Qui seront les perdants de la réforme des retraites?


Qui seront les perdants de la réforme des retraites?:

La réforme des retraites a commencé. Tout va changer, ou presque, et les Français s’inquiètent. Grâce à nos simulations, découvrez quelles seront les conséquences de ce grand chambardement.

Les Français sont dans l’expectative, voire pour certains déjà dans l’inquiétude face au projet de réforme
des retraites du gouvernement. Une réforme certes indispensable compte tenu de l’allongement de l’espérance de vie et de la dégradation, depuis plusieurs décennies déjà, du rapport entre actifs et inactifs ; mais une réforme qui fera peu de
gagnants et, a priori, de nombreux perdants parmi les Français nés après 1963. Autant dire qu’elle sera impopulaire!

La publication des préconisations du rapport du haut-commissaire Jean-Paul Delevoye, en juillet, a mis le feu aux poudres. Dès septembre, la guerre des nerfs a commencé pour les usagers de la RATP et de la SNCF, dont les agents s’inquiètent tout particulièrement de voir disparaître leurs avantageux régimes spéciaux. Ils appellent désormais à une grève générale illimitée à compter du 5 décembre.

Des professions peu habituées à défiler dans la rue

Rien de très inhabituel, dira-t-on. Mais la nouveauté est ailleurs car, au-delà des traditionnels mécontents, spécialistes de la prise en otage des usagers des transports, on a vu descendre dans la rue, ces dernières semaines, des professions
peu habituées à ce genre de défilés. Des avocats, des médecins, des masseurs-kinésithérapeutes,
des pilotes d’avion… Tous tirent la sonnette d’alarme, refusant par avance d’être les dindons de la farce de la réforme des retraites d’Emmanuel Macron!

Les cadres, notamment, s’inquiètent du sort qui leur sera réservé en 2025, année d’application de
la réforme: beaucoup, parmi eux, se doutent par exemple qu’ils seront directement impactés par la prise en compte de l’intégralité de leur carrière dans le calcul de leur retraite, et non plus des 25 meilleures années de leur vie professionnelle
comme c’était jusqu’à présent le cas.

Paris, 16 septembre 2019.

Paris, 16 septembre 2019. Laurent Hazgui/divergence

Une mesure qui entraînera de facto une baisse des pensions de retraite de ceux qui ont eu des débuts de carrière un brin chaotiques ; ou qui n’ont accédé que tardivement à une rémunération confortable. La carrière des cadres, sauf accident
de parcours, est généralement ascendante: plus le salaire de fin de carrière sera éloigné du salaire du début, plus ils seront pénalisés par la réforme du mode de calcul de la retraite.

Les cadres sup dans le viseur

D’autant qu’une autre mesure constitue potentiellement une bombe pour les mieux payés d’entre eux, les cadres supérieurs: les revenus considérés au moment de leur départ à la retraite ne seront pris en compte que jusqu’à 120.000 €/an (contre
324.000 € actuellement). Ce qui équivaut de facto à plafonner la retraite de tous ceux qui gagnent plus que cette somme…

Cerise sur le gâteau: au-delà de 120.000 €, ils devront continuer de payer une taxe de 2,81 % non créatrice de droits. «Cette cotisation déplafonnée de 2,81 % (aujourd’hui!), qui ne donnera aucun droit à retraite complémentaire, n’est rien d’autre qu’un nouvel impôt sur les plus riches, estime l’avocat fiscaliste Jean-Philippe Delsol, président de l’Iref. Un complément de CSG en quelque sorte, à la charge des cadres et dirigeants, qui s’ajoutera à une progressivité déjà très forte de l’impôt sur le revenu.»

Toujours les mêmes qui payent? «Les cadres passent à la caisse en permanence», estime François Hommeril, président de la CFE-CGC (Le JDD, 1er septembre 2019). Selon lui, le poids de leur imposition sur le revenu a grimpé
de 56 milliards d’euros à 78 milliards entre 2014 et 2017, certaines mesures les ayant frappés de plein fouet, comme la réforme du barème de l’impôt sur le revenu ou le plafonnement du quotient familial.

Un flou qui n’est pas de nature à rassurer

Et encore, ce n’est peut-être pas tout ce qui attend les cadres: si l’option d’un allongement de la durée de cotisation était finalement retenue (et non celle de la mise en place d’un âge pivot autour de 64 ans), là encore, ils seraient
perdants: ayant la plupart du temps poursuivi des études supérieures un peu plus longues que la moyenne des Français, ils sont entrés plus tardivement sur le marché du travail et devront donc cotiser plus longtemps pour bénéficier
d’une retraite à taux plein.

Paris, 16 septembre 2019.

Paris, 16 septembre 2019. Nicolas Cleuet/Hans Lucas

À moins que la réforme Delevoye ne valide le principe d’un âge pivot donnant droit à une retraite à taux plein à 64 ans? En ce cas, ceux qui sont entrés tardivement sur le marché du travail devraient théoriquement y gagner. À moins
que… «Qu’on choisisse d’avoir un nouvel âge pivot dans le système» ou «un nombre de points en équivalent de durée de trimestres demain, de toute façon, plus vous entrez tard (sur le marché du travail), plus vous devrez cotiser longtemps»,
a annoncé Emmanuel Macron à Rodez le 3 octobre, lors de sa première réunion de concertation avec les Français. Voilà un flou qui n’est pas de nature à les rassurer.

Quel sort pour les mères de famille?

Tout comme celui entourant le sort qui sera réservé demain aux mères de famille. Actuellement, la
naissance et l’éducation d’un enfant permettent de valider 8 trimestres de cotisation dans le privé et 4 dans le public ; et, à partir de trois enfants et plus, une majoration de pension de 10 % est accordée à la mère et à son
conjoint.

Mais qu’en sera-t-il après la réforme Delevoye, qui prévoit que les dispositifs actuels (majoration de durée d’assurance, majoration de pension) seront remplacés par une majoration de retraite de 5% par enfant dès le premier enfant?
«Dans le système actuel, 8 trimestres sur 172 représentent un bonus de 4,60%, pas très loin des 5% promis, expliquait récemment Bruno Chrétien, président de l’Institut de la protection sociale, dans les colonnes du
Figaro. Si la majoration de durée d’assurance est supprimée, c’est comme si les femmes ne percevaient quasiment rien de plus. La réforme des droits familiaux ne ferait alors que transformer techniquement un droit qui était déjà acquis.»

La révolte des indépendants

Autre profession que le vent de la réforme fait frémir: les avocats.
Ils sont massivement descendus dans la rue le 16 septembre. Ce qui les met en colère? La convergence des 42 régimes existants, fondus dans un vaste système universel, et tout particulièrement l’harmonisation des taux de
cotisation à 28,12 % que prévoit la réforme Delevoye.

Or les avocats ne payent en moyenne que 14 %, pour des retraites qui ne sont pas moins bonnes, bien au contraire même, que celles des salariés! La raison? Un système autonome mieux géré que celui du commun des mortels, mais
aussi un rapport démographique favorable avec de gros bataillons de jeunes avocats finançant la retraite de leurs aînés. Mais pourront-ils encore longtemps continuer de payer pour les inactifs, vu ce qui les attend avec
la réforme?

Un kit pour interpeller les élus locaux et les candidats aux municipales

«Le doublement des cotisations retraite, de 14 à 28 %, provoquera notamment une hausse exponentielle du taux des charges des avocats, passant de 46 à 60 %», a prévenu le Conseil national des barreaux (CNB) qui, pour
sensibiliser la profession aux dangers qui la guettent, a envoyé dès le mois de juillet aux 68.000 avocats de France un kit de communication clé en main destiné à interpeller les élus locaux et les candidats aux élections
municipales.

Des cotisations en hausse de 80% pour une retraite en baisse de 30%

Certes, une mesure est envisagée pour faire avaler la pilule aux avocats, comme à tous les indépendants, avec un taux réduit de cotisation à 12,49 % à partir 40.000 €/an de revenus, et ce, jusqu’à 120.000 €. Mais, même avec
cela, le compte n’y est pas! Le CNB a fait tourner ses calculettes: un avocat déclarant 24.000 € de revenus paye 3744 €/an de cotisations retraite aujourd’hui ; demain, ce sera 6748 €/an (+ 80,23 %) pour une retraite inférieure
à la clé: 14.021 €/an après la réforme contre 20.690 €/ an aujourd’hui, soit une baisse de 32,23 %. Même traitement pour l’avocat déclarant 40.000 € de revenus. Ses cotisations augmenteront de 115,8 % avec la réforme (11.248
€/an contre 5212 €/an aujourd’hui) pour des pensions de retraite quasi inchangées (23.386 €/an demain, contre 23.151 €/an aujourd’hui, soit une modeste progression de 0,97 %).

Pourquoi quitter aujourd’hui un système qui fonctionne ?

Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux

«C’est une véritable nouvelle taxe que l’on veut nous imposer. Doubler les cotisations retraite des avocats, c’est condamner notre profession à la mort économique! tempête Christiane Féral-Schuhl, présidente du CNB.
Il y a cinquante ans, on nous a dit “débrouillez-vous, vous êtes indépendants”. Nous avons bâti un régime autonome qui est à l’équilibre et garantit les retraites des avocats sans coûter un euro à l’État. Pourquoi quitter aujourd’hui un système qui fonctionne?»

Cette question, nombre d’indépendants se la posent.
Au nombre de 3 millions, soit 10 % des actifs, ils sont artisans, commerçants, notaires, médecins, chirurgiens-dentistes ou sages-femmes, pharmaciens, vétérinaires, agents généraux d’assurances, architectes… Menacés, comme
les avocats, de voir doubler leurs cotisations retraite, ils n’entendent pas se laisser faire. «Pour un revenu annuel de 40.000 €, les cotisations retraite s’élèvent à 6100 €. Si les propositions du rapport Delevoye sont appliquées en l’état, ces cotisations s’établiront à 11.200 €. Soit un passage de 15 à 28%», s’insurge le syndicat Alizé, qui représente les masseurs-kinésithérapeutes libéraux. Une profession qui ne roule pas sur l’or, avec un revenu annuel moyen de l’ordre de 43.000 €, en diminution constante.

Les masseurs-kinésithérapeutes n’ont aucune possibilité de compenser cette hausse des cotisations

«Pour conserver un niveau de revenus équivalent à ce qu’il était en 2000, un masseur-kinésithérapeute doit aujourd’hui augmenter son volume hebdomadaire de travail de 27 %. Les semaines de travail ne pouvant être allongées à l’infini, nous sommes arrivés aux limites de ce modèle. Toute nouvelle hausse de charges va mettre en péril l’équilibre économique déjà fragile des cabinets libéraux», prévient le syndicat qui rappelle que, l’activité libérale étant conventionnée, les masseurs-kinésithérapeutes n’ont aucune possibilité d’augmenter leurs honoraires pour compenser cette hausse des cotisations.

Paris, 16 septembre 2019.

Paris, 16 septembre 2019. Karine Pierre/Hans Lucas

Le cabinet Asterès s’est penché sur l’impact de la réforme des retraites sur les auxiliaires médicaux libéraux: dans une étude chiffrée rendue publique le 1er octobre, il estime à 9,6% la perte sèche de revenu (bénéfice
non commercial) consécutive à la réforme pour l’ensemble des auxiliaires médicaux. Les professions les plus rémunératrices sont celles qui y perdraient le plus.

Une perte de revenu de plus de 10% pour les infirmiers

Les infirmiers et masseurs-kinésithérapeutes accuseraient des pertes respectives de 10,6 et 9,5 % ; les orthophonistes perdraient pour leur part 8,7 % de leurs revenus, contre 8,4 et 8,2 % pour les pédicures-podologues
et les orthoptistes. «La perte de revenus met en danger la démographie des auxiliaires médicaux alors que les besoins de soins sont croissants. Au total, la réforme des retraites pourrait se traduire par la perte de 9755 équivalents temps plein», annoncent Louis Anicotte et Charles-Antoine Schwerer, auteurs de cette étude.

Parmi ceux qui pourraient laisser des plumes avec la réforme figurent aussi les pharmaciens. S’ils sont menacés de voir leurs cotisations retraite doubler, comme les autres professionnels libéraux, c’est surtout
l’avenir de leurs pensions qui les préoccupe. D’autant qu’ils disposent d’un régime particulièrement vertueux – potentiellement menacé par la mise en place du système universel souhaité par le gouvernement –
reposant à la fois sur un régime socle (retraite de base) par répartition mais aussi sur un régime complémentaire professionnel par capitalisation géré de façon autonome par la Caisse d’assurance vieillesse
des pharmaciens (CAVP), qui compte 60.052 affiliés (30.725 pharmaciens actifs, 23.618 pharmaciens retraités, 5709 ayants droit).

Les pharmaciens veulent garder leur pactole

Or ce régime complémentaire a été si bien géré que la CAVP est aujourd’hui à la tête d’un pactole de 8,5 milliards d’euros, dont 7 milliards d’euros sont investis avec profit en actions cotées (1 milliard) et non
cotées (500 millions), en obligations (5,5 milliards), ou encore dans l’immobilier (750 millions). Un capital qui, avec les intérêts qu’il produit, permet de servir de confortables retraites aux pharmaciens
tout en participant, comme le souligne la profession, au financement de l’économie nationale. Qu’en sera-t-il demain, avec la réforme?

Les pharmaciens sont déterminés à aller jusqu’au bout pour défendre les spécificités de leur régime. «À défaut, le montant des pensions servies aux futurs retraités serait drastiquement réduit (comme il l’aurait été pour les pharmaciens aujourd’hui si le régime par capitalisation n’avait pas été créé en 1962) et l’acceptabilité de la réforme serait profondément remise en question», prévient la CAVP.

L’État veut faire main basse sur les réserves

Le risque est en effet de voir l’État faire main basse sur les confortables réserves de certains régimes autonomes. Car il n’y a pas que les pharmaciens qui ont constitué un joli pécule. Créée en 1949, la Caisse
autonome de retraite et de prévoyance des auxiliaires médicaux (Carpimko) dispose par exemple de 3,4 milliards d’euros de réserves, les avocats de 2 milliards, les médecins de 5 milliards…

Au total, le magot des professions libérales atteindrait la coquette somme de 27 milliards d’euros ; celui de l’ensemble des régimes excédentaires (Agirc, Arrco…) 140 milliards d’euros… Verra-t-on l’État rafler
la mise pour financer les retraites des fonctionnaires et des titulaires des régimes spéciaux?

Constitutionnellement, [ces sommes] ne peuvent pas être récupérées par l’État

Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux

«On ne va pas confisquer (vos) réserves financières», a promis le président Macron à Rodez, le 3 octobre, à l’intention des avocats… Mais ces derniers ne sont pas rassurés pour autant. «La question n’est pas de savoir si l’État pourrait nous ôter la propriété de ces réserves, ces dernières étant en fait des provisions attachées à la garantie des pensions, explique Christiane Féral-Schuhl. Constitutionnellement, elles ne peuvent être récupérées par l’État et nous serions prêts à nous battre juridiquement pour le prouver, le cas échéant. Mais, en revanche, l’État pourrait nous contraindre à utiliser ce capital de telle ou telle manière, pour opérer des compensations en faveur d’autres régimes par exemple.»

Une perspective qui n’enchante guère les avocats qui, comme de nombreux professionnels libéraux, estiment que s’ils sont aujourd’hui à la tête d’un capital conséquent, c’est grâce à leurs efforts d’épargne et
de gestion! «Chaque avocat verse déjà 1400 €/an affectés au régime général au nom de la solidarité, rappelle Christiane Féral-Schuhl. Qu’on ne nous dise pas que nous sommes des égoïstes!»


L’impact de la réforme: quelles retraites percevront-ils demain?

Les simulations qui suivent ont été réalisées pour Le Figaro Magazine par Novelvy Retraite, leader des services d’expertise retraite à destination des cadres, chefs d’entreprise, expatriés, professionnels libéraux, DRH… en France et à l’étranger.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2plhmhA

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