Dans un Iran coupé du monde, la crainte d’un bain de sang


Dans un Iran coupé du monde, la crainte d’un bain de sang:

L’internet ne fonctionne plus, Amnesty International affirme qu’au moins 106 personnes ont été tuées dans les émeutes.

Correspondante à Istanbul,

Lors des premières années de la République islamique, la censure cinématographique était dirigée par un religieux non-voyant qui décidait des scènes à couper.

L’absurdité de cette méthode à la cruauté aléatoire résonne comme un écho à l’Iran d’aujourd’hui, soumis à un filtrage sans précédent des réseaux de communication alors que le pays connaît un nouveau vent de révolte.

Depuis dimanche, le black-out sur l’internet est quasi total: comptes Twitter à l’arrêt, absence de doubles-coches (signal que le message est reçu) sur les messages envoyés via WhatSapp, youtubers abonnés aux absents. Sur facebook, seules
les vidéos des premiers jours des manifestations, déclenchées vendredi 15 novembre par la hausse soudaine de 50 % du prix de l’essence et immédiatement réprimées, donnent un aperçu de la violence qui prévaut: police tirant sur la foule à balles réelles, snipers cachés sur les toits, manifestants lynchés par les forces de l’ordre, usage démesuré du gaz lacrymogène. «Nous nous sentons aveugles face à la situation iranienne», concède un diplomate occidental qui suit le dossier iranien.

Censure à grande échelle

Près d’une semaine après le début de la contestation, le pouvoir de Téhéran s’est octroyé le monopole de l’information. Ce mardi soir, le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a affirmé avoir «repoussé l’ennemi». En ajoutant: «Les actions récentes sont un problème de sécurité, pas du peuple
La veille, le journal conservateur Keyhan affirmait que les «leaders» de la contestation avaient été «arrêtés», et qu’ils avaient «avoué» leurs liens avec «le monde extérieur».

Le porte-parole du gouvernement iranien a posé une condition au retour de l’internet en Iran : qu’il ait « l’assurance que le réseau ne sera pas utilisé à mauvais escient ».

La télévision d’État, elle, a diffusé des images de jeunes hommes masqués impliqués dans des accrochages avec les forces de sécurité. Confirmant sans rougir cette censure à grande échelle, le porte-parole du gouvernement iranien Ali Rabii
a, pour sa part, posé une condition au retour de l’internet en Iran: qu’il ait «l’assurance que le réseau ne sera pas utilisé à mauvais escient».

Pendant ce temps, les autorités continuent de véhiculer leurs propres chiffres de la révolte. Selon un rapport des services de renseignement iraniens, cité par l’agence de presse Fars News, 87.000 personnes décrites comme des «émeutiers» ont pris part aux manifestations dans une centaine de villes du pays, principalement dans les provinces du Khouzestan (sud), de Téhéran et de Kerman (centre). «Près d’un millier d’individus» auraient été arrêtés et 1000 bâtiments
publics auraient été endommagés. Quant au nombre de morts confirmés par les autorités, il ne s’élève qu’à cinq personnes, dont trois membres des forces de l’ordre tuées «à l’arme blanche» par des «émeutiers».

Ce bilan officiel sonne faux pour les organisations de défense des droits de l’homme: d’après l’ONG Amnesty International, «au moins 106 manifestants dans 21 villes ont été tués, selon des informations crédibles». Mais «le bilan véritable pourrait être bien plus élevé, avec des informations suggérant jusqu’à 200 (personnes)
tuées». «Plusieurs témoins oculaires ont déclaré que les forces de sécurité avaient retiré les corps sans vie et les blessés des rues et des hôpitaux», précise l’organisation, qui a corroboré ces témoignages avec quelques-unes des rares
vidéos disponibles.

« Nous sommes particulièrement alarmés par le fait que l’utilisation de munitions réelles aurait causé un nombre important de décès ».

le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU

«Nous sommes particulièrement alarmés par le fait que l’utilisation de munitions réelles aurait causé un nombre important de décès» en Iran, s’alarme le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Rupert Colville.
Le nombre de victimes pourrait même être supérieur, d’après Nader Hashemi, le directeur des études moyen-orientales à l’université de Denver, cité par le journal The Independent. «Je le dis pour deux raisons: le blocage de l’internet qui suggère que la République islamique a quelque chose à cacher ; et le bilan sordide des droits de l’homme qui suggère qu’ils s’imposent peu de limites morales quand il s’agit d’étouffer la dissidence et de passer l’opposition sous silence»,
remarque-t-il.

«Le régime panique»

La brutalité du régime iranien n’est un secret pour personne. Lors des manifestations estudiantines de 1999 – premier soulèvement populaire après la chute du chah, en 1979, et la prise du pouvoir par les religieux -, des milliers de personnes
furent arrêtées et les organisations avaient relevé une dizaine de morts. À l’époque, l’inexistence des réseaux sociaux avait cependant limité leur capacité à établir un bilan détaillé des victimes. En 2009, la donne change. Le boom de
Twitter et de Facebook offre au monde entier la possibilité de suivre en direct la répression de la «vague verte
» contre la réélection contestée de l’ex-président Ahmadinejad, qui fit environ 150 victimes.

Cette transparence tant redoutée par le régime – qui s’est de nouveau illustrée lors des manifestations de 2017-2018 -, est l’une des raisons évidentes du blocage actuel de l’internet. «Le régime panique. Il sait son initiative impopulaire, surtout dans un contexte où les sanctions américaines asphyxient déjà le pays. La grogne n’est pas qu’économique, elle est politique, et elle est bien plus radicale que les précédentes révoltes! Les protestataires s’attaquent aux banques, ils brûlent le portrait de Khamenei. Mais je crains que le pouvoir ne trouve les moyens de nous faire taire»,
s’inquiétait, samedi, un sociologue iranien sur WhatSapp, avant le grand aveuglement de l’internet.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2s7m0kk

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