Un rapport propose à Édouard Philippe de ne pas accorder de coup de pouce au smic


Un rapport propose à Édouard Philippe de ne pas accorder de coup de pouce au smic:

EXCLUSIF – Le groupe d’experts chargé de conseiller le premier ministre pointe plusieurs raisons de ne pas le faire.

Droits dans leurs bottes. Le groupe d’économistes chargé de plancher sur le salaire minimum interprofessionnel de croissance (smic) est resté fidèle à sa ligne antérieure. Dans leur nouveau rapport annuel, que Le Figaro s’est procuré
en avance, ses cinq experts «recommandent de s’abstenir de tout coup de pouce» gouvernemental, en plus de la revalorisation automatique qui suffira d’elle-même à augmenter le pouvoir d’achat des personnes concernées.

Cette revalorisation automatique, qui interviendra au 1er janvier, est elle-même calculée à partir d’une formule qui s’appuie sur deux composantes: l’inflation et le pouvoir d’achat du salaire de base des ouvriers et employés. Pour la troisième année consécutive, le groupe d’experts recommande au passage de réformer ce mécanisme. Conformément à la loi du 3 décembre 2008, leur avis est transmis en amont de
la réunion de la Commission nationale de la négociation collective (CNNC) qui se réunira le 17 ou 18 décembre pour statuer sur l’évolution du smic en 2019.

Augmenter encore le smic risquerait de maintenir des employés à un bas niveau de salaire et de dégrader la compétitivité des entreprises

À défaut d’être populaire, cet appel à la rigueur s’appuie sur de solides arguments. Le groupe d’experts indépendants, présidé par Gilbert Cette, pointe d’abord la distorsion de la pyramide des revenus au niveau du smic. «Le revenu disponible au salaire minimum en France est en 2019 le plus élevé parmi les pays de l’OCDE (à 80% du revenu disponible médian) alors que le coût du travail au salaire minimum relativement au coût du travail médian se situe dans la moyenne de l’OCDE»,
écrivent-ils. Augmenter encore le smic risquerait de maintenir des employés à un bas niveau de salaire et de dégrader la compétitivité des entreprises. Après un dernier allégement de cotisations patronales en octobre, le gouvernement est en
effet arrivé au bout de la logique des baisses de charges.

Le groupe souligne aussi les limites du smic comme instrument de lutte contre la pauvreté, dont les principales causes sont désormais «à rechercher dans des durées de travail trop faibles et dans la taille du foyer». À cet égard,
les économistes ont mesuré l’effet de l’augmentation de 90 euros de la bonification individuelle de la prime d’activité le 1er janvier 2019, en réponse à la crise des «gilets jaunes». Leurs simulations démontrent qu’elle a été
«plus efficace que ne l’aurait été une revalorisation exceptionnelle du smic à coût équivalent pour les finances publiques» car elle s’est davantage concentrée sur les ménages les plus modestes.

Uber, Deliveroo…

Pour son édition 2019, le groupe de travail s’est aussi penché sur la perspective d’une rémunération minimale pour les travailleurs des plateformes comme Uber, Deliveroo… Ses conclusions sont prudentes. Si la légitimité d’une telle rémunération s’impose, «la réponse concrète n’est pas facile à percevoir» car «elle présente des risques, en particulier ceux de brider des formes d’activités dont le développement peut être bénéfique pour la croissance, l’emploi et le bien-être du consommateur», notent
les experts.


«Nous arrivons au bout d’une logique engagée depuis trente ans»

Gilbert Cette est professeur associé à la faculté de sciences économiques de l’université d’Aix-Marseille. Il préside depuis 2017 le groupe d’experts sur le salaire minimum de croissance.

LE FIGARO. – Dans votre rapport, vous recommandez une nouvelle fois de modifier la formule de revalorisation du smic. Pourquoi?

Gilbert CETTE. – Le groupe d’experts recommande depuis 2017 de supprimer tout ou partie des indicateurs de revalorisation automatique du smic (l’inflation et la moitié du pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier). Cela
rapprocherait la France des autres pays de l’OCDE disposant d’un salaire minimum, cela responsabiliserait les partenaires sociaux et faciliterait la compréhension des Français. Aujourd’hui, beaucoup confondent l’augmentation du smic
avec le coup de pouce gouvernemental.

Une telle réforme ralentirait mécaniquement l’augmentation du salaire minimum…

Cela est nécessaire car nous arrivons au bout d’une logique engagée depuis trente ans. D’abord, la France ne peut pas aller plus loin en termes de réduction des charges employeurs au niveau du smic. Il n’y a plus de charge à diminuer à
ce niveau… Et le smic demeure, en termes de coût du travail, l’un des salaires minimum les plus élevés au monde. Le pays atteint aussi ses limites sur le volet soutien des revenus d’activités au niveau du smic.

Que voulez-vous dire?

Désormais, en France, l’ensemble des revenus associés à l’activité d’une personne à temps plein au smic, qui incluent aussi le RSA, les APL… atteint 80 % du revenu d’une personne au salaire médian. Ce qui réduit énormément l’incitation à la formation et nuit au final à la mobilité sociale

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/38erjyM

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