Le mystère du vieillissement musculaire enfin élucidé


Le mystère du vieillissement musculaire enfin élucidé:

SANTÉ – CaVBeta1E. C’est le nom de la protéine qui, redonnée aux personnes âgées, pourrait permettre de maintenir leur masse musculaire.

Moins forts, moins vifs, moins coordonnés, c’est un fait, passé la cinquantaine les muscles vieillissent. Leur capacité de renouvellement s’érode lentement. Entre 30 et 80 ans, on estime qu’un individu moyen perd environ 30 % de sa masse musculaire.
Pas seulement du volume d’ailleurs, de la force aussi. Après 75 ans la perte fonctionnelle est d’environ 3 % par an. Un peu moins chez les femmes (2,5 à 3 %), un peu plus chez les hommes (3 à 4 %). Mais ces derniers partent en général d’une masse musculaire plus
importante à 40 ans. Les femmes vivant plus longtemps sont en fait plus susceptibles de souffrir un jour de sarcopénie, le nom donné au phénomène.

La sarcopénie est même une maladie, depuis 2016, selon l’Organisation mondiale de la santé. Elle touche actuellement environ un Européen sur cinq de plus de 55 ans (30 millions d’ici à 2045). Un défi pour la santé publique. «Effectivement l’enjeu de santé publique est majeur car la perte de force musculaire est la principale cause de chute chez le sujet âgé»,
explique France Pietri-Rouxel, de l’Institut de myologie (créé par l’AFM-Téléthon), directeur de recherche au CNRS (Inserm-Sorbonne université). Les résultats des travaux qu’elle a dirigés chez la souris grâce à un important financement de Malakoff Médéric, ont
été publiés le 6 novembre dans la revue internationale Science Transnational Medicine. Ils décrivent une protéine qui joue un rôle crucial dans la préservation musculaire: la protéine CaVBeta1E.

«Un muscle a besoin d’être en connexion avec un motoneurone, un peu comme une prise électrique, si on le débranche, il s’atrophie et dégénère, explique France Pietri-Rouxel. Par exemple lorsqu’on est immobilisé avec un plâtre, la masse musculaire diminue rapidement, elle sera restaurée ensuite avec l’exercice.» Ce n’est pas un hasard si le meilleur moyen de conserver au mieux ses muscles est de les faire travailler (une marche quotidienne, de la danse, du taï-chi, du yoga, etc.).

Dans les muscles des souris âgées, le mécanisme CavBeta1E/GDF5 est défaillant : le bouchon de la baignoire fuit et le niveau baisse. L’idée a été de venir remettre la CavBeta1E ou le GDF5 pour colmater la fuite

Pourtant la perte de la masse musculaire finit par s’autolimiter ce qui intrigue les spécialistes du vieillissement. «On s’est demandé pourquoi les muscles des souris qui avaient subi une altération des motoneurones et qui avaient perdu 50 % de leur masse musculaire en six mois n’en perdaient pas davantage dans les six mois suivants, il devait forcément y avoir un mécanisme de compensation»,
se souvient France Pietri-Rouxel. «On découvre alors qu’une protéine embryonnaire reprend du service!»

Il s’agit de la protéine CaVBeta1E dont le rôle chez l’embryon est de stimuler la prise de masse musculaire et de connecter correctement les jonctions neuromusculaires (les prises électriques!). Pour les chercheurs français, «c’est la découverte d’un chaînon manquant entre l’activité électrique défaillante et le mécanisme de compensation. La protéine CaVBeta1E s’exprime alors à nouveau dans le muscle adulte et active à sa suite une autre protéine circulante GDF5. Si l’on prend l’image de la baignoire qui se vide (le muscle diminue) alors ces deux protéines viennent mettre le bouchon pour stopper la fuite et maintenir le niveau.» Les chercheurs ont découvert que dans les muscles des souris âgées, le mécanisme CavBeta1E/GDF5 est défaillant: le bouchon de la baignoire fuit et le niveau baisse. L’idée a été de venir remettre la CavBeta1E ou le GDF5 pour colmater la
fuite.

Et ça marche! «En injectant les protéines CavBeta1E ou GDF5 à des souris âgées qui perdent de la masse musculaire, non seulement on arrête cette perte mais en plus on augmente leur force», note France Pietri-Rouxel. Elle vérifie dans
la collection de biopsies musculaires de l’Institut de myologie que cette même sous unité CavBeta1E est aussi diminuée chez l’homme. De plus, cette protéine est réduite proportionnellement à la réduction de la masse musculaire. Redonner
CavBeta1E ou GDF5 pourrait donc être une approche thérapeutique pour maintenir la masse musculaire chez les personnes âgées.

«La protéine GDF5 présente l’avantage de circuler dans le sang donc c’est une bonne candidate pour devenir si tout se passe bien un biomarqueur de sarcopénie, ajoute-t-elle. Ce sera peut-être un traitement de la sarcopénie, voire un jour de maladies neuromusculaire, puisqu’on sait la produire sous forme recombinante comme l’insuline».
Si tout se passe bien, notamment l’étape décisive des essais cliniques sur l’homme. «On espère les commencer dans deux ou trois ans», précise la chercheuse.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/33QtG8s

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