Mort du général Soleimani: les habits de guerre de Trump au Moyen-Orient


Mort du général Soleimani: les habits de guerre de Trump au Moyen-Orient:

DÉCRYPTAGE – Le président américain pouvait-il se passer de toute autorisation parlementaire pour ordonner ce qui s’apparente à un acte de guerre?

Derrière le velléitaire, le maître de guerre. Donald Trump, ce président isolationniste longtemps cerné de conseillers va-t’en-guerre, a fini par oser. Oser s’attaquer au pouvoir iranien, en éliminant son ubiquiste général en chef, Qassem Soleimani.

Ce changement de paradigme à la Maison-Blanche n’est pas une mince surprise, malgré les discours belliqueux de Trump envers l’Iran. Le 20 juin 2019, il avait subitement annulé les frappes aériennes prévues contre les infrastructures de défense
iraniennes, après la destruction d’un drone américain dans le Golfe persique le matin même.
Il ne cessait alors d’appeler à la renégociation d’un nouvel accord nucléaire, après celui dénoncé. Une rencontre avec le président iranien Hassan Rohani n’avait pu se faire à New York en septembre suivant, malgré les efforts de leur homologue
français, Emmanuel Macron.

Riposte attendue après la mort d’un contractant américain sur une base militaire près de Kirkouk (nord) le 27 décembre et l’assaut en règle contre l’ambassade américaine à Bagdad quatre jours plus tard, l’attaque contre Qassem Soleimani répond
à un danger jugé imminent: les milices pro-iraniennes en Irak étaient, selon des sources gouvernementales, sur le point de kidnapper des ressortissants américains en Irak. De quoi forcer le département d’État à ordonner une évacuation à brève
échéance de tout le personnel non essentiel hors du pays, et la Maison-Blanche à riposter contre le commanditaire assumé de ces projets subversifs. Vu des États-Unis, l’escalade n’est donc pas le fait de Washington, mais bien de Téhéran. Depuis
son club de Mar-a-Lago en Floride où il est en vacances, Donald Trump a affirmé, vendredi soir, avoir agi pour «arrêter» une guerre et non pour en commencer une, tout en assurant ne pas chercher de «changement de régime» à Téhéran. Il a par ailleurs lancé une mise en garde aux «terroristes» qui s’en prennent aux Américains. Corollaire, l’Iran devait s’attendre tôt ou tard à payer le prix de ces coups de boutoir répétés. «En attaquant des tankers, en abattant un drone américain, en bombardant les champs de pétrole saoudiens sans réaction américaine, l’Iran croyait avoir imposé une sorte de dissuasion dans la région,
décrypte Gérard Araud, ancien ambassadeur de France à Washington. L’attaque contre l’ambassade américaine à Bagdad était le pas de trop. Les États-Unis ont répondu au défi.»

Un argument de campagne

L’attaque ouvre un gouffre béant au Moyen-Orient, ce chaudron dont Donald Trump voulait tant se désengager, à l’instar de son prédécesseur Barack Obama, mais elle offre aussi un argument de campagne pour un président en quête de «triomphes» sur la scène internationale, après le fiasco de la politique d’apaisement poursuivie avec le dictateur de Corée du Nord, Kim Jong-un. «La mort de Soleimani signe également l’arrêt de mort du JCPOA (accord nucléaire avec l’Iran
en 2015, dénoncé par Trump en 2018) et donc de toute désescalade nucléaire dans la région, prédit Ali Vaez, de l’International Crisis Group. À trois jours de la prochaine étape de reprise par l’Iran de son programme nucléaire, il semble désormais impossible de sauver l’accord.»

La mort de Soleimani signe également l’arrêt de mort du JCPOA et donc de toute désescalade nucléaire dans la région.

Ali Vaez, de l’International Crisis Group

Ce dégât collatéral, aussi dramatique soit-il en matière de prolifération nucléaire, n’est cependant pas au centre des priorités du Congrès américain, divisé sur la légalité constitutionnelle du raid de vendredi matin. Donald Trump
pouvait-il se passer de toute autorisation parlementaire pour ordonner ce qui s’apparente à un acte de guerre? «Le président possède les prérogatives pour parer une attaque jugée imminente contre les États-Unis ou les intérêts américains»,
reconnaît le sénateur démocrate Chris Murphy, qui tempère aussitôt ses propos en relevant que Soleimani est «le plus important dirigeant étranger à avoir jamais été assassiné par les forces armées américaines», si l’on
exclut les opérations «homo» (pour homicide) clandestines et classées confidentiel défense.

Une distraction bienvenue

Le raid, bien sûr, offre une distraction bienvenue pour l’opinion publique et la presse américaine, qui s’apprêtait à couvrir abondamment le fait politique numéro un de la rentrée: la saisine retardée du Sénat pour son procès en destitution,
après une mise en accusation par la Chambre des représentants sous contrôle démocrate. Sans vergogne, l’occupant du Bureau ovale vient en outre puiser dans la gibecière des meilleurs arguments de campagne qu’il dénonçait du temps
de son prédécesseur. «Afin d’être réélu, Barack Obama va déclencher une guerre avec l’Iran», tweetait Donald Trump le 20 novembre 2011. «À présent qu’Obama est en pleine déconfiture dans les sondages, regardez bien comment il va déclencher des frappes contre la Libye ou l’Iran»,
pianotait-il un an plus tard.

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Trump veut-il la guerre? Un tweet présidentiel en guise d’appel du pied, vendredi matin, semble au contraire indiquer la porte de sortie espérée: «L’Iran n’a jamais gagné une guerre, mais n’a jamais perdu une négociation.» Acteur rationnel et affaibli par la contestation intérieure, Téhéran pourrait fort choisir cette voie. À moins que l’Administration américaine ait mal jaugé l’importance de Qassem Soleimani, déclenchant au Moyen-Orient un engrenage
infernal déjà comparé à l’été européen de 1914.

Originalement publié sur Tumblr: https://ift.tt/2ue5Wy5

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