Quand Obama fustige la «culture de la dénonciation»


Quand Obama fustige la «culture de la dénonciation»:

ANALYSE – L’ancien président des États-Unis a fait un discours très critique contre la call-out culture qui sévit sur les réseaux sociaux et les campus universitaires américains.

«Si tout ce que vous faites, c’est jeter des pierres, vous n’irez pas très loin.» Lors d’une conférence à l’Obama Foundation de Chicago, mardi dernier, l’ancien président des États-Unis a fait un discours très critique contre la call-out culture qui sévit sur les réseaux sociaux et les campus universitaires aux États-Unis et qui consiste de la part de militants antiracistes, féministes ou LGBT à critiquer publiquement autrui pour ses turpitudes.

Barack Obama s’est livré à un véritable plaidoyer contre le manichéisme: «Le monde est en désordre, il y a des ambiguïtés. Les gens qui font de bonnes choses ont des défauts. Les gens que vous combattez aiment leurs enfants, ils partagent certaines choses avec vous»,
a rappelé l’ancien président. Il a blâmé «cette idée de la pureté, de n’être jamais compromis, d’être toujours politiquement “éveillé”» (woke). Le terme d’argot woke a été popularisé par le groupe Black Lives Matters, parti
en 2014 de la dénonciation des violences policières, devenu un mouvement de dénonciation du racisme systémique envers les Afro-Américains. Être woke, c’est développer une forme de vigilance extrême sur les sujets de racisme et de justice sociale, avoir conscience de ses «privilèges» lorsqu’on
est un oppresseur et se rendre compte qu’on est victime lorsqu’on est un opprimé.

L’intervention d’Obama touche à deux sujets problématiques et imbriqués qui minent le débat d’idées aux États-Unis. D’abord, la culture du lynchage, qui a trouvé avec les réseaux sociaux un catalyseur violent. La call-out culture consiste
à dénoncer quelqu’un, souvent une personnalité, sur les réseaux sociaux pour un «dérapage». Dans sa version la plus extrême la cancel culture (culture de l’effacement) est un appel au boycott ciblé de la personnalité visée dans le
but de ruiner sa carrière.

Ce n’est pas du militantisme. Ce n’est pas changer les choses.

Barack Obama

Est-ce l’héritage de la culture protestante? Il y a en Amérique une tradition ancienne de dénonciation publique, de l’hystérie du procès des sorcières de Salem au XVIIe siècle aux dérives du hashtag #MeToo, en passant par les Wanted contre les hors-la-loi du Far West. «La culture de la honte reste particulièrement ancrée dans le pays»,notait ainsi l’écrivain Seth Greenland dans un grand entretien au Figaro . Le journaliste au New York Times David Brooks dénonçait, lui, dans un article intitulé «La cruauté de la
call-out culture», «un jeu vengeur de surenchère morale dans lequel l’anéantissement social peut survenir à tout moment».

«Ce n’est pas du militantisme. Ce n’est pas changer les choses», a affirmé Obama. Son intervention se situe aussi dans le contexte plus précis d’une guerre interne à la gauche américaine où s’affrontent d’un côté des démocrates libéraux
classiques et de l’autre une jeune génération plus radicale, obsédée par les questions de genre et de race.

Il existerait une majorité silencieuse et épuisée qui n’oserait pas prendre part au débat public de peur de se faire lyncher ou d’être taxé de tiédeur.

En 2015, le président alors en exercice avait déjà défendu la liberté d’expression (free speech) sur les campus universitaires. Il prenait alors en exemple le mouvement des droits civiques, qui avait toujours prôné la «possibilité d’une
réconciliation» et avait la culture du dialogue. Martin Luther King versus Black Lives Matter.

L’enjeu est énorme aux États-Unis, alors que la polarisation du débat public est monopolisée par des groupes extrêmes. Selon une étude de l’organisation More in Common d’octobre 2018, progressistes militants et conservateurs fervents, qui
s’affrontent violemment sur les réseaux sociaux où ils sont surreprésentés, ne représentent que 14 % de la population. Il existerait une majorité silencieuse et épuisée qui n’oserait pas prendre part au débat public de peur de se faire
lyncher ou d’être taxé de tiédeur. C’est à celle-ci que Barack Obama tente de redonner une voix. Reste à savoir s’il s’agit d’un écho obsolète du vieux monde politique ou d’un avertissement salutaire à un an d’une possible réélection de Trump.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2WwHQJb

Un commentaire sur “Quand Obama fustige la «culture de la dénonciation»

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  1. Qualifier les obsédés de la « race », de l’identité et du genre de « progressistes » relève de l’absurdité totale : ce sont d’authentiques fachos, racistes et ultra réactionnaires.

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