Le Centre Pompidou s’ancre à Shanghaï


Le Centre Pompidou s’ancre à Shanghaï:

REPORTAGE – Emmanuel Macron a inauguré mardi ce lieu dédié à l’art moderne et contemporain. Il a mis l’accent sur le rôle de la culture pour rapprocher la France et la Chine.

Envoyée spéciale à Shanghaï

«C’est la première fois qu’un grand musée international ouvre ses portes ici, en Chine, et donne à voir parmi les plus belles œuvres du XXe siècle», s’est félicité mardi le président Macron. Son tonique discours inaugural a ravi les représentants
des «plus de dix mille Français qui font vivre l’amitié franco-chinoise à Shanghaï ». Cet enthousiasme dépasse la communauté francophone: de Magda Danysz, la galeriste qui relie Paris à Shanghaï depuis dix ans, au pionnier
du marché de l’art sur le continent chinois, le Suisse Lorenz Helbling (sa galerie ShanghArt est pile en face du Centre Pompidou × West Bund). C’est un vieux rêve qui date de la fin des années Chirac et du 30e anniversaire de Beaubourg. Ce
symbole parisien incarne «une vitrine culturelle d’excellence qui fascine encore la Chine, mais elle apprend vite!», souligne avec réalisme un des membres de la délégation officielle.

Dix ans de négociations

Après dix ans de négociations avancées, puis interrompues, puis reprises, puis vacillantes, voici ce projet franco-chinois qui prend enfin racine, avalisé par un dialogue au plus haut niveau entre les présidents Xi Jinping et Emmanuel Macron.
Il prend place dans l’austère bâtiment de 25.000 m2 conçu, avant tout accord, par l’architecte britannique David Chipperfield. Carré et gris côté avenue, ouvert et lumineux côté fleuve, le Centre Pompidou × West Bund est officiellement né
mardi 5 novembre, sur cette partie nouvelle de Shanghaï qui longe le fleuve vers l’ouest et se développe comme un «couloir culturel», narguant la spéculation immobilière qui fait pousser des tours partout ailleurs. Ce «couloir culturel» existe
déjà en pointillé, il se rêve en «Museum Mile» à l’américaine.

Au coin de la rue plantée de jeunes arbres, voici le Yuz Museum du milliardaire indonésien Budit Tek, qui a fait l’événement en janvier 2016 avec «la plus grande exposition Giacometti au monde et la première en Chine». Juste à côté du Centre Pompidou × West Bund, voici le Tank, le centre d’art ouvert en mars par le Pékinois Qiao Zhibing,
le roi de l’«entertainment» (karaokés à la chaîne), qui a transformé les cinq citernes du premier aéroport militaire de Chine en un ensemble design à l’architecture spatiale. C’est là qu’a eu lieu mardi le déjeuner présidentiel réunissant,
autour d’Emmanuel et Brigitte Macron, un petit comité d’artistes chinois. Ceux de Paris comme Shen Yuan, la veuve de l’artiste Huang Yong Ping récemment disparu, et Yan Pei-Ming, peintre d’histoire né dans un Shanghaï pauvre, où il a désormais un royal atelier. Ceux de Chine, le peintre Zeng Fanzhi, installé à Pékin, ou Zhang Huan, figure de la performance, qui a transformé
une usine à deux heures de Shanghaï en cité de l’art avec jardins.

Des prêts importants

Jusqu’à ce 5 novembre, peu avait filtré sur le contenu d’un Centre Pompidou en mission culturelle hors sol, dont le programme est forcément lié à la politique. Beaubourg doit répondre à une succession d’impératifs délicats. La soif chinoise de
chefs-d’œuvre de l’art moderne (ils sont là, de Brancusi à Picasso). Le tact qui contourne avec brio les interdits (l’art vidéo contemporain de Bruce Nauman ou Tony Oursler s’y prête bien). Et l’exemple d’un modèle qui sait relire ses collections
avec esprit et pédagogie. Ce partenariat inédit laisse la direction du lieu à l’opérateur chinois représentant le West Bund. Il engage Paris pour cinq ans à des prêts importants qui se succéderont en trois vagues. Les Français ont joué le
jeu, qui ont prêté un de leurs deux Mondrian, un de leurs deux Jackson Pollock, pour «The Shape of Time», qui raconte avec talent l’art moderne et ses révolutions plastiques.

«Dialogue», «partage», «compréhension», «temps long», «amitié», les trois discours successifs – l’opérateur chinois, le président du Centre Pompidou, Serge Lasvignes, et le président de la République
– ont chacun manié le «positive thinking», la métaphore et la litote en ce jour d’exception. L’art est rarement de tout repos lorsqu’il bouleverse l’histoire des idées. La preuve par les avant-gardes russes ou Marcel Duchamp!

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/34EEw1d

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