Brexit: au Royaume-Uni, la violence politique à son comble


Brexit: au Royaume-Uni, la violence politique à son comble:

Le débat public atteint des niveaux d’animosité inédits dans une Grande-Bretagne plus divisée que jamais.

Scène de la vie quotidienne à Westminster. Sur la place du Parlement, une petite centaine de membres du Parti du Brexit de Nigel Farage manifeste pour dénoncer «la trahison du peuple par des députés fourbes et cupides». «Le Brexit! Maintenant!», scandent
les manifestants. «Stoooop Brexit!», vocifère en écho dans son mégaphone le «remainer» Steve Bray de sa voix de stentor. Dans son costume et son haut-de-forme aux couleurs de l’UE, cela fait vingt-cinq mois qu’il proteste devant les
caméras des chaînes d’info contre la sortie de l’Europe, tous les jours, par tous les temps, sur cette agora de la vie politique britannique.

Une poignée de militants d’extrême droite drapés dans des Union Jack l’encercle, très près de lui. «Dégage, fous le camp!», lui crachent-ils au visage, en filmant la scène sur leurs portables pour les réseaux sociaux. Steve Bray a l’habitude.
On a arraché et brûlé ses drapeaux, on l’a coincé dans sa voiture et, le 29 mars dernier, date initiale du Brexit, on a menacé de le pendre sur place. «Si j’avais un penny pour chaque menace reçue, je serais millionnaire, relativise
cet ex-numismate. L’ambiance est de plus en plus tendue. La colère de ceux qui ont voté pour le Brexit grandit à mesure que leur victoire leur échappe.»

Non loin de là, Jeff Wyatt brandit une pancarte sur laquelle il réclame l’arrestation du «speaker» de la Chambre des communes, John Bercow, accusé de traîtrise pour avoir rencontré son homologue président du Parlement européen. «Il s’est rebellé contre le peuple en négociant derrière son dos avec une puissance étrangère», dénonce
ce chef d’entreprise retraité qui vient, lui aussi, presque tous les jours à Westminster défendre le Brexit. Selon lui, les confrontations, parfois près d’en venir aux mains, se multiplient avec les proeuropéens «mauvais perdants».

Le climat politique atteint des niveaux d’animosité inédits dans une Grande-Bretagne plus divisée que jamais. L’organisme pro-Brexit Leave.EU s’est excusé la semaine dernière pour un tweet montrant une photo d’Angela Merkel la main droite levée dans un geste censé évoquer un salut nazi avec la légende: «Nous n’avons pas gagné deux guerres mondiales pour être bousculés par une boche.»

Menaces de mort

Après un débat houleux au Parlement il y a quinze jours, pendant lequel Boris Johnson a accusé les parlementaires de «reddition», sept élues ont signalé avoir reçu des menaces. La travailliste Bridget Phillipson soutient un second
référendum, en porte-à-faux avec sa circonscription de Sunderland qui a voté à 60 % pour quitter l’UE. À ses risques et périls. La semaine dernière, un homme a comparu en justice pour l’avoir menacée de mort. «Le Brexit a ouvert une boîte de Pandore, déplore-t-elle.
La nature du discours politique a radicalement changé, cela va être difficile de revenir en arrière. C’est désormais la norme d’insulter les élus ou de les accuser de trahison.»

Le flegme, l’humour, l’excentricité qui définissaient la politique britannique ont disparu.

Dan Wincott, politologue à l’université de Cardiff

Une division de Scotland Yard a été créée pour protéger les politiques après l’assassinat de la députée Jo Cox par un militant néofasciste, quelques jours avant le référendum de 2016. Soixante policiers sont chargés de cette tâche à proximité
du Parlement. Les atteintes contre des parlementaires, en majorité des femmes ou des représentants de minorités, ont presque triplé, de 151 en 2017 à 341 l’année suivante. Pas moins de six personnes ont été condamnées pour des agressions
contre la députée libérale-démocrate (ex-Labour) juive Luciana Berger. Des kits de protection sont fournis aux édiles pour sécuriser leurs bureaux et domiciles. Certains portent même sur eux des boutons d’alarme.

«Il se passe des choses horribles autour du Parlement de Westminster. Le flegme, l’humour, l’excentricité qui définissaient la politique britannique ont disparu. Or, quand le débat national devient violent, cela se répercute dans le reste du pays», souligne
Dan Wincott, politologue à l’université de Cardiff. La faculté a créé un «Laboratoire de la haine» qui étudie la corrélation entre propos malveillants en ligne et criminalité sur le terrain. «On constate qu’un pic de violence verbale sur les réseaux sociaux à un endroit donné correspond à une hausse des agressions sur place dans les rues», explique
Matthew Williams, chercheur en charge du projet. «Le Brexit a engendré une polarisation du pays qui dépasse les identités politiques traditionnelles, analyse Matthew Goodwin, professeur de sciences politiques à l’université
du Kent. Les deux groupes, pour ou contre le maintien dans l’UE, deviennent de plus en plus hostiles l’un envers l’autre.»

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/35NbIFe

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