La nouvelle vie d’Alexandre Benalla, candidat potentiel aux municipales


La nouvelle vie d’Alexandre Benalla, candidat potentiel aux municipales:

ENQUÊTE – Dix-huit mois après le déclenchement de son affaire, l’ex-garde du corps d’Emmanuel Macron envisage de se présenter en mars à Saint-Denis.

Avec lui, il est toujours difficile de démêler le vrai du faux. Et il le sait. Que ce soit sur Twitter ou en privé, Alexandre Benalla est conscient d’avoir «suffisamment fait le clown» ces dernières semaines. «Je vais devenir un peu sérieux»,
promet-il désormais à ceux qui le sondent sur son avenir. Car depuis qu’il a été licencié de l’Élysée, en juillet 2018, l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron n’a qu’un seul objectif: exister. «Les gens ne me voient pas qu’à travers
le prisme du 1erMai», veut-il croire. Et pourtant.

Cité dans près d’une dizaine d’enquêtes, plusieurs fois mis en examen, visé par plusieurs informations judiciaires… Il ne doit sa renommée qu’à son dérapage, place de la Contrescarpe, où il a été filmé en train de molester un manifestant il y
a un an et demi. Le tout en portant indûment un brassard de police.

Cet épisode, le jeune homme aimerait le laisser derrière lui. Pour y parvenir, il a créé Comya, une société de conseil et de sécurité privée, qui vise à faciliter l’implantation d’entreprises étrangères en Afrique. À l’écouter, les clients
ne manquent pas. «C’est bien, c’est intéressant, je gagne ma vie… Mais est-ce que c’est passionnant? Pas plus que ça, déplore-t-il. Mon moteur, ce n’est pas de devenir milliardaire

Par la fenêtre de la sécurité

Non, son rêve à lui, il est ailleurs. Il l’a souvent frôlé, sans jamais l’atteindre. Son rêve, c’est la politique. «Ça fait partie de mon ADN. Je suis baigné à ça. Je suis fan», s’enthousiasme-t-il lorsqu’il en parle.
«Quand j’étais gamin, j’aurais rêvé d’être adjoint à la sécurité de la ville d’Évreux», se souvient d’ailleurs le natif de cette commune normande.

Mais persuadé, dès son adolescence, qu’il ne pourra pas accéder à ce monde-là par la grande porte, il décide de passer par la fenêtre. Celle de la sécurité. À 20 ans, en 2011, on le voit jouer les gardes du corps pour Martine Aubry, alors candidate à la primaire du PS. Puis, après un passage express dans le service d’ordre de François
Hollande dans la foulée, il devient un an plus tard l’éphémère chauffeur du ministre Arnaud Montebourg. L’expérience durera 7 jours: il est licencié pour une tentative de délit de fuite après un accident. Faux pas dont il mettra plusieurs
années à se relever. Jusqu’au jour où En marche! vient le chercher pour assurer la sécurité de son candidat à la présidentielle de 2017. Un certain Emmanuel Macron.

Je n’ai rien à perdre. Ça donnera ce que ça donnera

Alexandre Benalla

Entre eux, le courant passe assez vite. Et plutôt bien. À tel point que, le jour où son champion est élu, Alexandre Benalla juge naturel de le suivre à l’Élysée. Quitte à retarder encore de quelques années le destin politique qu’il s’est
imaginé. «En fait, normalement, j’aurais dû être candidat à la candidature aux législatives, regrette-t-il aujourd’hui. Je visais la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis». Mais Montreuil, la terre d’élection de
l’ancien socialiste Razzy Hammadi, n’a finalement pas basculé côté macroniste en 2017. C’est même le contraire: l’Insoumis Alexis Corbière y a distancé son adversaire LREM Halima Menhoudj, pourtant adjointe au maire, de plusieurs milliers
de voix au second tour.

