Offensive turque: l’Union européenne en conflit avec son «allié» de l’Otan


Offensive turque: l’Union européenne en conflit avec son «allié» de l’Otan:

L’offensive militaire en Syrie vient s’ajouter à une longue liste de différends entre la Turquie et ses alliés occidentaux. La Turquie a-t-elle encore vocation à rester dans l’Alliance Atlantique?

C’est le dernier acte de la crise qui oppose, de manière quasi permanente, la Turquie à ses partenaires occidentaux. Depuis l’intervention des forces turques dans le nord-est de la Syrie,
les relations entre Ankara et ses alliés de l’Otan et de l’Union européenne sont au bord de la rupture. À tel point que certains diplomates et responsables politiques se posent ouvertement deux questions. La Turquie a-t-elle encore vocation
à rester dans l’Alliance Atlantique, dont elle est le seul pays musulman et dont elle constitue la deuxième armée en termes d’effectifs? N’est-il pas temps, par ailleurs, de mettre fin à l’ambiguïté de sa relation avec l’UE, qui a gelé les
négociations mais n’a pas mis fin officiellement à la procédure d’adhésion?

L’achat de batteries de missiles russes est déjà en soi un problème

L’offensive militaire contre les forces kurdes de Syrie vient s’ajouter à une longue liste de différends entre la Turquie et ses alliés occidentaux. Au début de la guerre contre Daech, le pouvoir turc a toléré le passage et le recrutement des
djihadistes sur son territoire. Puis Ankara a acheté des batteries de missiles russes S400, provoquant
une grave crise au sein de l’Otan, qui considère que le système est «incompatible» avec le sien.

L’achat par un pays de l’Otan d’une défense anti-aérienne à un État qui considère l’Alliance Atlantique comme son principal ennemi est déjà en soi un problème. Il est aggravé par le fait que l’armée de l’air turque est équipée de F-35, des chasseurs
ultramodernes justement conçus pour détourner les défenses anti-aérienne les plus modernes comme les S400. Un face-à-face entre les deux permettrait à la Russie d’obtenir des renseignements sur les capacités des F-35, qui vont équiper de nombreuses
armées de l’air de l’Otan.

Afin d’éviter que les techniciens russes, qui accompagneront le déploiement des batteries, puissent aspirer les informations stratégiques des F-35, Washington a bloqué la livraison d’une centaine d’avions à la Turquie. Les États-Unis exigent qu’Ankara renonce au programme de S400. Faute de quoi ils pourraient prendre des sanctions supplémentaires.

Il n’existe aucune procédure d’exclusion prévue par le traité

Certains considèrent que l’évolution de la Turquie, qui se rapproche de la Russie dont le but est d’affaiblir et de faire reculer l’Otan, remet en cause son statut d’allié, et représente une menace existentielle pour l’Alliance. Alors que
les contentieux entre Ankara et ses alliés ne cessent de grossir, la Turquie a-t-elle encore sa place dans l’Otan? Des responsables politiques ont appelé à son éviction de l’Alliance. Mais il n’existe aucune procédure d’exclusion prévue
par le traité. Et toute réforme de ce dernier devrait forcément se faire avec l’approbation d’Ankara.

La Turquie pourrait-elle décider, elle-même, de quitter cette Alliance dans laquelle elle se reconnaît de moins en moins? «On ne peut rien exclure mais ce n’est pas le scénario le plus probable. La Turquie pourrait en revanche suspendre sa participation à l’organisation militaire intégrée de l’Alliance, exiger le retrait des armes nucléaires américaines stationnées sur son territoire, ou fermer l’accès de la base d’Incirlik aux alliés»,
explique Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Certes, la Turquie a encore besoin des garanties de sécurité de l’Otan et des États-Unis. Son armée de 700.000 hommes, même affaiblie et désorganisée par la purge qui a suivi le coup d’État avorté contre Erdogan en juillet 2016, reste pour
l’instant un pilier de l’Alliance, comme les 900 Turcs qui font partie de ses structures de combat. «Pour paraphraser Churchill, je dirais que mieux vaut quelqu’un à l’intérieur qui jette une pierre à l’extérieur que quelqu’un à l’extérieur qui jette une pierre à l’intérieur. Mais l’Alliance est fondée sur des intérêts et des valeurs communes. Or, avec la Turquie, c’est de moins en moins le cas pour les intérêts et pour les valeurs»,
note Bruno Tertrais.

Le pouvoir turc menace d’ouvrir les vannes du robinet migratoire

L’Union européenne fait le même bilan depuis la radicalisation de Recep Tayyip Erdogan et la dérive autoritaire de son régime. L’offensive turque a été vivement critiquée sur le continent. La France a dénoncé une «offensive unilatérale»
et suspendu, à la suite de l’Allemagne, ses ventes d’armes à la Turquie. Mais l’Union européenne, qui
a condamné lundi l’opération militaire turque en Syrie, n’est en revanche pas parvenue à imposer un embargo sur les ventes d’armes à la Turquie en raison de l’opposition du Royaume-Uni.

Le ministre des Affaires étrangères a annulé sa présence au match de football France-Turquie au Stade de France.
Mais les moyens d’action sont limités. Depuis qu’elle a passé avec Ankara en 2016 un accord financier pour limiter l’afflux de réfugiés sur le sol européen, l’UE subit un chantage régulier de la part du pouvoir turc, qui menace d’ouvrir
les vannes du robinet migratoire. «Nous allons ouvrir les portes et envoyer 3,6 millions de réfugiés chez vous», a prévenu Erdogan la semaine dernière. La peur d’une nouvelle crise migratoire, alors que le nombre d’arrivées en
Grèce a déjà beaucoup augmenté cet été, n’est pas de nature à favoriser un consensus sur des sanctions à Bruxelles. Garde-frontières de l’Europe, la Turquie reste l’un des verrous de la Méditerranée. «Les Européens se sont mis dans la nasse en acceptant ce pacte avec le diable. Mais il ne faut pas accepter le chantage turc. Nous devrions dire à Ankara que dans un tel cas nous aurions nous aussi des capacités de rétorsion»,
affirme encore Bruno Tertrais.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2IUbsKO

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :