Légionnaires, commandos, parachutistes: ces militaires français devenus djihadistes


Légionnaires, commandos, parachutistes: ces militaires français devenus djihadistes:

EXCLUSIF – Au Proche-Orient ou en France, une trentaine de soldats ont choisi de retourner leurs armes contre leur pays.

Anciens légionnaires arrêtés pour des projets d’attentats en France, ex-paras ou commandos devenus chefs d’unités combattantes de Daech… Le dernier rapport du Centre d’analyse du terrorisme (CAT, présidé par Jean-Charles Brisard) sur «Les militaires
et le djihad» ne manque pas d’éléments troublants. En juin dernier, la mission d’information des députés LR Éric Diard et LREM Éric Pouillat sur «Les services publics face à la radicalisation» notait: «En ce qui concerne les anciens militaires, le nombre de ceux ayant rejoint les filières du djihad est de l’ordre d’une trentaine» depuis
les années 2012-2013. Un nombre infime au regard des effectifs, mais une réelle menace si l’on imagine l’impact d’un attentat perpétré par de tels profils.

Manon Chemel, auteur du rapport du CAT, a notamment documenté 23 cas d’anciens militaires «identifiés au sein d’organisations terroristes (majoritairement Daech, NDLR) ou impliqués dans des projets d’attentats». Premier constat:
sur ces 23 fous de Dieu ayant porté l’uniforme l’espace de quelques mois ou de plusieurs années, on compte nombre de convertis (un peu moins d’une dizaine). Dix sur 23 ont par ailleurs servi dans des unités d’élite des trois armes: Légion
étrangère, chasseurs parachutistes, commandos de l’air, fusiliers marins, parachutistes d’infanterie de marine, infanterie de marine… Le reste a essentiellement servi dans l’armée de terre, à l’exception d’un dans la marine et d’un autre dans
l’armée de l’air. Ils ont bien sûr tous bénéficié d’une initiation plus ou moins poussée au maniement des armes, des explosifs et des techniques de combat. Autant d’éléments qui expliquent, comme le souligne le CAT, que l’armée «constitue une cible de recrutement stratégique pour des groupes terroristes» et
que les anciens militaires «représentent des atouts incontestables pour ces groupes».

Une partie de ces hommes a rejoint les terres de djihad, en occupant parfois des postes stratégiques au sein des groupes terroristes, et d’autres, les fameux «velléitaires» n’ayant pu faire le voyage, ont projeté des attentats notamment contre
des militaires ou des sites militaires.

«Des postes stratégiques»

Comment d’anciens soldats ayant servi sous le drapeau tricolore ont-ils fini par combattre sous la bannière de ceux qui haïssent la France? Le CAT souligne, comme c’est souvent le cas en matière d’islam radical, que, au-delà de l’adhésion
à une idéologie mortifère, les parcours, les motivations, diffèrent souvent selon les individus. «Pour certains, note le rapport, la radicalisation s’est opérée une fois qu’ils ont intégré dans les rangs de l’armée française, pour d’autres elle a débuté une fois qu’ils ont quitté l’armée. Toutefois, pour certains, leur projet de partir faire le djihad était établi avant leur recrutement.»

Ce fut le cas du Charentais Boris V., alias Younous le déserteur, engagé dans les commandos de l’air pour acquérir une expertise et la mettre au service du djihad. L’homme aurait été tué en 2016 près d’Alep. À l’inverse, Erwan G., natif de
Redon (Ille-et-Vilaine), se serait radicalisé après son passage au 1er régiment de chasseurs parachutistes. Ayant gagné la Syrie en 2013 puis de retour en France, il a été condamné cette année en appel à une peine de onze ans
de détention. Mehdi H., cinq ans dans l’infanterie et une «opex» en Afrique, a refusé en 2008 de se rendre en Afghanistan car il ne voulait pas tuer de musulmans. Ciblé par le renseignement militaire, il quitte l’armée en 2009 puis tente
de gagner l’Afghanistan. Arrêté au Pakistan en 2012 avec plusieurs Français, dont un cadre historique d’al-Qaida, il est condamné à Paris à cinq ans ferme en 2014.

Certains de ces hommes, rappelle le CAT, ont, grâce à leur expérience, obtenu «des postes stratégiques au sein des organisations terroristes». Ce fut le cas d’Abdelilah H., ancien légionnaire étant notamment parti en opex en Afghanistan
et dont le sort reste incertain. Il a pu créer sa propre katiba (brigade), dont ont fait partie des terroristes du Bataclan. Osama S., ancien militaire originaire de Nîmes, a, lui, rejoint la police islamique à Raqqa et été utilisé
par la propagande de Daech, comme ce fut le cas de l’ancien chasseur parachutiste Erwan G. pendant son séjour dans cette zone.

Les «velléitaires» représentent un danger tout aussi réel. En 2015, Rodrigue da S., Franco-Togolais converti et ancien chasseur parachutiste, voulait commettre un attentat contre des policiers ou des militaires. La même année, Djebril
A., ancien matelot de première classe, voulait décapiter l’officier commandant un sémaphore où il avait servi. En 2017, Alain F., dix ans dans l’armée de terre, était interpellé, armé et en tenue de combat, alors qu’il voulait
attaquer une base aérienne. Le phénomène n’épargne même pas les vieux troupiers. En novembre, la DGSI interpellait ainsi Frédéric R., un ex-légionnaire sexagénaire. Converti à l’islam, l’homme voulait aider un groupe de jeunes
(18 à 28 ans) terroristes en puissance. L’intéressé se proclamait être un soldat de Daech, en guerre contre les militaires français…


Un phénomène apparu en Bosnie et en Afghanistan

Avec le conflit syro-irakien, le djihadisme est devenu un phénomène de société, voyant des milliers de départs de combattants en zone syro-irakienne en quelques années, contre quelques centaines en Afghanistan entre 1989 et 2001 et
une poignée en Bosnie ou dans le Caucase russe.

Mais ce djihadisme, touchant les armées comme les autres corps constitués, a un passé, et les ex-militaires djihadistes d’aujourd’hui ont des prédécesseurs venus tout droit d’une France où le service militaire était encore en vigueur,
où le djihad et l’islamisme semblaient choses obscures, exotiques et lointaines.

Le premier d’entre eux, Lionel Dumont, purge aujourd’hui une peine de 25 ans de réclusion criminelle pour son rôle dans les exactions du gang des islamo-braqueurs de Roubaix en 1996 (deux braquages, une tentative d’attentat à la voiture
piégée). Au début des années 1990, il a effectué son service dans l’infanterie de marine puis est parti en opex en Somalie. Revenu à la vie civile, converti à l’islam, il se radicalise et gagne la Bosnie-Herzégovine en 1994 pour
y combattre les Serbes dans le bataillon des moudjahidins arabes. À son retour, il se lance dans l’équipée sanglante du gang de Roubaix puis parvient à s’enfuir en Bosnie. Arrêté, il s’évade d’une prison de Sarajevo en 1999 et
ne sera repris qu’en 2003 après une cavale au Japon et en Malaisie.

Deux autres anciens appelés ont également défrayé la chronique de l’islam radical en rejoignant quant à eux l’Afghanistan quelques années plus tard. Hervé Djamel Loiseau effectue son service militaire dans l’infanterie en Alsace, où
ce fils d’un musulman non pratiquant et d’une catholique poursuit sa radicalisation en fréquentant une mosquée locale. Au retour d’Alsace, son père note son basculement dans l’islam radical. En 1998, Hervé Djamel est impliqué dans
un projet d’attentat pendant la Coupe du monde de Football. Il est condamné en 2000 à un an de prison dont huit mois avec sursis pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste». Mais il a déjà rejoint
les camps d’al-Qaida en Afghanistan. En décembre 2001, on retrouve son corps gelé à quelques kilomètres de Tora Bora, refuge d’al-Qaida en Afghanistan.

Autre «appelé du djihad», David Vallat présente la particularité d’être aujourd’hui l’un des rares djihadistes se présentant comme «repenti». Il a effectué son service en 1991 dans les chasseurs alpins. Deux ans plus tard, il tente
de gagner la Bosnie puis rejoint l’Afghanistan en 1994. De retour en France en 1995, il créera une cellule islamiste et sera condamné en 1998.

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