Pas de regret, donc, pour Alexandre Benalla. Tout compte fait, c’est d’ailleurs sur la commune voisine de Saint-Denis qu’il entend désormais jeter son dévolu. En rupture avec l’ensemble de la macronie – à commencer par le président de
la République, à qui il n’aurait pas adressé la parole depuis près d’un an -, le jeune homme de 28 ans considère qu’il a assez reculé. Et qu’il est temps de sauter le pas. «Je n’ai rien à perdre. Ça donnera ce que ça donnera»,
répète-t-il à l’envi, en petit comité. En attendant la fin du mois de janvier 2020, date à laquelle il envisage de déclarer officiellement sa candidature aux municipales de mars prochain, il «fait énormément de terrain».

Préparer le «terrain»

Le «terrain», il ne se contente pas d’en faire: il le prépare, aussi. Et il y a du travail. Pour pouvoir s’inscrire sur les listes électorales – une première étape indispensable -, Alexandre Benalla, qui réside au Maroc,
a dû chercher un logement dans la ville. Il en a récemment trouvé un, non loin du Théâtre Gérard-Philipe. Mais pas question, pour l’instant, d’y vivre à plein temps. De toute façon, les Dionysiens ne le lui reprocheront pas:
ils ne l’avaient encore jamais vu dans leur ville avant le mois de juin dernier. Ce jour-là, Alexandre Benalla accompagne sa femme, enceinte de leur deuxième garçon, au marché de Saint-Denis.

Originaire de la ville de Stains et du quartier du Franc-Moisin, l’épouse de Benalla y a gardé ses habitudes. Même si le contexte a légèrement changé pour elle. «J’étais Johnny Hallyday au milieu du Stade de France», s’émerveille
son mari, qui prétend avoir fait «des centaines de selfies» avec «des mères de famille, des commerçants, des jeunes, des moins jeunes…»

Quelques jours plus tard, il renouvelle donc l’expérience. Il s’interroge sur les raisons du succès qu’il rencontre, et qui étonne y compris les témoins de ses déambulations. «En discutant avec les gens, (je me suis aperçu) qu’il y a eu une forme d’identification. […] Ils se sont dit “si les médias l’ont traité comme ils nous traitent nous, ça doit forcément être quelqu’un de bien”»,
analyse-t-il.

Saint-Denis coche tous les indicateurs de difficulté: chômage, insécurité, communautarisme, pauvreté, éducation… Elle est en rouge partout. Pourtant, elle a un potentiel extraordinaire

Alexandre Benalla

Ragaillardi par sa popularité, il multiplie les déplacements. Au risque d’agacer les candidats déjà déclarés. Notamment Alexandre Aidara, qui a été investi par La République en marche en juillet dernier, après avoir déjà brigué
la 6e circonscription de Seine-Saint-Denis en 2017. «Heureux» que sa commune soit «en ce moment au centre de l’attention médiatique», il s’est fendu d’un communiqué pour «inviter l’ensemble des rédactions à s’intéresser aux initiatives locales […] plutôt qu’aux supputations et à la surenchère».

L’initiative fait sourire Alexandre Benalla. Mais l’intéressé n’y prête pas beaucoup d’attention. Il entend plutôt faire campagne en ciblant les communistes. «Ils sont au pouvoir depuis 1912, donc depuis 107 ans. Leur bilan c’est: insalubrité, insécurité, abstention»,
assène-t-il. Il souligne que Didier Paillard, le maire PCF (remplacé en 2016 par Laurent Russier),
a été élu en 2014 avec seulement 9209 voix sur les quelque 43.200 inscrits. Soit un peu plus 20% des électeurs. «Saint-Denis coche tous les indicateurs de difficulté: chômage, insécurité, communautarisme, pauvreté, éducation… Elle est en rouge partout. Pourtant, elle a un potentiel extraordinaire»,
poursuit-il.

