La Ve République handicape l’économie française


La Ve République handicape l’économie française:

Les institutions de Ve République desservent l’économie de notre pays, analyse Jean-Yves Archer. Il propose de faire de l’actuel système tentaculaire un Etat plus contenu. Explications.

Dans moins de trois semaines, un pan de l’Histoire de France va s’écrire. Si la pression sociale est telle que les principes qui régissent la politique économique sont sérieusement écornés – voire dénaturés – par les conséquences des mouvements de foules,
il y aura alors une consistante inflexion du mode de gouvernement de notre pays. Il peut valablement avoir un avant et un après
5 décembre 2019. Ce qui touchera directement une variable clef : la capacité à réformer du président de la République.

Plus précisément, cette date porte d’ores et déjà un effet pervers du quinquennat coagulé à l’impatience de l’opinion qui demande des résultats à l’Exécutif sous moins de trois ans.

Broyeur de talents

Entre la parution du
rapport Gallois en 2012 – cet acte de lucidité – et le début de l’efficience de la politique dite de « l’offre », il s’est passé un
laps de temps qui n’a pas permis au président d’alors d’être mis en situation d’être candidat à sa réélection.

Le quinquennat est donc, de manière éclatante, un handicap pour la France : il prive des hommes et des femmes compétents et courageux de la faculté de déployer leurs véritables talents. On a usé Nicolas Sarkozy, on a lessivé François Hollande et
la planche à savon est devant le déroulé actuel du mandat d’Emmanuel Macron. Qui oserait le nier à voir le climat de tensions qui décrit l’actualité sociale.

Je ne veux pas croire celles et ceux qui hurlent avec les loups et disent qu’en France plus personne n’a de devoir et que tous ne réclament que des droits. Cela me paraît excessif. La France en désarroi ne mérite pas d’être jaugée et scrutée d’un
coup de menton ou, pire, d’un haussement d’épaules.

Construction sur pilotis

L’économie politique n’est pas un terme neutre. De fait, le corpus constitutionnel qui forme l’ossature de notre vie politique dessert désormais l’économie. Ce que certains nomment l’Etat profond est piloté par des personnes qui sont soumises à la dictature
de l’événement. La Ve République est de facto une construction sur pilotis tant l’aigreur sociétale est cardinale. Il me semble opportun d’ouvrir, dans la perspective du débat électoral de 2022, la question de l’adaptation de nos institutions.

Cet appel se fait, dans mon esprit, sous l’égide des principes fondamentaux de la démocratie représentative. Il serait temps que certains politiques expliquent aux « gens » – pour prendre un vocabulaire cher à Jean-Luc Mélenchon
– que la démocratie directe voire révocatoire ne peut qu’engendrer encore plus d’instabilité dans la détermination des politiques publiques.

On gesticule fréquemment comme nous le démontre la crise hospitalière

Or, la transition écologique et la transformation numériques sont deux vecteurs d’une dynamique anxiogène tout autant que fascinante. Le doyen Henri Bartoli, Juste parmi les nations, a su écrire : « L’économie n’est pas la science de sujets isolés, mais de rapports sociaux de production et d’échange de sorte que sa dimension politique est fondamentale ».

Oui, certains lecteurs auront vu chez cet humaniste un emprunt à la grille de lecture marxiste ce qui ne l’a pas empêché de considérer qu’une société équilibrée devait avoir un Etat contenu et non un système tentaculaire qui bride ici l’initiative
privée et casse ailleurs l’efficience collective publique.

Le modèle social-démocrate de Jacques Delors est à bout de souffle. Il se noie dans ses propres tuyauteries. On ne gère guère, on gesticule fréquemment comme nous le démontre
la crise hospitalière. De nos jours, nous sommes les agents micro-économiques d’une société où la complexité
gluante autant qu’urticante s’immisce partout.

Economie libérale… et sociale

Si l’économie française se simplifiait, comme l’avaient habilement préconisé Thierry Mandon et Guillaume Poitrinal pour la sphère publique, et Antoine Riboud pour le management privé, alors nous pourrions avancer.

Avancer vers la détermination d’une politique économique plus libérale, mais sociale. Avancer vers une gestion publique dotée d’une vista plutôt que subissant la godille d’un pouvoir qui prend de front les événements. Mais il y a, dans notre inconscient
collectif, un sourd penchant pour la complexité. Pour l’heure, la politique économique porte la poisse à son objet principal qui est la maximisation du bonheur des habitants.

Pour ma part, plus j’avance dans certains travaux de finances publiques, plus j’observe posément les pertes en ligne. Jean Choussat, ancien directeur du Budget dans les années 1990 avait de grandes idées réformatrices et il y a bel et bien des marges
de manoeuvre pour clarifier l’allocation des ressources publiques. Au demeurant, si nous vivions avec une administration statique, nous serions un pays vulnérable doté d’un Etat incapable de redéfinir son périmètre d’activités.

Chantier qui peut avoir lieu au cours du temps qui reste au mandat dévolu à Emmanuel Macron. A défaut, bien des Français auront une phobie étatique croissante qui pourrait paradoxalement les conduire à délaisser les tenants de l’humanisme pour rejoindre
ceux qui prônent des schémas autoritaires. Schémas qui ne sont pas des solutions comme l’avait écrit, en son temps, Jean-François Revel.

Jean-Yves Archer est économiste, spécialiste des finances publiques. Il vient d’être nommé membre de la Société d’économie politique (SEP).

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Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/35egJG0

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