Les djihadistes ne sont pas des loups solitaires


Les djihadistes ne sont pas des loups solitaires:

Une étude a répertorié 88 attentats ou tentatives d’attentats en France depuis 2015, impliquant 163 individus. Elle dresse un portrait de la vague djihadiste qui a frappé notre pays.

Quel portrait dresser de la vague d’attentats qui a frappé la France? S’il est sans doute trop tôt pour tirer des conclusions définitives, Xavier Crettiez et Yvan Barros, qui se sont attelés à renseigner toutes les tentatives abouties ou avortées d’attaques terroristes d’inspiration islamiste depuis 2015, livrent dans une note scientifique publiée par la chaire citoyenneté de Science Po Saint-Germain-en-Laye, une approche très instructive du visage de cette menace djihadiste. Sur la période étudiée, les deux chercheurs ont répertorié au total 88 attentats aboutis, échoués ou déjoués, impliquant 163 individus. Leurs conclusions montrent que loin d’être unique dans sa forme, la vague djihadiste suit certaines logiques en matière de violences politiques.

Qui sont les cibles?

Premier constat, si la rhétorique radicale présente bien souvent l’action violente comme une réponse à l’action militaire de la France, les premières victimes des terroristes sont bien les civils. Les forces de l’ordre sont bien les plus visées, représentant 44% des cibles contre 31% pour les civils. Mais ces derniers constituent 95% du total des victimes. «En acceptant une violence intentionnelle à l’encontre des civils sans lien direct avec le conflit syrien qui les anime, les acteurs djihadistes signent la réalité terroriste de leurs actions, plus qu’ils ne s’inscrivent dans une guerre contre les autorités françaises», analysent les auteurs de l’étude.

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Avec quelles armes?

Autre enseignement, les attentats projetés ne correspondent pas toujours aux souhaits initiaux de leurs auteurs. On observe un décalage entre les armes envisagées pour commettre un acte terroriste et celles effectivement utilisées. Les écoutes montrent que les terroristes privilégient les armes à feu et les explosifs (25 et 22%), tandis que les armes blanches et la voiture bélier arrivent nettement après (14 et 4%). Dans les faits, on s’aperçoit que les armes blanches sont utilisées dans près de la moitié des actes (48%). Suivent ensuite les armes à feu (28%), explosifs (17%) et véhicules (7%).

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Les auteurs de l’étude estiment ainsi qu’entre les intentions et les faits, les terroristes sont contraints à «un repositionnement plus pratique [des] velléités violentes qui passe par l’usage d’armes aisément disponibles». En d’autres termes, les terroristes agissent avec ce qu’ils ont sous la main. Autre explication: les attentats impliquant des armes plus difficiles à trouver sont plus facilement déjouables par les forces de police.

Enfin, fait notable, l’attentat djihadiste implique presque automatiquement la mort du terroriste: 91% décèdent lors des attentats réalisés, tandis que 87% des auteurs d’attentats échoués sont arrêtés vivants.

Qui sont les terroristes?

Sans grande surprise, les individus impliqués sont majoritairement des hommes (86%). On note un plus fort taux de converties chez les femmes (35%) contre 15% pour les précédents. Les terroristes sont jeunes, en moyenne âgés de 25 ans. 16% sont des mineurs
tandis que 13% ont plus de 36 ans. Cette jeunesse s’explique par leur «disponibilité» mais aussi «l’état d’esprit contestataire et une appétence pour la violence, propre à la jeunesse». Seulement, sur la durée de l’étude, l’âge moyen
des djihadistes a plutôt tendance à augmenter légèrement au fil du temps.

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Quels liens avec la délinquance?

Sur la violence des individus, on note que sur les 24 auteurs d’attentats parvenus à leurs fins, 13 avaient un passé de délinquant. Mais sur les 99 impliqués dans des attentats échoués, une majorité n’avait pas d’antécédent judiciaire. «Dans l’ancienne génération, celle d’al-Qaeda, on ne trouvait aucun délinquant, explique
Xavier Crettiez. Pour cette dernière génération, celle de l’État islamique, si la présence de délinquants est beaucoup plus prononcée, elle ne représente pas une majorité des cas.»

Les auteurs de l’étude notent une autre rupture avec les générations précédentes de djihadistes. Les terroristes liés à ces dernières avaient le plus souvent une expérience liée à l’étranger, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Cependant, avoir séjourné
dans une zone de conflit les rend plus dangereux, puisque 46% des individus impliqués dans un attentat abouti sont sortis des frontières françaises, notamment sur des zones de conflit.

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Des actions de groupe?

L’engagement dans la violence islamiste est souvent un processus collectif. La moitié des attentats ont été commis en groupe, et cela concerne les deux tiers des individus impliqués. Selon les auteurs de l’étude, le loup solitaire reste l’exception dans
l’attentat djihadiste. Il ne sont sans doute que trois à répondre à la définition, parmi lesquels deux sont des profils psychologiquement fragiles. Dans l’immense majorité des cas, il est possible de retrouver des liens sociaux expliquant l’engagement
radical.

Les chercheurs estiment que ce portrait de la violence djihadiste en France ne la place pas dans une catégorie à part. Au contraire. Xavier Crettiez, qui a travaillé sur d’autres formes de terrorisme, note que l’on retrouve par exemple «beaucoup de fratries dans les violences politiques basques, comme chez les djihadistes. Chez les Basques, l’usage d’internet s’est également très développé, notamment sur les réseaux sociaux. L’usage de l’iconographie, également, a été un vecteur très puissant en Irlande du Nord, que l’on pourrait rapprocher de films djihadistes, dans leur volonté de pousser à la violence politique. On trouvera aussi de nombreux délinquants chez les Basques ou les unionistes en Irlande du Nord, par exemple.» Singularité
cependant, les islamistes radicaux semblent plus souvent venir de familles fragilisées ou décomposées que les autres auteurs de violences politiques.

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