Il ne s’est pas encore déclaré, mais Alexandre Benalla parle déjà comme un candidat. Il s’habille comme un candidat, aussi. Costume et cravate sombres, chemises blanches brodées, au niveau des côtes, de ses initiales «AMB»
– pour Alexandre Maroine Benalla, le prénom que lui avait donné son père marocain avant que sa mère n’en change.

Pour sa campagne, qu’il entend mener plutôt au centre droit, Alexandre Benalla s’est d’ailleurs fixé une ligne de conduite simple: celle du « macronisme originel »

Sur les réseaux sociaux, où il est apparu pour la première fois il y a quelques mois, il essaie de se comporter comme un responsable politique. Systématiquement armé de ses deux téléphones, il passe son temps à réagir à
l’actualité. Il y va de son commentaire sur tel sujet. De son analyse sur tel autre. Parfois, il publie des photomontages empruntés à des internautes, où on le voit vêtu d’une écharpe tricolore de maire… «Être Dyonisien (sic), ce n’est pas être né à Saint-Denis, c’est y renaître»,
a-t-il brièvement écrit dans sa biographie Twitter, avant de retirer la phrase. Il a compris que se contenter d’une campagne décalée sur les réseaux sociaux ne le mènerait pas très loin. Alors il a décidé de commencer
à s’entourer d’experts pour le conseiller en matière de communication.

Il s’est aussi intéressé de plus près à la «troisième ville d’Île-de-France» – après Paris et Boulogne-Billancourt -, dont il loue le dynamisme. Desservie par «tous les types d’axes de transports»
– de l’autoroute au métro en passant par le TER ; «hyperconnectée» avec une population jeune ; dotée d’un important «pôle universitaire» avec Paris-VIII ; et d’un «centre d’imagerie»
le frère du président, Laurent Macron, vient exercer trois fois par semaine… Mais ça n’est pas tout. Alexandre Benalla cite également la basilique, qui abrite la nécropole des rois de France, et qui devrait être un «haut lieu du tourisme francilien». «Il devrait y avoir des centaines de bus et de cars, […] et il y a zéro touriste»,
fustige-t-il. Idem avec le Stade de France, où «les Bleus ont remporté la Coupe du monde en 1998»,
et dont il faudrait se servir pour «valoriser la ville».

Au centre droit

Quant à la Cité du cinéma, il l’imagine bien «devenir un Musée international du cinéma, ou accueillir un Festival international du film… Voire des écoles…» Et puis il y a enfin les Jeux olympiques de 2024, en vue desquels il espère que l’État injectera de l’argent afin de moderniser les équipements.

Cette énumération de jolis symboles, Alexandre Benalla sait qu’elle ne suffira pas à faire un programme. Ni même à constituer une liste. Alors il poursuit «les réunions d’appartements», il continue de visiter
«les quartiers», il fait «des sorties d’écoles»… Il fédère «une petite équipe d’une dizaine de personnes», qui planche sur son projet. Et il se cherche des colistiers. Il lui en faut 54
au total. Il jure en avoir 38, mais il ne donne aucun nom. Tout juste reconnaît-il être très loin d’atteindre la parité, pourtant imposée par la loi.

Officiellement, ses anciens camarades macronistes prétendent tous n’avoir aucun commentaire à faire sur sa démarche. Mais hors micro, les langues se délient. Certains s’inquiètent d’une «grenade dégoupillée»,
qui aurait «deux livres en cours d’écriture». D’autres redoutent que, «sur un malentendu», il parvienne à se faire élire à Saint-Denis.

Pour sa campagne, qu’il entend mener plutôt au centre droit, Alexandre Benalla s’est d’ailleurs fixé une ligne de conduite simple: celle du «macronisme originel». «La gauche du cœur, la droite des valeurs. La gauche sans le laxisme, la droite sans le racisme»,
plaisante-t-il avec ses proches. C’est d’ailleurs là, son principal problème: Alexandre Benalla plaisante beaucoup. Peut-être un peu trop. Même quand il évoque son calendrier judiciaire, il ne semble pas inquiet.
Il est bien le seul.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/34lmbGy

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