Armes, mercenaires et propagande: le triptyque de la politique africaine de Moscou


Armes, mercenaires et propagande: le triptyque de la politique africaine de Moscou:

DÉCRYPTAGE – La Russie accélère pour combler son retard sur le continent, ciblant notamment la présence française.

Vue d’Afrique, la Russie paraît encore bien loin. Alors que Paris, Londres ou Washington ont toujours été présents, que Pékin a fait une entrée fracassante sur la scène continentale, Moscou demeure un partenaire mineur. Mais indubitablement, l’influence
russe, qui s’était évaporée à la chute de l’URSS, se fait de nouveau sentir. Le sommet réuni à Sotchi en est le signe le plus évident. «La Russie revient. C’est bien, même si cela demeure léger. Elle est la bienvenue, comme tous les investisseurs», affirme un haut responsable ivoirien, résumant l’approche pragmatique qui vaut dans
la plupart des capitales africaines.

Les présidents de l’Union africaine (UA), courtisés depuis plus d’une décennie par les grandes puissances, ont appris à utiliser au mieux de leurs intérêts la concurrence entre ces rivaux. Dans cette opération de séduction, la Russie se montre
très active. «Ils ont au moins quinze ans de retard sur la Chine et près de dix sur la Turquie. Ils doivent accélérer s’ils veulent avoir une chance de s’imposer», souligne Thierry Vircoulon, chercheur à l’Ifri. Moscou a donc opté
pour des méthodes pour le moins directes en s’appuyant sur ses meilleurs savoir-faire: la défense, les armes et la propagande.

Pendant le sommet Russie-Afrique à Sotchi (23-24 octobre), le stand consacré aux armes a été très prisé.
Pendant le sommet Russie-Afrique à Sotchi (23-24 octobre), le stand consacré aux armes a été très prisé. SERGEI CHIRIKOV/AFP

Des mercenaires russes en Centrafrique

La Centrafrique a servi de véritable laboratoire aux ambitions de Moscou. Début 2018, une cargaison d’armes en provenance de Russie est livrée, avec l’aval de l’ONU, aux forces locales. Dans la foulée, une poignée de militaires russes sont envoyés
pour assurer la formation des militaires centrafricains. Un colonel russe s’invite comme conseiller militaire du président Faustin-Archange Touadéra, un temps protégé par une garde russe.

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Ce déploiement classique, finalement très Françafrique, surprend et agace Paris qui considère Bangui comme son affidé. La suite va braquer encore un peu plus la France. Plusieurs centaines de mercenaires russes, arrivent. Leur rôle est incertain,
mais ils sécurisent les «intérêts» russes dans les mines concentrées dans Lobaye Invest, une société aux contours flous. «Les Russes n’ont pas les moyens d’intervenir sans grosses compensations. Ils se payent sur place», souligne
le chercheur.

Cette intervention russe permet de comprendre que la Russie a en fait déjà remis ses rangers en Afrique depuis plusieurs années. Elle est ainsi très proche du régime soudanais. Si la chute du président Omar el-Béchir, en avril 2019, a un peu
mis à mal cette collaboration, les hommes de Poutine peuvent encore compter sur «Hemetti», toujours puissant dans le nouveau régime et à la tête d’une redoutable milice soutenue par les Russes.

La France comme cible particulière

En parallèle, la présence de soldats privés russes en Libye, au côté du général Khalifa Haftar, se fait évidente. Dans tous les cas se dessinent derrière les mercenaires russes la compagnie de sécurité privée Wagner et son patron Evgueni Prigojine, aussi très actif dans le secteur minier. Très proche de Poutine, ce dernier semble investir massivement en Afrique. Il use de ses hommes
armés donc, mais aussi de la déstabilisation de ses adversaires, son autre spécialité, avec la France comme cible particulière.

Les médias proches du Kremlin, Sputnik ou RT, vont ainsi largement publier des articles ou des tribunes sur la situation en Afrique au ton très antifrançais. Les versions francophones de ces sites étant très lues en Afrique de l’Ouest et centrale,
l’impact est immédiat. En Centrafrique, les rumeurs sur les «manœuvres» tricolores fleurissent sur les réseaux sociaux.

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L’activisme de la Russie est parfois plus précis. Ses diplomates vont ainsi tenter d’approcher les Comores, avec qui Paris a un contentieux au sujet de Mayotte. Le rattachement de cette île à la France n’a jamais été accepté par Moroni ni
entériné par l’ONU où la France se trouve donc en position de faiblesse. Le gouvernement comorien ne saisira pas la main de Moscou. «On a évité de mettre le doigt entre le marteau et l’enclume», sourit un responsable de l’archipel.
Les Comores obtiennent au passage une hausse de l’aide française.

Depuis quelques mois, et la rencontre entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron en août dernier, les relations entre les deux pays en Afrique se sont adoucies. Mais Moscou ne baisse pas ses ambitions.

Récemment, les hommes du Kremlin semblent avoir investi un nouveau champ d’action. Selon une enquête de la BBC, des experts russes aux «poches profondes» se sont activés à Madagascar lors de la dernière campagne présidentielle, en 2018.
La présence de ces «experts» a beaucoup inquiété car Evgueni Prigojine est soupçonné d’être impliqué dans l’ingérence russe lors des élections aux États-Unis. «Appliquer de telles méthodes dans un pays africain à la démocratie fragile peut se révéler catastrophique»,
relève un diplomate.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2NbgXGt

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