Le Baptême de Clovis de Bruno Dumézil: une énigme de quinze siècles


Le Baptême de Clovis de Bruno Dumézil: une énigme de quinze siècles:

Enquête sur le baptême du roi franc, épisode fondateur de l’histoire de France dont on ne connaît ni la date ni le lieu.

Le baptême de Clovis est-il une «journée qui a fait la France», pour reprendre le titre de la célèbre collection à laquelle appartient le dernier livre du médiéviste Bruno Dumézil? Non, si on suppose que la France telle que nous la connaissons
a surgi ex nihilo des eaux baptismales. Non encore, si on pense que cet événement, en ces temps lointains, a été vraiment fondateur, sur le moment, de ce qui deviendra cette nation.

Comme explique ce professeur à la Sorbonne, qui éclaire sans vouloir les forcer les connaissances lacunaires de cette haute époque, les Francs étaient depuis longtemps romanisés et le père de Clovis avait déjà des accointances avec le clergé des Gaules.
Un processus avait déjà commencé que le baptême du roi franc dans le rite nicéen allait, certes, approfondir. Comme d’autres rois mérovingiens après lui, mais tombés, eux, dans l’oubli.

En réalité, de ce moment qui a tant attiré la lumière, nous ne savons pas grand-chose, reconnaît l’historien. Un groupe d’évêques qui comprenait Remi de Reims y participait «très probablement». Mais la date, le lieu et les motivations suscitent
bien des interrogations. Quand le baptême a-t-il eu lieu? Entre 496 et 499? Vers 507-508? Entre 501 et 506? Vouloir le dater, c’est chercher à démêler un embrouillamini à s’arracher les cheveux dont l’auteur, au contraire, s’amuse avec une joyeuse
érudition, pour conclure avec un clin d’œil à l’impossibilité de conclure avec certitude. À moins de faire un choix partisan car selon la date à laquelle on place l’événement dans le règne, sa portée historique change du tout au tout.

La difficulté est fort ancienne. Les récits du baptême, en effet, ont été composés assez longtemps après les faits par des auteurs (comme Grégoire de Tours) dont la fiabilité des sources laisse à désirer. Le hic est que le seul témoignage contemporain,
l’«évasive» lettre d’Avit de Vienne, longtemps méconnue, ne se concilie guère avec les autres récits.

Gaulois et Francs, Républicains et Royalistes

Pour achever de répondre à la première question, le baptême de Clovis a bien «fait» la France, mais à travers ce qu’on en a fait plus tard, au fil des siècles.

Gallimard

C’est cette histoire non moins décisive que raconte aussi Bruno Dumézil, celle des tribulations de la mémoire du roi franc et de sa conversion, depuis le haut Moyen Âge jusqu’aux polémiques suscitées en 1996 par la célébration du quinzième centenaire.
Et ce, en passant par l’appropriation du baptême par les Capétiens qui en firent, dès Saint Louis, un passé partagé par tous les sujets, ou au contraire la fantasmatique opposition entre Gaulois et Francs au XVIIIe siècle s’achevant en querelle entre
royalistes et républicains. Ce baptême, devenu pour certains celui de la France, connut son âge d’or durant la Restauration.

Quinze siècles de réécriture et de remaniements par une longue suite de chroniqueurs, historiens et libellistes fondèrent, par sédimentation et imprégnation, la culture commune du pays. Sans éluder conflits et contradictions. Décidément, cet événement,
presque imperceptible dans son éloignement comme une étoile à la lueur vacillante, persiste à nous dire quelque chose.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/35LFeve

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