Aïn, c’est-à-dire des zones peuplées en majorité d’Arabes syriens? Pas sûr. Mais Poutine a besoin d’Erdogan dans la guerre que Moscou et Damas mènent un peu plus à l’ouest, contre les rebelles en majorité djihadistes rassemblés aux portes de la Turquie dans la province d’Idlib.

L’autre dossier affecté par le retrait américain et l’offensive turque est celui du contrôle des milliers de djihadistes étrangers détenus par les Kurdes. Un enjeu de sécurité nationale pour la France, notamment. La dispersion de dangereux djihadistes n’est plus une hypothèse: c’est désormais une réalité. Comment y faire face? Les États-Unis en ont rapatrié certains la semaine dernière. La France qui s’y opposait peut-elle y échapper? À moins que l’accord kurdo-syrien en gestation implique également un transfert de ces djihadistes dans les geôles de Damas? Une autre mauvaise option pour Paris.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/32fPUjq

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :