À l’approche de la mi-mandat, la majorité dans tous ses états


À l’approche de la mi-mandat, la majorité dans tous ses états:

Dans l’Hémicycle ou sur le terrain, les députés Marcheurs s’émancipent de plus en plus des consignes officielles.

Les épisodes sont peu visibles, mais de plus en plus récurrents. Dans l’Hémicycle, des députés La République en marche s’organisent ponctuellement pour faire battre le gouvernement et la majorité du groupe. Ces votes n’ont, à ce stade, aucune
incidence sur l’orientation ou l’adoption des réformes. Le phénomène concerne des amendements votés contre l’avis du gouvernement, rejetés ensuite en seconde délibération. Mais ces initiatives révèlent a minima un besoin d’émancipation,
au pire un profond malaise.

Dans la nuit du 21 au 22 octobre, contre l’avis du gouvernement, les députés ont ainsi voté plusieurs amendements prévoyant dans le budget un coup de pouce de 15 millions d’euros pour l’Agence nationale du sport. Au banc, le ministre Gérald Darmanin
a vu rouge. «Moi je veux bien, mais s’il n’y a pas de majorité pour soutenir le gouvernement, je vais me coucher! La fin du quinquennat va être difficile…», a-t-il sermonné, pendant la suspension de séance. Des arguments d’autorité
qui n’ont pas suffi, puisque quelques minutes plus tard l’amendement porté par François Cormier-Bouligeon (LREM) a été une nouvelle fois adopté. La mesure a finalement été retoquée, à 3h30 du matin, grâce à une seconde délibération. «Un accident»,
évacue l’entourage du président du groupe, Gilles Le Gendre.

Au moins, les députés n’ont pas peur. À mi-mandat, c’est normal qu’ils veuillent porter leurs sujets

Marlène Schiappa, secrétaire d’État

Quelques jours plus tôt, en plein examen du projet de loi bioéthique, le gouvernement s’est fait surprendre quand les députés – dont certains issus de la majorité – ont voté la reconnaissance de la filiation d’enfants conçus par GPA à l’étranger, défendue par le rapporteur Jean-Louis Touraine (LREM) et rejetée ensuite. «À un moment donné, si ça continue comme ça, perdra bientôt dans une seconde délibération!»,
s’alarme un député de la majorité.

À chaque fois ou presque, le procédé est le même: l’auteur de l’amendement identifie ses collègues susceptibles de voter avec lui puis crée une boucle dédiée sur le réseau de messagerie Telegram. Et juste avant le vote, il bat le rappel pour que
les députés débarquent dans l’Hémicycle pour lever la main. «À d’autres époques, ça aurait été inédit, pointe un député marcheur. Ça prouve qu’ils ne se sentent tenus par rien.» Un groupe «d’autoentrepreneurs», comme
aime à le dire son ancien dirigeant, Richard Ferrand. Le président de l’Assemblée a constaté que le renouvellement des élus s’est accompagné d’un net recul du respect de la discipline et de «l’esprit collectif».

Macron critiqué

Ces comportements inquiètent le couple exécutif. Le sujet a d’ailleurs été évoqué le 22 octobre dans le huis clos du petit-déjeuner de la majorité, autour du premier ministre. De son côté, la secrétaire d’État Marlène Schiappa préfère les encourager.
«Au moins, les députés n’ont pas peur. À mi-mandat, c’est normal qu’ils veuillent porter leurs sujets.» Sauf que les députés dits «légitimistes» ne supportent plus ces sorties de route. «C’est simple, ils n’ont toujours pas compris la logique majoritaire», tacle
un député LREM, transfuge du PS. «Depuis le début, je n’ai défendu que 5 amendements, et je sais pourquoi. Certains en ont déposé 100, ça interroge», fustige Ludovic Mendès, député LREM de Moselle.

Et ce n’est pas tout: certains se permettent même de critiquer de plus en plus ouvertement Emmanuel Macron. C’était le cas après l’intervention musclée du chef de l’État à propos de l’immigration, mi-septembre.
La polémique ces derniers jours sur le port du voile des accompagnatrices scolaires a aussi mis en lumière les faiblesses de la majorité.
«Comme il n’y a aucun socle idéologique, les gens se sentent autorisés à sortir en permanence sur tout. Si on avait eu une attitude ferme dès le début du quinquennat, par exemple vis-à-vis de la députée Sonia Krimi qui avait critiqué la loi asile et immigration, cela aurait été plus facile à gérer. La limite, c’est que les gens loyaux, qui n’ont jamais fait défaut, sont fatigués», développe
une cadre du groupe. Les espaces de débat politique interne, installés depuis peu par le président de groupe Gilles Le Gendre, n’ont pas encore fait leurs preuves.

Sur 314 députés au départ, 10 députés ont fait défection, 2 ont pris leurs distances

Dans ce contexte, les élections municipales et son lot de déceptions font craindre de nouvelles turbulences. Certains députés, pourtant mis en garde par le parti sur les risques d’une défaite, veulent se présenter coûte que coûte.
C’est le cas à Nice (Alpes-Maritimes) de Cédric Roussel, qui ne devrait pas recevoir d’investiture. Ou encore à Sens (Yonne), où Michèle Creuzet a maintenu sa candidature en dépit de la désignation officielle d’une autre prétendante.

«Le problème, c’est qu’on est en présence de personnes persuadées d’avoir vu la Vierge, persuadées qu’elles vont gagner. Il n’y a rien à faire», soupire un ministre. «Résultat: on est capable de se renier sur certains choix juste pour contenter des députés et espérer conserver la majorité absolue à l’Assemblée», déplore
un député membre du bureau exécutif de LREM. Depuis le début de la législature, le groupe a en effet progressivement fondu. Sur 314 députés au départ, 10 députés ont fait défection, 2 ont pris leurs distances. Et un nombre non négligeable
menace de les imiter.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2MVSHJn

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