L’antibiorésistance traquée dans les gènes des bactéries


L’antibiorésistance traquée dans les gènes des bactéries:

Si rien n’est fait pour lutter contre ce phénomène, il pourrait devenir l’une des premières causes de mortalité en 2050.

L’antibiorésistance est un phénomène naturel présent chez les bactéries et son développement n’est pas un phénomène nouveau. Les premières résistances à la pénicilline ont été identifiées dès les années 1940, rappelle le ministère de la Santé. Mais la
situation n’a pas cessé de s’aggraver. «Les premières bactéries multirésistantes (BMR) sont apparues dans les années 1970, et les bactéries dites hautement résistantes surgissent dans les années 2000», poursuivent les autorités.

Au point qu’en 2015, le rapport de l’économiste britannique Jim O’Neill, provoque un électrochoc. Il explique qu’à ce rythme, l’antibiorésistance pourrait redevenir une des premières causes de mortalité dans le monde en provoquant jusqu’à 10 millions
de morts en 2050. Plus que le cancer.

Chercher des gènes résistants dans les eaux des égouts n’est pas nouveau. Mais ce qui est intéressant, c’est que ce travail a été mené simultanément avec la même méthode dans sept pays différents.

Yves Levi, professeur de santé publique–environnement à la faculté de Pharmacie (université Paris-Sud)

Or, si le phénomène est connu, il n’est pas toujours bien mesuré. C’est tout l’intérêt de la dernière étude sur ce sujet publiée dans la revue Science Advances. Des scientifiques de sept pays européens sont allés chercher des gènes de bactéries résistantes
là où il est relativement aisé de les trouver, à l’endroit où se rassemblent les éléments pour que le phénomène puisse être mesuré: dans les eaux usées traversant les stations d’épuration. «Chercher des gènes résistants dans les eaux des égouts n’est
pas nouveau, souligne Yves Levi, professeur de santé publique-environnement à la faculté de Pharmacie (université Paris-Sud). Mais ce qui est intéressant, c’est que ce travail a été mené simultanément avec la même méthode dans sept pays différents.»

Deux groupes de pays

Sans surprise, les premiers résultats montrent un lien direct entre la consommation d’antibiotiques et la quantité de bactéries résistantes retrouvée. Les chercheurs ont ainsi pu établir deux groupes avec d’une part les pays du Sud (Espagne, Portugal et Chypre), plutôt gros consommateurs de ces médicaments où l’on retrouve un grand nombre
de bactéries résistantes, et de l’autre ceux du Nord (Finlande, Norvège, Allemagne et Irlande) où la consommation d’antibiotiques est moindre, tout comme les éléments de preuve de l’existence de bactéries résistantes.

«C’est une très bonne étude», confirme Christophe Dagot, professeur à l’université de Limoges, qui propose une même méthode pour tous les laboratoires là où, jusqu’à présent, chacun avait tendance à faire ses tests de façon autonome, produisant
des mesures souvent spécifiques et donc compliquant une analyse globale de la problématique.

L’étude montre qu’il n’y a pour le moment pas de corrélation forte entre anti­biorésistance et antibiotiques de deuxième génération.

Deuxième point intéressant, elle montre qu’il n’y a pour le moment pas de corrélation forte entre antibiorésistance et antibiotiques de deuxième génération. Seules les résistances aux premiers mis sur le marché ont été majoritairement détectées.
Enfin, si l’on connaît l’existence de l’antibiorésistance, «il n’y a pas d’indicateur incontestable pour la mesurer à l’instar des degrés Celsius pour la température ou du pH pour indiquer l’acidité de l’eau. Ce que proposent ici les chercheurs,
c’est d’utiliser un ou deux gènes comme référence, ce qui offrirait un bon indicateur», précise Christophe Dagot.

Si les stations d’épuration, selon leur ancienneté et les techniques utilisées, traitent plus ou moins bien les bactéries résistantes, l’étude montre malgré tout «qu’il y a moins de bactéries résistantes à la sortie qu’à l’entrée. C’est aussi un point important, car on craignait au contraire qu’il y ait une augmentation systématique du nombre des gènes résistants», explique encore
le chercheur. Dans l’étude, ça n’est le cas que très partiellement dans une station au Portugal. «Il faudrait regarder ce cas de plus près», soulignent les scientifiques ; peut-être est-ce lié aux installations, à la proximité d’un
hôpital…

Pas de solutions simples

«Nous avons mené une étude équivalente baptisée “Sipibel” en Haute-Savoie en suivant durant quatre ans l’évolution des résistances dans les effluents de l’hôpital Alpes-Léman, raccordé à une station séparée de celle de la communauté de
communes, qui a également fait l’objet d’une étude. Il y a plus de bactéries multirésistantes du côté de l’hôpital mais les effluents urbains présentent une plus grande diversité de résistance», souligne Christophe Dagot. Mais surtout,
«nous arrivons aux mêmes conclusions que l’étude européenne, ce qui est plutôt bon signe», se félicite le chercheur, qui regrette toutefois que la France n’ait pas choisi d’y participer.

On peut tout passer à la Javel et tuer toutes les bactéries, mais le chlore génère des sous-produits cancérigènes. Il faut donc trouver le bon équilibre bénéfices-risques.

Christophe Dagot, professeur à l’université de Limoges

Quant aux solutions techniques pour éliminer les bactéries résistantes, elles ne sont pas simples. «On peut tout passer à la Javel et tuer toutes les bactéries, mais le chlore génère des sous-produits cancérigènes. Il faut donc trouver
le bon équilibre bénéfices-risques», insiste Christophe Dagot.

Le ministère de la Transition écologique et solidaire, via l’Agence française de la biodiversité, a diligenté une revue systématique de la littérature dont les résultats sont attendus pour cette année et qui proposera les pistes les
plus pérennes actuellement.

En attendant, les solutions passent donc toujours par les recommandations classiques de consommer moins d’antibiotiques. Côté animal, les vétérinaires ont fait de gros efforts avec déjà une diminution de 20 à 30% de la consommation.
Pour les personnes malades, les tests, désormais remboursés, pour vérifier si une angine est d’origine bactérienne ou virale, ce qui dans ce cas ne nécessite pas l’usage d’antibiotiques, vont également dans le bon sens.

Et même si notre pays n’est pas dans l’étude, il est vraisemblable qu’il aurait fait partie de la catégorie des pays du Sud qui doivent impérativement accentuer leurs efforts pour diminuer leur consommation.


Environ 12.500 morts en France chaque année

«En France, chaque année, plus de 150.000 patients développent une infection liée à une bactérie multirésistante, et plus de 12.500 personnes en meurent», expliquait, en 2015, un rapport par le ministère de la Santé à l’Alliance
mondiale contre la résistance aux antibiotiques. «Au coût humain s’ajoute un coût économique considérable, porté notamment par la surconsommation française d’antibiotiques», ajoutait ce document.

Des travaux d’une équipe de chercheurs de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, de l’Inserm et de l’Institut Pasteur publiés récemment montrent que pour les malades hospitalisés le surcoût lié aux infections à bactérie
résistante est en moyenne de 1100 euros par séjour à l’hôpital soit un peu moins de 300 millions par an. Les infections urinaires, respiratoires et intra-abdominales en constituent les deux tiers. Elles sont dominées par les
bactéries E. coli, les staphylocoques dorés et les bactéries pyocyaniques.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2X7o1Zn

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