Après la «parole rare», Emmanuel Macron opte pour le silence rare


Après la «parole rare», Emmanuel Macron opte pour le silence rare:

ANALYSE – Depuis la rentrée, le président de la République enchaîne les interventions dans les médias. Il refuse cependant de s’exprimer, devant tous les Français, sur l’islam et la laïcité.

Le premier jour, il parle au Time. Le deuxième, il est sur Europe 1. Le troisième, on l’entend sur RTL. Le quatrième, il apparaît dans Valeurs actuelles. Le cinquième, on le lit dans The Economist. Le sixième, on le retrouve
sur RTL. Et même le septième jour, il ne chôme pas… Il parle encore. Il parle tout le temps, mais pas de tout. Capable d’aborder pêle-mêle l’Otan, la trajectoire budgétaire et Michel Platini dans une même journée, il se borne à refuser de prononcer le fameux grand discours promis de longue date sur l’islam et la laïcité.

«Il y a un décalage considérable entre, d’un côté, la multiplication des prises de parole sur des sujets sur lesquels on ne lui demande rien, et, de l’autre, une absence de prise de parole solennelle sur un sujet sur lequel il est très attendu»,
tranche, cinglant, un historique de la campagne. «Il utilise tellement de canaux sectoriels différents que ça pose une question: à quel moment parlera-t-il à tous les Français en même temps?», abonde un Marcheur de la première heure.

«Faire venir les citoyens dans la cuisine»

Conscient de n’être pas divin, Macron avait bien tenté, durant un temps, de se comporter comme un président «jupitérien». Sous l’influence, notamment, de son ancienne plume, Sylvain Fort. «La parole présidentielle est faite pour s’adresser à la nation, c’est-à-dire à cette part de nous qui, consciemment ou non, nous fait dire que nous sommes Français»,
résume ce dernier au Figaro. En témoignent les premiers mois du quinquennat, au cours desquels le chef de l’État s’est muré dans une sacro-sainte «parole rare». Quitte à balayer la traditionnelle interview du 14-Juillet.

Parfois, même la parole du premier ministre ne suffit pas

Un conseiller

Mais son silence ayant été interprété comme une absence, les Français l’ont sévèrement sanctionné dans les sondages au sortir de l’été 2017. Le chef de l’État a donc peu à peu été contraint de revoir sa stratégie de communication qui, de l’aveu
même de son entourage, est «en constante évolution». «Parfois, seule sa parole compte», constate un conseiller. «Parfois, même la parole du premier ministre ne suffit pas. À Rouen, par exemple, après l’incendie de Lubrizol, il a fallu la venue et la parole thaumaturge du président pour apaiser la situation.» Résultat, lui qui exigeait lors de ses premiers vœux à la presse, que les médias s’intéressent «aux textes» et qu’ils renoncent «au contexte», a diamétralement évolué sur ce point.

L’un de ses plus proches compagnons de route le reconnaît d’ailleurs volontiers. «Il est important de faire venir les citoyens dans la cuisine, avec le gouvernement, plutôt que de les laisser attendre dans la salle à manger.» Selon
ce conseiller, agir ainsi en début de mandat s’est révélé contre-productif. «Vos invités sont venus pour passer un moment avec vous, et vous vous restez enfermé dans la cuisine. Or tout à coup, après un temps d’attente infini, on leur sert un plat… qu’ils ne trouvent pas bon, parce qu’ils ne savent pas ce que vous avez fait. Et donc ils repartent insatisfaits»,
résume-t-on de même source.

Avant d’indiquer la conclusion, qui s’est imposée d’elle-même. «Il y a un besoin de faire entrer les citoyens dans la cuisine, c’est-à-dire de les associer davantage: dans la conception et dans le résultat.»

«Changement de méthode»

En clair, il s’agit de mettre la lumière sur les coulisses. Une pratique qu’Emmanuel Macron conspuait hier, mais dont il constate, avec regret, que le rythme médiatique le lui impose. «Parfois, un micro tendu à l’ONU, un son dans un avion, ou même un tweet, ont plus d’impact qu’un grand discours ou un grand débat»,
déplore un proche. Pour donner corps à ce «changement de méthode», rebaptisé «acte II», Emmanuel Macron a installé un nouveau tandem à la tête de la communication de l’Élysée.

Le président ne peut pas tout faire et il ne peut pas tout dire

Un conseiller

Nathalie Baudon – en charge des questions internationales – et son homologue Joseph Zimet ont des parcours et des profils différents mais une même mission: casser l’image de président trop vertical qui colle à la peau du chef de l’État
depuis le début du quinquennat.

Ces derniers s’y sont employés depuis la rentrée, en assouplissant l’accès des journalistes à Emmanuel Macron – reçus à plusieurs reprises dans son avion en marge de déplacements. Une difficulté demeure toutefois, comme l’admet un conseiller
élyséen: «On a du mal à organiser la nécessaire subsidiarité gouvernementale. Le président ne peut pas tout faire et il ne peut pas tout dire». Le rappel est salutaire.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/32r88he

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :