Liban: la déconfiture des banques traduit l’ampleur de la crise économique


Liban: la déconfiture des banques traduit l’ampleur de la crise économique:

Si les manifestations qui se déroulent sans discontinuer depuis un mois sont le visage de la révolution systémique qu’est en train de vivre le Liban, la fermeture des banques pendant cette période en …

Si les manifestations qui se déroulent sans discontinuer depuis un mois sont le visage
de la révolution systémique qu’est en train de vivre le Liban, la fermeture des banques pendant cette période en est le signe le plus flagrant. Cela n’était jamais allé jusque-là, même aux pires heures de la guerre de 1975-1990.

L’ouverture des agences pendant une brève semaine les a exposées à la frustration des clients dont la quasi-totalité des transactions en devises sont refusées. Des vidéos montrant des scènes de scandales voire des violences aux guichets se sont
répandues comme une traînée de poudre, justifiant une clôture pour raisons de sécurité.

Ces mesures contribuent à entretenir l’idée que le problème est grave, mais passager, alors qu’en réalité le pays est confronté à une crise sans précédent. Elle se traduit par une crise de liquidités et de solvabilité du secteur bancaire ; une
dévaluation de facto de la livre – elle a perdu 20 à 25% de sa valeur sur le marché non bancaire – alors que sa stabilité a été le principal objectif de la politique monétaire des vingt-cinq dernières années. Quant à la banqueroute de l’État,
elle est jugée inévitable par de nombreux experts. Le Trésor n’a en tout cas plus recours aux marchés depuis deux ans déjà. La banque centrale s’y substitue en mobilisant ses réserves en devises constituées à un coût de plus en plus exorbitant:
elle offre un rendement approchant les 15% sur trois ans sur le dollar. La dette de l’État libanais, qui est déjà l’une des plus élevées au monde (152% du PIB), s’ajoute ainsi à la dette de la banque centrale (98% du PIB), sans parler des
dettes des entreprises et des ménages qui représentent 91% du PIB.

Les banques ont, depuis des années, privilégié leurs profits à la prudence en matière d’allocation d’actifs.

Un banquier

«Les gens pensent que les banques sont fermées à cause de la révolution, ils ne voient pas que tout le secteur bancaire doit être fortement recapitalisé et qu’ils vont perdre une partie de leurs dépôts, c’est à devenir fou, s’affole l’un
des rares banquiers qui accepte de sortir des rangs sous couvert d’anonymat. La crise de liquidités n’est pas seule en cause. Le problème est semblable à la grande crise de 2008 aux États-Unis, il tient à la rupture de l’équilibre entre les dépôts et leur emploi et aux écarts de maturité. Les banques ont, depuis des années, privilégié leurs profits à la prudence en matière d’allocation d’actifs.»

L’économie libanaise est «dollarisée» à plus de 70 %. Or les liquidités en devises encore disponibles dans le système financier sont évaluées, dans le meilleur des cas à 10 milliards sur un total d’actifs de 262 milliards de dollars. Cela représente
six mois d’importations, sachant que la grande majorité des biens consommés au Liban viennent de l’étranger, l’agriculture ne représentant plus que 2,9 % du PIB et l’industrie 8 %.

Déséquilibre structurel

En clair: le Liban consomme des dollars sans compter depuis trois décennies, sans les investir dans des secteurs en mesure de les restituer un jour. Mais ce déséquilibre structurel qui se traduit par un déficit record de la balance courante
– 22 % du PIB – a été couvert sur la période par des entrées massives de capitaux. Car l’émigration continuelle des Libanais, «premier produit d’export» du pays, se traduit par un niveau record de remises d’expatriés vers leur
pays d’origine. S’y ajoutent des transferts spéculatifs entretenus par la grasse rémunération des dollars entrant dans le pays (avec un bonus pour les dollars convertis en livres).

La classe politique libanaise a prouvé son incapacité à réformer sa pratique du pouvoir.

Le modèle a failli rompre à plusieurs reprises, mais il a été sauvé par des injections de capitaux, notamment en 2002, lors de la conférence de Paris 2 qui a mobilisé la communauté internationale au chevet du Liban, ou après 2008, lorsque
de nombreux Libanais ont déserté les places financières internationales en crise au profit du juteux havre beyrouthin. Depuis 2011 cependant, la pompe à dollars ne fonctionne plus et le déficit va croissant. Alors que les besoins de financements
de l’économie sont de 15 milliards de dollars par an, les entrées n’ont cessé de diminuer pour en couvrir moins de la moitié. Pour la réactiver, le gouverneur de la banque centrale a multiplié les ingénieries financières coûteuses et opaques.
En vain.

La dernière tentative de sauvetage de ce modèle insoutenable remonte à la conférence CEDRE organisée à Paris en avril 2018.
Elle reposait sur la promesse de prêts subventionnés en échange de réformes structurelles et d’un ambitieux ajustement budgétaire. Mais la classe politique libanaise, dont le mode de fonctionnement collégial (le gouvernement rassemble
toutes les forces politiques dotées de droits de veto réciproques) est basé sur la captation des ressources de l’État, a prouvé son incapacité à réformer sa pratique du pouvoir et s’est révélée a fortiori incapable d’empêcher l’effondrement
du système économique et financier.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2Kq9q5M

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