Les dessous de la traque d’Abou Bakr al-Baghdadi


Les dessous de la traque d’Abou Bakr al-Baghdadi:

RÉCIT – Des informations précieuses ont permis le succès de l’opération militaire américaine dans la province syrienne d’Idlib.

La liquidation du chef de Daech par un commando américain est le résultat d’un long travail de
renseignements, glanés par les alliés irakiens et kurdes syriens des États-Unis mais aussi par un groupe djihadiste rival de Daech, en lien avec la Turquie, si l’on en croit de premières confidences faites à la presse par certains protagonistes.

L’étau commence à se resserrer à partir de février 2018 lorsque les autorités turques arrêtent puis livrent à l’Irak Ismaël al-Ethawi, l’un des cinq principaux aides de camps d’Abou Bakr al-Baghdadi. Celui-ci avait pour mission d’aller, sur recommandations
du patron de l’organisation, sélectionner, par exemple, ses commandants sur le terrain. Depuis de longs mois déjà, les agents de l’Inis (Iraqi National Intelligence Service) de Mustapha Kazemi cherchent à rassembler les ultimes pièces manquantes
du puzzle de la planète Daech.

Al-Ethawi leur raconte comment Baghdadi échappe à ses limiers. Mais cet Irakien, qui avait rejoint al-Qaida en 2006 avant d’être emprisonné en 2008 pendant quatre ans par les Américains, va désigner surtout plusieurs caches du chef de Daech,
à l’intérieur du territoire syrien, ainsi que les noms de quatre personnes que Baghdadi avait l’habitude de rencontrer là-bas. Ethawi connaît bien la Syrie voisine: sa femme en est originaire et c’est là qu’il s’est réfugié, fin 2017,
après la chute de la partie irakienne du califat djihadiste.

La capture d’Abou Suleiman al-Khalidi est la clé de celle de Baghdadi

Un commandant de HTS cité par Reuters

En vieux renard rompu à la dissimulation, Baghdadi se déplace beaucoup. En même temps, dans le Nord-Est syrien, les Forces démocratiques syriennes dominées par les combattants kurdes alliés des Occidentaux contre Daech rassemblent, elles
aussi, des renseignements auprès des djihadistes arrêtés, et implantent, pour le compte de la CIA, des informateurs au sein de la mouvance terroriste. Comme l’avaient fait avec succès, en 2006, les services de renseignements jordaniens,
qui infiltrèrent une poignée d’agents jusque dans le premier cercle du sanguinaire chef d’al-Qaida en Irak, Abou Moussab al-Zarqaoui, qui fut finalement liquidé en juin 2006. Mais Baghdadi, lui, est beaucoup plus coriace.

Cela fait déjà cinq ans qu’il échappe à ses nombreux ennemis. Depuis la chute du califat,
les arrestations de cadres djihadistes se multiplient. À Bagdad, les services de renseignements ont, eux aussi, mis sur pied une «section spéciale» anti-Baghdadi. Et comme souvent, c’est de ses proches que viendra le danger.
Une des épouses du chef de Daech, arrêtée, parle aussi de ses planques. Détenue, la femme d’un de ses proches collaborateurs se met, elle aussi, à table. Le «dossier d’objectif» Baghdadi s’étoffe. Et cet été, la traque s’accélère.
De précieux renseignements arrivent de multiples sources sur le lieu exact où se cacherait Baghdadi. C’est bien en Syrie, dans la province d’Idlib, dans le nord-ouest du pays. La région est contrôlée par d’autres djihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), mais qui ne lui veulent pas du bien. La région est frontalière
de la Turquie où le MIT, le service de renseignements turc, a également ses capteurs.

HTS a reçu l’information de la présence de Baghdadi sur son territoire. Des djihadistes le cherchent à Sarmin, mais en vain. Ils capturent toutefois un de ses assistants, Abou Suleiman al-Khalidi. Une pièce maîtresse du puzzle: c’est
l’un des trois hommes qui apparaissaient aux côtés de Baghdadi dans sa dernière vidéo d’avril 2019. «Il est la clé de la capture de Baghdadi», selon un commandant de HTS cité par Reuters. Les services turcs ayant des liens
avec tous les groupes rebelles syriens dans cette région d’Idlib, y compris HTS, il n’est pas interdit de penser que le renseignement a été passé à Ankara. Donald Trump a remercié la Turquie de sa collaboration dans l’élimination
de Baghdadi.

Un appel téléphonique de l’une de ses épouses qui permit de le localiser

Une source sécuritaire Irakienne

À la surprise générale, l’homme le plus recherché au monde se trouvait depuis au moins six mois dans la province d’Idlib, et non dans le désert irakien ou syrien plus à l’est. Pensait-il être plus en sécurité dans ce qui est devenu
«le plus grand repaire djihadiste au monde», selon le Pentagone? Il était proche géographiquement des djihadistes, emprisonnés chez les Kurdes, ainsi que de leurs épouses et enfants qu’il appela à se rebeller dans
sa dernière vidéo.

Un responsable turc affirme que les services d’Ankara ont repéré Baghdadi en train d’arriver en famille, 48 heures avant l’assaut américain à Baricha, et qu’ils en ont informé Washington. L’ex-calife, deux épouses et plusieurs
enfants étaient abrités chez Abou Mohammed al-Halabi, un responsable du groupe Hurras al-Din, soutien de longue date de Daech, qui est mort dans l’assaut américain. Ce groupe proche d’al-Qaida fut régulièrement visé cette dernière
année par des drones américains, preuve qu’il a probablement été infiltré.

À Bagdad, qui revendique également la paternité du renseignement qui a conduit jusqu’à Baghdadi, une source sécuritaire a déclaré à Reuters que c’est un appel téléphonique de l’une de ses épouses qui permit de le localiser.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/31PNxD7

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